12 Mars 2025
Bastion 36 // De Olivier Marchal. Avec Victor Belmondo, Tewfik Jallab et Yvan Attal.
Avec Bastion 36, Olivier Marchal revient à ce qu’il maîtrise le mieux : un polar sombre, où la violence et la tension s’invitent dès les premières minutes. Ce film s’inscrit dans la lignée de ses précédents travaux, explorant les conflits internes des forces de l’ordre, les trahisons et les affaires troubles qui dépassent les simples rivalités de terrain. Malgré un scénario qui joue avec des codes bien connus, le film trouve un certain équilibre grâce à son casting solide et à une mise en scène nerveuse.
Paris, de nos jours. Antoine Cerda, commandant de police à la prestigieuse BRI est muté à la Brigade Anti Criminalité suite à une sanction de l’Inspection Générale. Il tourne alors le dos à ses anciens compagnons d’armes et à son groupe, commandé par le charismatique Sami Belkaïm. Treize mois plus tard, deux membres de son ancienne équipe sont abattus en moins de vingt-quatre heures. Lorsqu’un troisième disparaît mystérieusement, Antoine Cerda décide de mener sa propre enquête. Ses recherches vont le projeter en pleine guerre des polices et l’entraîner dans une terrible descente aux enfers.
L’intrigue suit un flic au caractère bien trempé, interprété par Victor Belmondo, qui se retrouve plongé dans une affaire où se mêlent corruption, règlements de comptes et luttes intestines entre différentes unités de police. Alors qu’il enquête sur une série de meurtres visant des policiers, il se heurte rapidement à des obstacles qui dépassent le simple cadre de la justice. La tension monte au fil des révélations, le poussant à naviguer entre loyauté et quête de vérité. Dès la scène d’ouverture, le ton est donné : une filature qui vire à la course-poursuite dans les rues de Paris.
Cette séquence immersive rappelle immédiatement l’ambiance de Braquo, une série qui a marqué le paysage du polar français. On retrouve d’ailleurs Tewfik Jallab, qui apporte une présence intéressante à l’écran, bien que son personnage souffre d’un traitement parfois trop caricatural. Le film peut compter sur un casting expérimenté, avec Yvan Attal, Soufiane Guerrab et Tewfik Jallab, qui livrent des performances convaincantes. Victor Belmondo, quant à lui, s’en sort honorablement dans ce rôle de flic borderline, même si son personnage manque parfois de nuance.
Il campe un policier torturé, qui extériorise ses démons dans des combats clandestins, une caractérisation qui rappelle de nombreuses figures du genre sans vraiment les réinventer. Le problème vient surtout de l’écriture des personnages. Les archétypes sont omniprésents : le bon flic impulsif qui refuse les compromis, le ripou dont la corruption est affichée de façon trop évidente (mention spéciale à la Porsche flambant neuve qui ne laisse aucun doute sur ses pratiques douteuses), et la hiérarchie policière gangrenée par des luttes de pouvoir. Cette approche simpliste empêche de réellement s’attacher aux protagonistes ou de ressentir un véritable impact émotionnel face à leurs dilemmes.
L’histoire de Bastion 36 repose sur des bases solides, mais manque de surprises. Les thèmes abordés sont familiers : la guerre des services entre BRI, BAC et autres unités d’élite, les compromissions de l’administration, et les règlements de comptes sanglants. Rien de fondamentalement mauvais, mais rien de vraiment neuf non plus. Les dialogues cherchent parfois à marquer les esprits avec des phrases choc du type « La morale commence où s’arrête la police », mais l’effet tombe à plat tant ce genre de répliques a déjà été entendu maintes fois dans d’autres polars.
Le film tente d’instaurer un climat de tension permanente, mais le déroulement de l’enquête suit un schéma prévisible, ce qui limite l’immersion. Olivier Marchal connaît bien son sujet et cela se ressent dans la mise en scène. Les scènes d’action sont nerveuses et efficaces, avec des fusillades bien chorégraphiées et un rythme qui empêche l’ennui de s’installer. Pourtant, à force d’accumuler les séquences de violence brute – balles tirées à travers les pare-brise, corps criblés de balles dans des parkings sombres – le film finit par perdre en intensité. Si ces éléments sont typiques du cinéma de Marchal, ici, ils donnent parfois l’impression d’une surenchère qui ne sert pas toujours l’histoire.
L’ambiance sombre et réaliste fonctionne, mais l’excès de scènes de brutalité gratuite tend à affaiblir l’impact de certaines séquences-clés. En fin de compte, Bastion 36 est un film qui remplit son cahier des charges sans chercher à dépasser son cadre. Il s’adresse avant tout à ceux qui apprécient le style d’Olivier Marchal et qui ne recherchent pas nécessairement une grande innovation dans le genre. Le film offre quelques bons moments et un casting investi, mais son scénario balisé et son absence de surprises empêchent d’en faire un incontournable.
Note : 5/10. En bref, pour ceux qui aiment les polars urbains à la française, il y a matière à passer un moment correct. Pour les autres, l’impression de déjà-vu risque de prendre rapidement le dessus.
Sorti le 28 février 2025 directement sur Netflix
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