Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 10 (series finale)

Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 10 (series finale)

You // Saison 5. Episode 10. Finale.

SERIES FINALE

 

Après plusieurs saisons à suivre les errances de Joe Goldberg, l’épisode 10 de la saison 5 de You nous offre une conclusion qui semble volontairement laisser un goût d’inachevé. Il faut reconnaître que trouver une fin « satisfaisante » pour un personnage aussi complexe que Joe n’était pas une mission facile. Mort, prison, rédemption ? Dès les premières minutes, la série semble elle-même admettre qu'aucune option ne comblera vraiment les attentes du public. Joe fuit encore, cette fois accompagné de Brontë, qui rêve de le tuer mais se persuade qu'elle a besoin de réponses avant d'agir. 

 

Un choix qui, d’entrée, rappelle la manière dont la série a toujours abordé les rapports toxiques : l’illusion que comprendre l'autre peut permettre de guérir. Une idée séduisante, mais qui dans la réalité laisse souvent les victimes prisonnières de leur agresseur. Cet énième détour psychologique nous montre que Brontë, bien que lucide sur Joe, reste dans l’ombre de son influence. Comparé à l'épisode 9, où Nadia et Kate avaient uni leurs forces pour contrer Joe, Brontë fait ici cavalier seul. Là où la solidarité semblait être une arme contre la manipulation masculine, cet épisode revient au schéma classique : une femme isolée face à son bourreau. 

 

Un choix narratif qui peut décevoir, tant il réduit l’intelligence collective entre femmes développée précédemment à un simple souvenir. Joe, de son côté, bénéficie encore de l'aide d’anciennes connaissances, notamment Will Bettelheim. Ce rappel que Joe sait toujours trouver des alliés quand cela l’arrange souligne à quel point, malgré son isolement apparent, il a toujours su se créer des issues. La fabrication de faux passeports pour Joe et Brontë, leurs nouveaux noms tirés de leur passion douteuse pour l’érotisme vampirique, donne presque l’impression qu'on assiste à une mauvaise parodie de la série elle-même.

 

Le comportement de Brontë frôle l'incohérence à plusieurs reprises. Lorsqu’elle croise un policier à une station-service, elle rate une occasion en or d’échapper à Joe. Pire, elle se concentre sur l'achat d'un livre — celui de Beck, ironie cruelle — et d'un accessoire d'autodéfense. Cela souligne une tendance récurrente de la série : l’aveuglement de ses personnages face aux solutions évidentes. Même au moment décisif, Brontë tente de retourner la situation à son avantage de la pire façon : tirer une arme sur Joe au moment le plus vulnérable pour elle-même. 

 

Cela donne lieu à une scène tendue, mais profondément frustrante, tant sa stratégie semble vouée à l’échec dès le départ. Alors que Joe tente de manipuler Brontë une dernière fois, se plaignant d'être "incompris" et "mal aimé", la série touche un point intéressant. L’éternelle posture de victime qu’il adopte ici est une mécanique bien connue des profils narcissiques : retourner la culpabilité sur autrui pour éviter toute remise en question. Cette confession est interrompue par un appel déchirant de son fils, Henry. L’enfant, avec une lucidité presque trop parfaite pour son âge, identifie Joe comme le véritable monstre de l’histoire. 

 

Ce moment, bien qu’un peu forcé sur le plan émotionnel, reste l'un des rares instants où Joe est confronté sans filtre aux conséquences de ses actes. La tentative de fuite de Brontë, blessée mais déterminée, relance brièvement le suspense. Son recours à l’anneau de défense acheté quelques heures plus tôt est aussi maladroit qu'efficace. L’épisode évite heureusement de montrer frontalement la violence, ce qui laisse plus de place à la tension psychologique. Le duel se termine par une scène marquante : Brontë refuse de tuer Joe malgré son insistance. 

 

Sa décision d’exposer Joe publiquement plutôt que de lui offrir une mort rapide semble vouloir faire écho au besoin de justice véritable, loin des pulsions immédiates. Joe est arrêté, jugé, et condamné pour de nombreux meurtres, y compris ceux de Beck et Love. L'ironie veut que, même emprisonné, il continue à fasciner. Le risque d'en faire une icône de la culture "true crime" est réel, un phénomène que la série n’hésite pas à souligner avec une certaine ironie. Détail mordant : Brontë l’a privé de son pouvoir de séduction ultime en le blessant physiquement d’une manière irréversible. 

 

Une punition symbolique, qui coupe court à toute tentation de récidive sentimentale pour Joe. L’épisode prend soin de montrer les répercussions de la chute de Joe sur son entourage : Nadia enseigne en prison, Dom et Phoenix surfent sur la vague médiatique, Kate récupère la garde d’Henry et reprend son activité artistique. Chacun semble, à sa manière, vouloir tourner la page. Une façon pour la série de refermer proprement les arcs secondaires, tout en laissant planer une légère inquiétude sur certains destins (Gretchen notamment).

 

Le dernier plan de la série, avec Joe enfermé en prison, enfin réduit au silence, aurait pu suffire. Mais You choisit d'ajouter une voix-off finale, fidèle à son style. Joe se demande si, finalement, ce n’est pas la société le véritable problème. Cette pirouette narcissique est une ultime démonstration de son incapacité à évoluer. Cette conclusion fait écho aux thèmes abordés tout au long de la saison 5 : la toxicité masculine, la manipulation émotionnelle, la difficulté de rompre le cycle des abus. Mais elle refuse de donner des réponses simples ou des satisfactions immédiates.

 

En refusant de condamner Joe par la mort ou par un happy end simpliste, You reste fidèle à son ton ambigu. L’épisode 10 ne cherche pas à réconcilier le spectateur avec son personnage principal, ni à justifier ses actes. Il laisse planer une gêne, une amertume, et peut-être une certaine lassitude — sentiments qui semblent appropriés au regard de tout ce que Joe a infligé à ceux qui ont croisé sa route. En définitive, You nous rappelle que certaines histoires n'ont pas de fin apaisante, et que parfois, il faut apprendre à vivre avec l'inconfort de l'inachevé.

 

Note : 4.5/10. En bref, une fin décevante pour une série qui avait pourtant su se reprendre en main cette saison. Le sentiment que l’on a regardé cinq saisons d’une série qui est incapable de trouver une vraie conclusion.

Disponible sur Netflix 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article