Critique Ciné : In a Violent Nature (2025, direct to Insomnia)

Critique Ciné : In a Violent Nature (2025, direct to Insomnia)

In a Violent Nature // Chris Nash. Avec Ry Barrett, Andrea Pavlovic et Cameron Love.

 

Dans le paysage du slasher, il est rare de voir un film adopter un point de vue radicalement différent. In a Violent Nature, réalisé par Chris Nash, s'éloigne des conventions du genre en plaçant le spectateur aux côtés du tueur plutôt que de ses victimes. Plutôt que d'assister à la peur grandissante d'un groupe de personnages traqués, le film propose une immersion silencieuse dans la routine macabre d'un monstre implacable. L'originalité du film réside dans son choix de mise en scène. 

 

Après s’être fait dérober un précieux artefact, cadeau de sa mère, un tueur en série s’extirpe de sa tombe pour entamer une quête vengeresse. Il va traquer un groupe de jeunes qui se racontent son histoire.

 

Contrairement aux slashers classiques où le tueur reste une ombre menaçante en arrière-plan, In a Violent Nature suit son parcours, presque contemplatif, au sein d'une nature indifférente. Le spectateur observe ses déplacements, ses gestes et ses meurtres comme un observateur passif. Ce choix déstabilise et offre une expérience inédite, qui peut soit captiver, soit laisser perplexe. Johnny, le tueur, avance à pas lents, sans urgence, rappelant les figures iconiques du genre comme Jason Voorhees ou Michael Myers. Surtout Vendredi 13 et Jason, ne serait-ce qu’avec pléthore de plans qui n’ont fait que ravir le fan de la franchise qui est en moi (le lac, le lieu, les plans du tueur qui regarde à travers les feuillages, etc.). 

 

Son mutisme et son rythme implacable instaurent une tension particulière : il ne cherche pas à effrayer, il exécute simplement, dans une absence totale d'émotion. Cette absence de justification ou de motivation approfondie renforce l'horreur de ses actes. Le film déploie une mise en scène épurée, misant sur une ambiance pesante plutôt que sur un développement narratif complexe. Le spectateur ne suit pas un récit traditionnel mais plutôt une succession de scènes où le temps semble étiré. L'absence d'une intrigue classique pourrait sembler déroutante, mais c'est justement ce qui donne au film son identité propre. Le travail sonore joue un rôle essentiel dans cette approche immersive. 

 

Le bruit des pas dans la forêt, le craquement des branches, le silence troublant avant l'attaque… Tout est pensé pour renforcer le sentiment d'inéluctabilité. La nature devient un élément narratif à part entière, témoin indifférent du carnage qui se déroule en son sein. Si le rythme lent et contemplatif peut surprendre, le film n'oublie pas pour autant d'offrir aux amateurs du genre ce qu'ils attendent : des scènes de meurtre impressionnantes. Chaque exécution est brutale, chorégraphiée avec une grande précision, sans excès d'effets tape-à-l'œil. Il ne s'agit pas d'un déluge d'hémoglobine gratuite, mais d'une violence crue, presque clinique, qui renforce le malaise.

 

Cependant, à force de multiplier ces scènes, une certaine redondance s'installe. L'effet de surprise initial s'estompe, et l'on pourrait souhaiter un renouvellement dans la manière d'aborder ces mises à mort. Heureusement, le film sait rebondir et proposer une dernière partie qui change de dynamique. Alors que In a Violent Nature passe la majeure partie de son temps dans les pas du tueur, la dernière partie bascule vers un regard plus traditionnel : celui de la final girl. Ce changement offre un contraste marquant et redonne un souffle à l'intrigue. L'angoisse change de camp, et la tension atteint son paroxysme.

 

Ce basculement rappelle que, malgré son approche originale, le film reste ancré dans les codes du slasher. Il ne les réinvente pas totalement, mais les manipule avec intelligence. Ce jeu de perspectives apporte une profondeur inattendue et donne au film son véritable impact. Difficile de ne pas voir dans In a Violent Nature une lettre d'amour aux grands noms du slasher. Le personnage de Johnny semble directement inspiré de figures emblématiques comme Leatherface, Jason Voorhees ou Michael Myers. Il partage avec eux ce mutisme glaçant et cette implacabilité qui les rendent si effrayants.

 

Toutefois, là où certains films jouent sur la référence de manière appuyée, In a Violent Nature préfère laisser ces influences en filigrane. Elles sont présentes, mais jamais envahissantes. Ce respect du matériau original tout en proposant quelque chose de différent est un équilibre réussi. Ce parti pris audacieux ne plaira pas à tout le monde. Certains pourraient trouver le film trop lent, trop contemplatif, voire répétitif. D'autres, au contraire, y verront une approche rafraîchissante d'un genre qui tourne souvent en rond. Chris Nash livre un premier long-métrage qui ne laisse pas indifférent. 

 

Son passé dans le court-métrage se ressent dans son souci du cadrage et du détail, mais aussi dans sa volonté d'expérimenter avec la forme. Pour ceux qui aiment les films qui prennent des risques, In a Violent Nature offre une expérience à part, à la fois fascinante et inconfortable. Avec In a Violent Nature, Chris Nash propose une variation originale sur le slasher, en inversant la perspective habituelle. Si son rythme contemplatif et son absence d'intrigue classique peuvent dérouter, le film tire parti de cette singularité pour offrir une expérience immersive et marquante. 

 

Note : 7/10. En bref, une approche singulière et maligne du slasher. Loin d'être un simple exercice de style, il s'affirme comme une proposition forte et personnelle, qui risque de diviser mais qui mérite d'être défendue. Pour les amateurs de slasher en quête de nouveauté, c'est un film qui vaut le coup d'œil.

 

Présenté en compétition du Festival du film international fantastique de Gérardmer 2025. Le film a remporté le Grand Prix. 

Sorti le 3 février 2025 sur Insomnia, accessible via myCanal (inclus) et via Amazon Prime Video (essai gratuit de 7 jours puis 3,99€/mois)

Ce premier In a Violent Nature est sorti l’été dernier au Canada. Un second volet des aventures du tueur Johnny est prévu pour 2025

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article