Critique Ciné : Lockbox (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Lockbox (2026, direct to SVOD)

Lockbox // De Daniel Stamm. Avec Carla Gugino, Lou Taylor Pucci et Katharine Isabelle.

 

Lockbox fait partie de ces films d’horreur qui divisent immédiatement. D'un côté, on retrouve Carla Gugino en tête d’affiche et Daniel Stamm à la réalisation, le type derrière Le Dernier Exorcisme et La Proie du Diable. Bref, sur le papier, il y a de quoi attirer l’attention. Sauf que le film choisit une voie bien précise : au lieu d'enchaîner les effets faciles pour faire sursauter, il préfère prendre son temps et installer un malaise bien poisseux. En sortant du visionnage, je reste clairement sur une impression mitigée. On ne peut pas lui enlever ses bonnes idées, ses deux ou trois scènes franchement dérangeantes et une Katharine Isabelle électrique qui réveille chaque plan. 

 

Une femme risque tout pour protéger son mystérieux cousin d'une force surnaturelle mortelle qui le traque.

 

Malheureusement, l’écriture a du mal à tenir la distance et le scénario finit par tomber dans des travers bien trop prévisibles. On suit Ellen Hershbergen, jouée par Carla Gugino. Après avoir accompagné sa mère jusqu’au bout, elle cherche à tourner la page et déménage dans un coin paumé. Ce projet de page blanche déraille très vite quand elle accepte de s’occuper de son cousin, Winthrop Benson, perdu de vue depuis des décennies. Winthrop, incarné par Lou Taylor Pucci, est un mec brisé, fuyant, plombé par un passé familial lourd et des traumatismes d'enfance qu'on devine destructeurs. Son comportement erratique et ses accès de colère installent vite une tension bizarre dans la maison.

 

Pour ne rien arranger, la voisine débarque. Vahna Minter, jouée par Katharine Isabelle, se montre d'emblée envahissante, curieuse et carrément louche. Elle tourne autour de Winthrop et semble en savoir beaucoup plus qu'elle ne le prétend. À partir de ce moment-là, le récit glisse doucement du drame familial vers le pur film de possession. S'il y a une chose vraiment réussie, c'est l'atmosphère. Le réalisateur réussit à fabriquer du malaise sans sortir de gros sabots ni étaler du sang partout. La maison grinçante, les lourds silences, la nervosité de Winthrop et cette certitude que quelque chose cloche instancient une vraie lourdeur. La mise en scène s’appuie sur des détails du quotidien tout simples pour distiller l'angoisse. Pendant un bon moment, le film brouille les pistes. 

 

On se demande sincèrement si l'héroïne fait face à un vrai phénomène surnaturel ou si tout cela n'est que le résultat d'une démence familiale. C’est cette hésitation qui maintient l'intérêt. Le problème, c’est que le scénario finit par jeter cette approche psychologique aux orties pour basculer dans une histoire de démon d'une banalité affligeante. Et c'est exactement là que le film perd son charme. Heureusement, le casting sauve les meubles. Carla Gugino reste le meilleur atout du projet. Elle apporte une vraie épaisseur humaine à son personnage, même quand le texte ne lui donne pas grand-chose à ronger. Entre le deuil de sa mère, sa relation tordue avec son cousin et les événements chelous qui s’accumulent, elle reste crédible d'un bout à l'autre et permet d'accrocher à l'histoire.

 

De son côté, Lou Taylor Pucci propose un jeu très en retrait. Winthrop est censé être opaque, mais il devient rapidement tellement étanche qu'il est difficile de ressentir quoi que ce soit pour lui. Heureusement que Katharine Isabelle entre en scène. Dès qu'elle apparaît, l'énergie change du tout au tout. Elle interprète cette voisine avec une folie contenue et une présence physique qui font un bien fou au récit. Ses apparitions amènent une tension différente, beaucoup plus imprévisible, et signent clairement les meilleures scènes du film. Le vrai point noir reste le rythme. Le film a du temps devant lui, mais il s'égare régulièrement dans des scènes qui s'étirent sans rien apporter de neuf. Créer une ambiance, c'est bien, mais ça ne remplace pas une histoire qui avance.

 

Si l'introduction pose bien les enjeux, le milieu du film tourne en rond. Ça piétine sec avant de passer la seconde d'un coup quand les éléments démoniaques prennent toute la place. En plus de ça, les rebondissements manquent cruellement de finesse. Les indices sont tellement grossiers qu'on comprend où tout cela va mener bien avant les personnages. C'est regrettable : le récit aurait tellement gagné à garder son flou au lieu d'asséner des explications lourdingues. Si vous cherchez un film pour sursauter toutes les dix minutes, ce n'est clairement pas la bonne adresse. La peur passe par l'étrangeté, les angles mort et le malaise pur. Certaines séquences fonctionnent très bien grâce à un découpage malin et un vrai travail sur le hors-champ.

 

En revanche, dès que le film montre la menace de trop près, le soufflé retombe. Les effets numériques sont particulièrement datés et retirent tout impact à l'horreur. Quant au dernier acte, il plonge la tête la première dans le folklore religieux avec son lot de prêtres et de prières en latin. Ce n'est pas honteux en soi, mais c'est tellement moins stimulant que la première heure axée sur le drame psychologique. Lockbox avait de vrais atouts pour séduire, notamment grâce à son esthétique soignée et sa volonté de prendre son temps. Il offre une identité visuelle marquée et quelques séquences qui mettent vraiment mal à l'aise sans céder à la facilité.

 

Le tandem Carla Gugino / Katharine Isabelle fonctionne fort et toute la thématique autour du traumatisme familial offrait un terrain de jeu fascinant. Malheureusement, le scénario ne va pas au bout de son concept. Le rythme s'effondre à mi-parcours, le film veut trop en expliquer et la dernière partie retombe dans les clichés usés du genre.

 

Note : 4.5/10. En bref, c'est une proposition intéressante pour son atmosphère, mais décevante dès qu'il s'agit de raconter une histoire solide. Un projet qui aurait mérité de garder ses mystères sous clé plutôt que de tout étaler sur la table.

Prochainement sur Amazon Prime Video

 

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