Critiques Séries : Watson. Saison 1. Episode 11.

Critiques Séries : Watson. Saison 1. Episode 11.

Watson // Saison 1. Episode 11. The Dark Day Deduction.

 

Épisode après épisode, Watson semble s'enliser dans un schéma narratif hésitant, incapable de définir clairement ce qu’elle veut raconter ni comment elle souhaite construire ses personnages. L’épisode 11 ne fait malheureusement pas exception à cette tendance. Intitulé « The Dark Day Deduction », il tente une incursion dans le passé militaire du personnage principal, avec un résultat pour le moins inégal. Ce nouvel épisode se veut révélateur d’un pan inconnu de la vie de Watson, en mettant en lumière son passé dans l’armée, plus précisément lors d’un déploiement en Afghanistan. Si l’objectif est de donner de la profondeur au personnage, le résultat reste mitigé. 

 

L’introduction soudaine de cet élément biographique — jamais évoqué de façon concrète auparavant — donne une impression de bricolage scénaristique de dernière minute. Cela pourrait passer s’il y avait une réelle valeur ajoutée au récit. Malheureusement, le traitement de cette révélation ne fait que souligner un problème récurrent dans cette série : des choix narratifs tardifs, souvent peu convaincants. La trame principale de l’épisode tourne autour de Dean, un ancien soldat confronté à des troubles psychiques sévères. Victime d’un traumatisme mal géré, Dean alterne entre flashbacks violents et déconnexion du réel. 

Ces séquences sont censées générer de l’empathie, mais la construction de l’histoire repose sur une accumulation de raccourcis scénaristiques qui nuisent à la crédibilité de l’ensemble. Par exemple, la scène où Dean s’échappe de l’hôpital pour finalement réapparaître sur un toit pose plusieurs questions : aucune caméra ne capte ses déplacements ? Aucun personnel ne remarque sa sortie ? Ce type d’incohérences revient trop souvent dans Watson pour être ignoré. L’arrière-plan militaire de Watson est exposé par bribes à travers ses échanges avec Dean. L’intention semble être de montrer un homme ayant choisi l’armée pour financer ses études, mais aussi profondément affecté par les événements vécus sur le terrain. 

 

Ce portrait aurait pu être plus intéressant s’il ne s’inscrivait pas dans un contexte stéréotypé, voire anachronique. Le traitement de l’Afghanistan et des personnages locaux frôle le cliché, avec un récit qui s’appuie sur des ressorts narratifs datés, dignes de séries du début des années 2000. L’épisode retombe dans une logique de confrontation manichéenne et déshumanisante, qui rend le propos maladroit, voire problématique. Sur le plan médical, le cas de Dean aurait pu permettre un développement plus subtil. On apprend au fil de l’épisode qu’il souffre du syndrome de Guillain-Barré, déclenché par un entraînement physique intensif. 

Ce diagnostic, bien que médicalement intéressant, arrive trop tard dans l’épisode pour vraiment changer la perception globale du récit. Le lien entre Dean et Watson, marqué par une culpabilité partagée autour d’une tragédie passée, aurait gagné à être développé plus tôt dans la saison, plutôt que d’être expédié en un seul épisode. Le volet relationnel de Watson poursuit également son chemin, en particulier la dynamique entre Watson et Mary, sa future ex-femme. Leur complicité, déjà amorcée dans un épisode précédent, continue de se construire, mais reste en toile de fond. Mary est présente, fidèle au poste, que ce soit dans les moments de tension ou dans les instants plus calmes. 

 

Pourtant, cette intrigue secondaire, pourtant prometteuse, manque d’une véritable impulsion. Un sentiment d’attente constante persiste, sans jamais offrir de réelle progression. L’autre fil rouge de la série, centré sur Moriarty et ses manipulations, continue à se déployer dans cet épisode, sans apporter de réponses concrètes. Le personnage de Shinwell, tiraillé entre sa loyauté envers Watson et les pressions exercées par Moriarty, subit ici les conséquences de ses choix. Un jeu de dupes se met en place, avec des implications inquiétantes pour l’un des internes. 

Toutefois, ce pan de l’histoire semble toujours en suspens. La menace plane, mais le scénario prend soin de ne rien révéler, préférant garder ses cartes pour les deux derniers épisodes de la saison. Cette retenue peut créer une certaine frustration : l’intrigue progresse à petits pas, sans que l’enjeu principal soit clairement défini. C’est là l’un des problèmes majeurs de Watson jusqu’ici : malgré une galerie de personnages aux profils variés et un cadre hospitalier qui pourrait donner lieu à des cas fascinants, la série s’éparpille. Elle multiplie les intrigues secondaires, retarde les révélations et échoue à créer un fil conducteur cohérent. 

 

Le personnage de Moriarty, censé représenter une menace globale, reste un mystère mal exploité. Ses motivations demeurent floues, ses actions parfois gratuites, et les conséquences de ses manigances encore trop timides. Visuellement et rythmiquement, l’épisode 11 reste dans la lignée des précédents. Rien ne choque, mais rien ne surprend non plus. L’ensemble est propre mais plat. Il manque ce petit supplément d’âme qui permettrait à la série de se démarquer, de prendre des risques, d’assumer un ton plus tranché. L’utilisation de flashbacks est répétitive, et leur intérêt diminue à mesure qu’ils peinent à apporter un éclairage nouveau sur les personnages ou sur l’histoire principale.

À ce stade de la saison, difficile de ne pas ressentir une forme de lassitude. Chaque épisode semble hésiter entre l’envie de proposer un mystère médical original et celle de développer une trame plus large autour d’un antagoniste invisible. Malheureusement, en refusant de choisir clairement une direction, Watson reste coincée dans une sorte de neutralité narrative. Elle avance, mais sans élan. Elle dévoile, mais sans conséquence. Elle construit, mais sans fondation solide. Il ne reste que deux épisodes avant la fin de la saison, et l’espoir subsiste de voir la série redresser la barre. Il est encore temps de donner une cohérence à l’ensemble, de justifier certains choix, de clarifier les intentions. 

 

Mais cela nécessiterait une réévaluation franche de la manière dont l’histoire est racontée. Si Watson veut réellement marquer les esprits, elle devra cesser de s’appuyer sur des artifices scénaristiques fragiles et faire le pari d’une écriture plus assumée, plus audacieuse, et surtout plus authentique.

 

Note : 4/10. En bref, Watson reste coincée dans une sorte de neutralité narrative. Elle avance, mais sans élan. Elle dévoile, mais sans conséquence. Elle construit, mais sans fondation solide.

Prochainement en France

 

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