Critique Ciné : Hellcat (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Hellcat (2026, direct to SVOD)

Hellcat // De Brock Bodell. Avec Dakota Gorman, Todd Terry et James Austin Johnson.

 

Hellcat part d’une situation qui donne franchement envie d’appuyer sur lecture. Une femme se réveille bloquée à l’arrière d’un camping-car qui roule à toute allure. Elle a une étrange blessure au bras, zéro souvenir clair et personne sous la main pour lui donner des explications. Une voix mystérieuse lui balance simplement la couleur : elle doit atteindre un point précis avant que l'infection n'atteigne son cœur. Sur le papier, l'accroche fonctionne direct. On se pose mille questions dans la minute. Qui est cette femme ? Qui conduit le véhicule ? D'où vient cette marque sur son bras ? Est-ce un simple kidnapping ou un truc bien plus glauque ? Bref, la curiosité est là. 

 

Une femme se réveille à l'arrière d'un camping-car en mouvement avec une blessure infectée. Une voix provenant du camion qui le tracte lui dit qu'ils doivent consulter un médecin dans l'heure, sinon elle va subir un sort terrible.

 

Le problème, c'est que Brock Bodell tient une super idée de départ, mais il ne sait absolument pas comment la faire tenir sur la durée. Le film s'ouvre sur Lena, jouée par Dakota Gorman, qui reprend conscience dans ce fameux camping-car. Au premier abord, le décor a l'air presque banal, voire rassurant. Des petits rideaux à fleurs, du mobilier en bois, des photos de famille accrochées aux murs... On a l'impression d'entrer dans le véhicule d'un vieux couple parti en vacances. Sauf que très vite, des détails viennent casser ce tableau paisible. Des magazines bizarres traînent sur les étagères, des livres inquiétants s'entassent et surtout, cette plaie sur le bras de Lena commence à évoluer à une vitesse folle.

 

Naturellement, Lena essaie de comprendre où elle est tombée. Mais en face, le dialogue est totalement verrouillé. Le chauffeur communique avec elle depuis l'avant du véhicule, mais il préfère balancer des phrases énigmatiques plutôt que d'apporter de vraies réponses. C'est clairement toute cette première partie qui réussit le mieux son coup. Le film joue à fond sur le flou pour installer un malaise poisseux. On découvre les règles du jeu en même temps que l'héroïne, en essayant de recoller les morceaux de ce cauchemar logistique. Même l'idée d'utiliser une tête d'animal empaillée pour faire passer la voix du conducteur ajoute une touche bizarre qui marche bien. Tourner un long-métrage quasi entier dans un camping-car, c'est un vrai pari de mise en scène. 

 

L'espace est microscopique et les possibilités d'action restent très limitées. Ça peut devenir un atout énorme si le scénario exploite le moindre recoin et fait monter la pression minute après minute. Malheureusement, Hellcat gère très mal son espace. Le film passe un temps infini à regarder Lena tourner en rond. Elle cherche une sortie, tente de discuter avec le type au volant, inspecte trois bibelots et scrute l'avancée de sa blessure. Deux ou trois scènes arrivent à créer un petit frisson, mais la majorité du temps, on a surtout l'impression que la caméra meuble en attendant la scène suivante. Le rythme en prend un coup violent. Les silences s'étirent sans raison, les répliques manquent cruellement d'impact et certaines séquences ressemblent à du pur remplissage pour atteindre les 90 minutes réglementaires. 

 

C'est dommage, parce qu'avec un format plus resserré, le projet aurait gagné une efficacité redoutable. Ce concept aurait fait un excellent court-métrage. Une femme prise au piège, une infection galopante, un chauffeur flippant et un compte à rebours : l'équation idéale pour un thriller condensé et percutant. Mais pour tenir la distance d'un long-métrage, il faut nourrir le récit. Brock Bodell essaie donc de greffer plusieurs couches à son histoire. Il injecte des flashbacks, lance des discussions à portée philosophique sur la culpabilité, multiplie les fausses pistes et tente des révélations pour retourner le cerveau du spectateur. Si quelques pistes méritaient d'être creusées, l'ensemble manque cruellement de fluidité. 

 

Le film hésite en permanence entre le survival pur, le drame psychologique et la fable fantastique sur la mort. Cette hésitation permanente finit par plomber un récit qui demandait simplement à rester simple et incisif. Heureusement, le personnage principal reste assez accrocheur pour éviter le décrochage complet. Lena avance à l'aveugle et doit remettre en question tout ce qu'elle voit. On se retrouve exactement dans la même position qu'elle, ce qui permet à certains rebondissements de faire mouche. Le scénario s'amuse à flouter les lignes entre le réel et le délire, en faisant progressivement remonter le passé de la jeune femme à la surface. Dakota Gorman porte une bonne partie du métrage sur ses épaules. 

 

Elle retranscrit bien l'épuisement, la terreur et la confusion, souvent avec très peu de texte à sa disposition. C'est plus difficile de juger le reste du casting, tant les autres rôles manquent de profondeur et servent de simples faire-valoir. Hellcat n'est pas un désastre total et conserve quelques moments de tension bienvenus. Le film distille deux ou trois scènes dérangeantes et réussit à poser des visuels poisseux qui fonctionnent. La plaie de Lena s'avère être un excellent moteur narratif. Elle matérialise la menace en permanence sous les yeux du public et impose une urgence physique incontournable. Le récit tente aussi quelques changements de cap bien vus dans son dernier acte. 

 

Sans trop en révéler pour ne pas tout gâcher, ces petites secousses permettent de revoir l'histoire sous un autre angle. Le problème, c'est que ces bonnes idées arrivent bien trop tard, après une longue traversée du désert. La conclusion risque de ne pas faire l'unanimité. Elle prend un virage très particulier et tente de redéfinir tout ce qu'on vient de voir. Sur le principe, l'intention d'éviter la fin bateau du genre est louable. Dans les faits, la transition manque de naturel et paraît un peu parachutée. Une partie du public accrochera sans doute à cette audace, tandis que d'autres y verront une pirouette tirée par les cheveux. C'est finalement toute la trajectoire du film : une vraie volonté de proposer un thriller horrifique différent, mais une exécution trop bancale pour convaincre totalement.

 

Hellcat avait les cartes en main pour devenir une excellente surprise horrifique. Le réveil dans ce véhicule rétro, cette blessure mystérieuse, la voix déformée et le flou total autour de la situation posent des bases solides. Mais le réalisateur étire son sujet jusqu'à la corde. Le rythme s'effondre trop souvent, les dialogues tournent à vide et la tension initiale finit par s'évaporer. Le film conserve quelques beaux moments, une atmosphère étrange et un dernier tiers qui essaie de bousculer les codes, mais l'ensemble manque de poigne et de condensation. C'est une petite curiosité à tenter si vous aimez les huis clos bizarres, mais clairement pas le choc horrifique de l'année.’

 

Note : 4/10. En bref, partant d'un pitch intrigant avec cette femme piégée dans un camping-car en marche, Hellcat installe rapidement un malaise efficace et mystérieux. Malheureusement, le film s'essouffle vite et peine à meubler ses 90 minutes, étirant son concept jusqu'à la corde malgré quelques bonnes intentions.

Prochainement en France en SVOD

 

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