26 Avril 2025
You // Saison 5. Episode 3. Impostor Syndrome.
Trois épisodes, et déjà, la saison 5 de You commence à resserrer les fils de son intrigue. L’épisode 3, en particulier, joue avec les attentes des spectateurs en réexaminant les dynamiques que Joe Goldberg entretient avec les femmes qui croisent son chemin. Ce que l’on pensait acquis dans les épisodes précédents — notamment la mise en place du triangle Joe-Kate-Bronte et la prise d’otage de Maddie — prend ici une tournure plus ambigüe. Et une fois de plus, Joe semble se convaincre qu’il a le contrôle… alors que tout autour de lui lui échappe.
Depuis les débuts de la série, Joe classe les femmes selon des catégories assez grossières : la femme parfaite qu’il idéalise, la menace qu’il doit éliminer, ou l’imbécile qu’il peut manipuler à loisir. Ce modèle, aussi simpliste qu’erroné, persiste dans cet épisode. Et pourtant, on a envie de lui demander : quand comprendra-t-il que sous-estimer les autres — et particulièrement les femmes — finit toujours par lui coûter cher ? C’est Maddie qui, cette semaine, vient perturber sa grille de lecture. Présentée comme une victime enchaînée dans la cave de Joe dans l’épisode précédent, elle s’affirme ici comme une adversaire redoutable, maîtrisant parfaitement le retournement de situation.
Sa réplique — « Tu es l’otage ici, boo-boo » — fonctionne comme un miroir tendu à Joe : il est bien loin d’être le prédateur en position de force qu’il imagine être. L’intérêt de l’épisode réside dans cette relation qui évolue entre Joe et Maddie. Ce qui aurait pu ressembler à une situation de domination unilatérale s’avère bien plus complexe. Joe tente d’utiliser ses techniques habituelles : déstabilisation psychologique, fausse empathie, manipulation émotionnelle. Mais Maddie, loin de céder, lui oppose un humour cinglant, une lucidité déconcertante et un sens stratégique affuté. Elle connaît ses besoins — notamment médicaux, comme son insuline — et en fait une arme de négociation.
Ce n’est pas simplement une captive : c’est une joueuse. Il est intéressant ici de faire le parallèle avec le personnage de Bronte. Dans l’épisode 2, on évoquait déjà son rôle ambigu, son attitude faussement candide. Dans l’épisode 3, cette ambiguïté se renforce. Maddie affronte Joe frontalement, quand Bronte joue la carte du mystère, de la vulnérabilité, voire du flirt stratégique. Deux postures différentes, mais qui remettent toutes deux en question la position centrale de Joe. L’arc narratif de Bronte prend une tournure inattendue. Celle que Joe perçoit comme une employée fragile et un peu paumée se révèle être une tout autre personne.
Son passé, ses mensonges, son changement de nom : tout indique que Bronte — ou plutôt Louise — est en train de jouer un rôle. Cela rappelle les masques que portaient d’autres femmes dans la série (on pense à Love, à Marienne), mais ici, ce jeu semble plus calculé. Le moment où elle évoque The Dark Face of Love, livre écrit par Beck, donne une nouvelle couche de tension. Bronte n’est pas seulement intriguée par Joe, elle est fascinée par l’univers qu’il a contribué à créer — sans même savoir, peut-être, qu’il en est l’élément central. Ou alors, justement, elle le sait trop bien. Joe, quant à lui, vacille entre attirance et paranoïa. Il veut croire qu’il est enfin compris, enfin vu, mais il commence aussi à soupçonner qu’il pourrait être manipulé à son tour.
Cette inversion des rôles n’est pas neuve dans la série, mais elle est ici plus subtile. Bronte pourrait bien être en train de tisser la toile dans laquelle Joe va s’empêtrer. Du côté de Kate, l’épisode révèle un autre déséquilibre. La dynamique entre elle et Joe s’effrite lentement, notamment sur la question de la violence. Là où Kate veut des solutions politiques, juridiques, stratégiques, Joe ne connaît que les coups de poing — ou de couteau. Le désaccord devient flagrant lorsqu’il évoque l’idée d’utiliser Gretchen contre Reagan. L'indignation de Kate est réelle. Il y a un décalage fondamental entre les moyens qu’elle juge acceptables et ceux que Joe considère comme "pragmatiques".
Ce moment marque une fracture. Même s’ils se retrouvent un peu plus tard dans l’épisode, un doute s’installe. Kate est-elle encore la femme qui peut vivre avec ce que Joe est vraiment ?C’est dans cette brèche émotionnelle que Bronte s’insère. Et on sent bien que Joe s’accroche à cette relation comme à une bouée de sauvetage. Il a besoin de quelqu’un qui accepte son côté sombre. Mais il oublie, comme souvent, que cette recherche d’acceptation l’amène à ignorer les signaux d’alerte. Un autre personnage prend de l’épaisseur ici : Reagan.
Ce qu’elle révèle à Kate, ce qu’elle met en scène sur les réseaux sociaux, sa façon de manipuler les apparences — tout cela confirme que Joe n’est pas le seul à user de la mise en scène comme stratégie. Reagan est imprévisible, imprenable, presque invulnérable dans sa posture d’aristocrate du pouvoir. Maddie, qui semble pourtant s’opposer à sa sœur, ne parvient pas à s’en défaire complètement. Elle continue de parler d’elle avec une forme de crainte. Leurs liens sont troubles, marqués par la douleur, la rivalité, et un passé fait de silences pesants. Joe tente de comprendre, mais il n’a pas les codes.
Il vient d’un monde où les liens familiaux sont brisés depuis longtemps. Cette ignorance le rend inapte à décoder les interactions entre Maddie et Reagan. Le dernier acte de l’épisode glisse presque vers la satire. Joe, enfermé dans sa cave (encore), propose à Maddie de devenir Reagan. L’idée semble absurde, mais elle correspond parfaitement à la logique de la série : l’identité, chez Joe, est toujours malléable. Il modèle ses partenaires à l’image qu’il se fait d’elles. Suggérer à Maddie de remplacer sa sœur, ce n’est pas un délire de fin d’épisode, c’est une continuité.
Mais ce que Joe n’anticipe pas, c’est que Maddie a peut-être, elle aussi, envie de jouer un rôle. Après tout, endosser la vie de Reagan pourrait être un moyen de regagner sa liberté, de revoir Gretchen, voire de se venger. Ce plan — s’il se concrétise — pourrait bien être le tournant de la saison. Ce troisième épisode consolide une chose : dans You, les ennemis de Joe ne sont pas ceux qu’il désigne comme tels. Il projette, il fantasme, il contrôle… jusqu’au moment où il réalise qu’il s’est lui-même piégé. L’équilibre précaire entre ses pulsions, ses mensonges, et ses illusions s’effondre lentement.
À travers Maddie et Bronte, l’épisode explore deux manières de résister à Joe : la confrontation directe et la manipulation subtile. Les deux stratégies fonctionnent. Et si l’on devait miser sur l’avenir de Joe, ce ne serait plus sur sa capacité à survivre… mais sur sa capacité à voir venir les coups.
Note : 6.5/10. En bref, un épisode solide qui continue de bâtir les bases de cette saison finale.
Disponible sur Netflix
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