25 Avril 2025
Nefarious // De Cary Solomon et Chuck Konzelman. Avec Sean Patrick Flanery, Jordan Belfi et Tom Omer.
Le cinéma de genre a souvent été un terrain fertile pour explorer les peurs collectives, interroger la foi, ou encore scruter les recoins sombres de l’âme humaine. Pourtant, dans certains cas, le film d’horreur bascule dans un autre registre : celui du prêche déguisé. Nefarious fait partie de ces œuvres qui, sous couvert de thriller psychologique et de film de possession, adoptent une posture idéologique bien marquée, au point d’en faire oublier l’intérêt narratif ou la construction cinématographique. Présenté comme un huis clos oppressant dans l’univers carcéral, Nefarious s’ouvre le jour de l’exécution d’un tueur en série.
Le jour de son exécution, un tueur en série condamné à la chaise électrique subit une dernière évaluation psychiatrique au cours de laquelle il révèle être possédé par un démon. Il affirme qu'avant la fin de la journée, le psychiatre aura lui- même commis trois meurtres.
Avant que la sentence ne soit appliquée, une ultime évaluation psychiatrique est prévue. C’est là que le détenu, calme et mystérieux, prétend être possédé par un démon. À partir de cette déclaration, le film s’installe dans un long face-à-face entre le condamné et le psychiatre. L’idée de base n’est pas mauvaise. Le huis clos peut être un bon levier dramatique, surtout dans le genre horrifique. Mais ici, l’échange entre les deux personnages s’étire inutilement. Ce ne sont plus des dialogues, mais des monologues déguisés, chargés d’un discours dogmatique sur des sujets très sensibles : avortement, euthanasie, religion, morale...
Ce qui aurait pu être une exploration psychologique sombre se transforme rapidement en une leçon moralisatrice bien peu nuancée. Visuellement, le film ne prend aucun risque. Une salle sans fenêtres, une table, deux chaises. Ce dépouillement pourrait renforcer l’ambiance anxiogène si l’ensemble ne tombait pas dans la monotonie. Tout repose sur les dialogues, or ceux-ci peinent à captiver. L’écriture est lourde, chargée de références religieuses martelées avec insistance, et chaque scène semble construite pour appuyer un message plutôt que pour faire avancer l’intrigue.
Le film semble confondre tension dramatique et sermon. À mesure que les minutes passent, l’ambiance devient moins inquiétante que pesante. La lenteur du rythme n’aide pas, et malgré une idée initialement intrigante, le récit finit par tourner en rond, répétant les mêmes arguments jusqu’à l’épuisement. Ce qui dérange profondément dans Nefarious, ce n’est pas tant la qualité du jeu d’acteur ou la mise en scène minimaliste. C’est la manière dont le film impose une lecture du monde sans la moindre subtilité. L’avortement est assimilé à un meurtre de masse, l’euthanasie est présentée comme un abandon de Dieu, et ceux qui ne suivent pas un chemin spirituel très précis sont presque désignés comme perdus, sinon damnés.
Ce type de discours, surtout dans un film d’horreur censé jouer sur l’ambiguïté, crée un malaise. Il ne s’agit pas ici de proposer une réflexion sur le bien et le mal à travers des symboles ou des situations complexes, mais bien d’illustrer une vision manichéenne du monde. Une vision où la possession démoniaque devient un prétexte pour condamner toute forme de choix personnel en matière de santé, de corps ou de croyance. Le film ne cache pas ses origines. Réalisé par Cary Solomon et Chuck Konzelman, connus pour leur engagement dans des projets à forte teneur religieuse comme Unplanned (ouvertement anti-avortement), Nefarious s’inscrit dans une lignée bien particulière du cinéma chrétien conservateur.
Distribué en France par une société spécialisée dans ce type de contenu, il vise clairement un public acquis à ces valeurs. Ce choix assumé de s’adresser à un public spécifique n’est pas un problème en soi. Mais lorsqu’un film prétend être un thriller psychologique ou un film d’horreur et se transforme en vitrine idéologique, le sentiment de tromperie n’est jamais loin. Le spectateur venu chercher une ambiance inquiétante ou une intrigue palpitante se retrouve face à un long prêche maquillé.
Certains pourraient trouver dans Nefarious une certaine audace, celle de prendre position, de provoquer, d’aller à contre-courant des productions mainstream. Mais encore faut-il que le propos soit défendu de manière cinématographique. Or ici, tout semble être au service d’un discours, pas d’une histoire. La psychologie des personnages est réduite à leur fonction dans le message global. Le démon n’est plus une métaphore, mais un outil rhétorique. Le film ne laisse aucune place à la complexité. Tout est binaire : soit on est du bon côté, soit on est dans l’erreur. Ce manque de nuance finit par rendre l’expérience assez fatigante.
Même la tension promise par le face-à-face entre le psychiatre et le détenu s’efface sous le poids des phrases sentencieuses et des démonstrations morales. Pour qui s’intéresse aux films de possession, Nefarious risque fort de décevoir. Pas de véritables scènes de terreur, pas de montée progressive dans l’angoisse. Le film évite tout ce qui pourrait faire monter la pression pour privilégier une série de discours. Même les quelques effets sonores ou changements de ton dans la voix du personnage possédé ne suffisent pas à créer une atmosphère oppressante. L’aspect horrifique reste en toile de fond, presque accessoire.
Au final, Nefarious s’éloigne tellement de son genre de départ qu’il est difficile de le considérer comme un film d’horreur à part entière. Il emprunte les codes sans vraiment les exploiter, préférant marteler un propos conservateur plutôt que de construire une vraie tension dramatique. Regarder Nefarious, c’est entrer dans un film qui semble avoir plus envie de convaincre que de raconter. L’expérience laisse un goût étrange, celui d’un projet qui utilise le cinéma comme vecteur de croyances personnelles, sans réelle considération pour l’écriture, le rythme ou la construction narrative.
Pour ceux qui cherchent un film qui questionne ou qui bouscule, il existe des œuvres bien plus subtiles, capables de traiter les mêmes sujets sans tomber dans le prosélytisme. Ce film n’est pas simplement maladroit, il est prisonnier d’un cadre idéologique rigide qui finit par étouffer toute ambition cinématographique. Une œuvre qui aurait pu intriguer mais qui, à force de discours dogmatiques, finit par lasser.
Note : 2/10. En bref, Nefarious s’éloigne tellement de son genre de départ qu’il est difficile de le considérer comme un film d’horreur à part entière. Il emprunte les codes sans vraiment les exploiter, préférant marteler un propos conservateur plutôt que de construire une vraie tension dramatique.
Sorti le 28 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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