Critique Ciné : Control Freak (2025, Disney+)

Critique Ciné : Control Freak (2025, Disney+)

Control Freak // De Shal Ngo. Avec Kelly Marie Tran, Miles Robbins et Kieu Chinh.

 

Le film Control Freak, adaptation étendue d’un court épisode de la série Bite Size Halloween, semblait prometteur sur le papier. Une héroïne qui lutte contre ses propres pulsions, un mélange de malaise psychologique et de dérives surnaturelles, une imagerie autour de la perte de contrôle... Autant d’éléments qui laissaient entrevoir un thriller mental à la croisée de l’horreur psychologique et du body horror contemporain. Pourtant, le résultat final laisse un goût amer, quelque part entre l’ennui et la frustration. Le film s’articule autour de Val, une femme qui affiche une image impeccable d'entrepreneuse à succès, spécialisée dans le coaching de vie. 

 

Une conférencière motivatrice est tourmentée par une démangeaison incessante à l'arrière de sa tête.

 

En apparence sûre d’elle, elle est rongée de l’intérieur par une souffrance qui se manifeste par des démangeaisons incontrôlables au cuir chevelu. Ce simple détail, qui dans le court-métrage initial fonctionnait comme une métaphore frappante de la perte de contrôle, devient ici un fil rouge mal exploité, tiré jusqu’à l’épuisement. Plutôt que de creuser cette idée de manière subtile, le film en rajoute couche après couche, au point d’étouffer ce qui aurait pu être une réflexion intéressante sur la pression sociale, l’obsession de la perfection et la santé mentale. 

 

Ce trop-plein d’explications et de flashbacks rend le tout lourd, répétitif et finalement bien peu efficace. Le réalisateur, Shal Ngo, semble vouloir tout dire en même temps. Le film aborde à la fois les blessures du passé, les traumas familiaux, le regard des autres, les apparences trompeuses, les parasites – réels ou imaginés – et même des incursions dans l’ésotérisme vaguement démoniaque. Résultat : le spectateur se perd. L’histoire s’éparpille, les enjeux deviennent confus, et le suspense s'effondre rapidement. Certains choix de mise en scène, notamment les nombreuses scènes tournées sous l’eau, alourdissent encore le récit. 

 

L’esthétique est peut-être travaillée, mais elle ne suffit pas à donner du corps à un scénario aussi bancal. Ces effets visuels semblent plus décoratifs que narratifs, renforçant cette impression d’un film qui cherche constamment à en faire trop, sans jamais atteindre une vraie cohérence. Val est censée incarner le conflit intérieur d’une femme en façade forte mais psychologiquement au bord de l’implosion. Malheureusement, le traitement de son personnage ne permet pas d’établir un réel lien émotionnel. Les scènes se succèdent sans que sa trajectoire ne devienne vraiment crédible. Elle passe de moments de calme apparent à des crises de panique sans que l’on comprenne vraiment ses mécanismes internes.

 

Le jeu de l’actrice oscille d’ailleurs entre sincérité et maladresse. Parfois juste, parfois théâtral, il finit par desservir le propos. Difficile de s’attacher à un personnage aussi mal défini. On ressent une volonté de montrer une descente dans la folie, mais sans la finesse nécessaire pour créer de l’empathie ou du trouble. Le film flirte avec le surnaturel, introduisant un démon qui se manifesterait par des démangeaisons et des apparitions d’insectes – principalement des fourmis. Une idée qui aurait pu fonctionner si elle avait été amenée avec plus d’ambiguïté ou de tension. Au lieu de cela, le film enfonce le clou sans retenue, rendant cette métaphore presque risible.

 

Ce que l’on devine être une allégorie de la pression mentale ou de la culpabilité se transforme en caricature, d’autant plus que les effets spéciaux ne suivent pas. Les rares scènes un peu plus graphiques n’apportent rien de nouveau, et semblent même placées là pour masquer le manque de substance narrative. Comme souvent dans ce type de récit, l’héroïne finit par plonger complètement dans une spirale de paranoïa et de confusion. Les personnes qui l’entourent doutent d’elle, elle-même ne sait plus ce qui est réel. Cela aurait pu fonctionner si ce schéma n’avait pas été aussi prévisible. 

 

Chaque rebondissement semble téléphoné, chaque révélation déjà vue ailleurs. La conclusion du film, qui cherche à clore le récit en apportant une certaine gravité, ne parvient pas à susciter d’émotion. Elle ne fait que confirmer l’impression que Control Freak ne parvient pas à dépasser son concept initial. Tout est joué d’avance, sans surprise, sans intensité. Sorti directement sur Hulu aux États-Unis et sur Disney+ en France, Control Freak s’inscrit dans cette tendance de films « de plateforme » qui visent plus la quantité que l'impact. Ce n’est pas une généralité, bien sûr – certains projets numériques offrent de vraies surprises – mais celui-ci semble avoir été conçu pour remplir un créneau plus que pour raconter une histoire forte.

 

Le format long-métrage ne lui rend pas service. Le court original se suffisait à lui-même, et étirer le concept sur 90 minutes crée des longueurs et dilue l’intensité initiale. À aucun moment le film ne parvient à maintenir la tension. Il devient un fond sonore plus qu’un objet de cinéma captivant. Control Freak avait un potentiel, celui de traiter de manière originale les tensions internes et les luttes invisibles que chacun peut porter. Mais à trop vouloir en faire, le film perd toute sa pertinence. Visuellement chargé, narrativement confus, émotionnellement creux, il finit par devenir plus agaçant qu’inquiétant.

 

C’est une œuvre qui tente de parler de contrôle, mais qui en manque cruellement à tous les niveaux : direction artistique, écriture, rythme, interprétation. Même en cherchant à lui donner une chance, difficile de lui trouver une vraie qualité marquante, en dehors peut-être de cette étrange capacité à donner envie de se gratter la tête pendant tout le film.

 

Note : 4/10. En bref, un film qui gratte sans jamais vraiment atteindre sa cible. 

Sorti le 13 mars 2025 directement sur Disney+

 

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