28 Avril 2025
You // Saison 5. Episode 6. The Dark Face of Love.
Depuis plusieurs épisodes, You semble prendre son temps. Cette cinquième saison, qui devait conclure de façon percutante l’histoire de Joe Goldberg, s’installe dans une lenteur presque déroutante. Avec "The Dark Face of Love", l’épisode 6, la série tente de relancer son rythme par un retournement attendu, mais non moins efficace. Toutefois, en replaçant cet épisode dans l’ensemble de la saison, une impression persiste : celle d’une mécanique qui s'essouffle malgré ses éclairs de tension. Dans cet épisode, Joe semble une fois de plus au bord du gouffre. Coincé, démasqué, sans issue apparente. Puis, fidèle à ce que la série a souvent construit dans ses meilleurs moments, un retournement intervient et le remet momentanément en position de force.
Ce genre de bascule a toujours fait partie de l'ADN de You, notamment dans les saisons précédentes où chaque victoire apparente de Joe n’était que provisoire. Mais cette fois-ci, la saveur est différente. Peut-être est-ce la conséquence d'une saison qui manque de matière forte. En regardant froidement, seuls trois événements majeurs ressortent jusqu'ici : l’histoire du jumeau, l'infidélité de Joe, et le piège tendu par Bronte (alias Louise). Cela laisse de longues séquences intermédiaires où l'intrigue semble s’étirer plus par nécessité de format que par nécessité narrative. Là où les précédentes saisons réussissaient à rendre chaque épisode dense, cette fois, on a parfois l'impression que l’histoire avance à reculons.
Le vrai moteur de l’épisode est bien sûr la révélation autour de Bronte. Dès les premiers instants de la saison, certains signes laissaient deviner que ce personnage n’était pas celui qu’il prétendait être. En apprenant qu’elle est en réalité Louise Flannery, ancienne protégée de Beck, on comprend mieux son obsession pour Joe. Le choix de raccrocher cette nouvelle figure à Beck, personnage central de la saison 1, est intéressant. Cela donne l’illusion d’une boucle narrative bouclée. Pourtant, cela accentue aussi un sentiment déjà présent dans les épisodes précédents : celui d’un recyclage discret, comme si la série peinait à inventer de nouveaux enjeux aussi forts que ceux du passé.
Louise, en tout cas, est un personnage qui illustre parfaitement le mélange de fascination et de déni qui entoure Joe depuis le début. Elle sait pertinemment ce dont il est capable, elle possède des preuves solides, elle a mené l’enquête... Et pourtant, elle choisit de croire qu'elle est l'exception. Ce mécanisme d'aveuglement volontaire est un ressort classique de You, mais ici, il semble presque forcé. Peut-être est-ce aussi une manière de souligner que Joe, malgré tout ce qu’il a fait, conserve encore un pouvoir d’attraction presque irréel sur certaines personnes. Un pouvoir qui n’est pas tant lié à son charisme qu'à ce que ses victimes veulent voir en lui.
L'épisode joue aussi sur une corde familière : la relation compliquée de Joe avec la justice. Voir Bronte/Louise parler à la police sans avocat, dans une situation aussi tendue, rappelle ces nombreux moments dans d'autres séries (comme Pretty Little Liars) où l'inexpérience et la naïveté précipitent les pires conséquences. Le parallèle est d’autant plus flagrant que, dans You, personne ne semble apprendre des erreurs passées. Autre élément frappant : l’incroyable naïveté de Louise lorsqu’elle minimise l’existence d'une cage dissimulée dans la librairie. Là aussi, la série appuie sur le thème récurrent du déni collectif : à quel point veut-on ne pas voir ce qui crève les yeux ?
Cet aspect, aussi irritant soit-il, reste fidèle à l'esprit de la série, qui a toujours mis en scène des personnages vivant dans leur propre version de la réalité. L’autre grand moment de "The Dark Face of Love" est la confrontation entre Joe et Kate. Depuis le début de leur relation, on sentait que tout reposait sur un fragile équilibre de mensonges. Cette fois, Kate ne fait plus semblant : elle sait qui est Joe, elle ne lui pardonne rien, et surtout, elle agit en conséquence en mettant Henry hors de sa portée. Ce face-à-face donne à l’épisode une énergie brute qui manquait parfois aux précédents. Kate n'est pas une "victime" de plus ; elle décide de reprendre le contrôle, de s'éloigner et de protéger son fils.
Elle utilise même les propres faiblesses de Joe contre lui, notamment en exploitant son incapacité chronique à lire correctement les documents qu’il signe, pour obtenir la garde temporaire d’Henry. Cette rupture est l’une des décisions les plus logiques et cohérentes de la saison. Elle renforce l'idée que Joe est désormais piégé non pas par un ennemi extérieur, mais par son propre comportement. La toute fin de l’épisode – lorsque Joe découvre une caméra cachée parmi ses livres – ajoute une dernière note d’inquiétude. Louise n’a pas totalement coupé le lien. La traque continue, mais cette fois, on sent que Joe est moins maître du jeu qu’il ne le croit.
Ce détail, mine de rien, ouvre plusieurs pistes pour la suite. Le piège est-il encore en place malgré l’élimination de Clayton ? Louise peut-elle se retourner une fois de plus contre Joe, ou est-elle définitivement perdue dans ses illusions ? En résumé, "The Dark Face of Love" parvient à relancer l'intrigue, sans pour autant masquer totalement les faiblesses structurelles de cette saison 5. L’épisode rappelle ce que You sait faire : construire des retournements psychologiques tendus, jouer sur les apparences, explorer le déni. Mais l'impression générale reste celle d’une saison qui aurait gagné à être plus resserrée, avec moins d’épisodes et une écriture plus nerveuse.
Alors que la fin approche, il reste à voir si You parviendra à conclure l’histoire de Joe Goldberg avec la force qui avait marqué ses débuts. En tout cas, cet épisode nous montre que, malgré tous ses efforts pour fuir ses actes, Joe ne peut plus échapper à ce qu’il est devenu.
Note : 6/10. En bref, un rythme qui s’essouffle malgré des révélations efficaces.
Disponible sur Netflix
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog