29 Avril 2025
You // Saison 5. Episode 9. Trial of the Furies.
Après plusieurs épisodes à voir Joe Goldberg naviguer entre manipulations discrètes et faux-semblants, l'épisode 9 de la saison 5 de You accélère enfin le rythme. Cette avant-dernière étape avant le final a quelque chose d'assez brutal : tout ce qui a été lentement construit jusqu'ici semble s'effondrer d'un seul coup. Et même si certaines décisions narratives laissent perplexe, il faut reconnaître que cet épisode arrive à capter l'attention jusqu'à son dernier plan. On aurait pu croire que Kate finirait par se relever et reprendre le contrôle. Après huit épisodes où elle a surtout été spectatrice, il était naturel d’attendre d’elle un vrai moment de révolte. Ce moment est venu... mais il n’a pas tenu longtemps.
Chaque tentative de sa part pour maîtriser la situation est aussitôt détournée par des imprévus, au point que son plan s'effrite sous nos yeux. Une descente aux enfers littérale et figurée, ponctuée d'un incendie que l'on sentait venir depuis plusieurs épisodes. Un choix de réalisation m'a particulièrement surpris dans cet épisode : entendre la voix-off de Brontë. Jusqu’ici, seul Joe avait ce privilège. L’introduction soudaine d’un autre narrateur vient casser l'identité que la série avait patiemment construite autour de son personnage principal. Certes, Brontë est centrale dans le piège qui se referme sur Joe, mais la voir partager la narration enlève à la tension naturelle qu’on aurait pu ressentir simplement à travers les regards et les silences.
C’est un peu comme si la série ne nous faisait plus confiance pour comprendre les enjeux sans tout nous expliquer. Déjà, dans les épisodes précédents, You avait commencé à sur-expliciter ses thématiques. Là, cela devient très évident : les dialogues se transforment souvent en discours destinés autant aux personnages qu'au public, ce qui nuit à la subtilité qui faisait l’originalité de la série, notamment dans les premières saisons. Depuis la saison 1, Joe croit pouvoir réinventer sa vie à chaque fois qu’elle dérape : changer de ville, d’identité, de projet de vie. Ici, son fantasme d'un avenir avec Louise dans un château en Irlande devient le symbole parfait de ses illusions.
Il imagine un avenir « propre », loin de ses crimes, alors même qu'il continue de les accumuler. Et pour une fois, son entourage commence vraiment à anticiper ses mouvements. Kate et Maddie ne sont plus dupes : elles utilisent ses propres outils contre lui, des écouteurs GPS aux promesses de liberté. Cela donne lieu à un jeu du chat et de la souris un peu plus tendu que dans les épisodes précédents, même si certains raccourcis narratifs peuvent faire tiquer. Par exemple, voir Joe se faire avoir par un piège aussi simple que le faux garage interroge un peu. Ce personnage, toujours si méfiant, semble par moments oublier qui il est censé être.
Mais cela reste cohérent avec son état d'esprit : Joe est épuisé, paranoïaque, et perd de sa lucidité. Il s'enferme, au sens propre comme au figuré, dans ses propres délires. Un des plaisirs de cet épisode, c'est de voir Maddie prendre enfin les devants. Sa décision d'incendier la librairie Mooney’s est à la fois absurde et compréhensible : dans cet univers où la justice légale semble inefficace, la destruction devient un moyen de reprendre un semblant de pouvoir. C'est un geste désespéré, certes, mais il correspond bien à l'énergie accumulée depuis plusieurs épisodes où Maddie a été piégée et trahie. De son côté, Brontë offre un miroir cruel à Joe : celle qu’il croyait séduire finit par le manipuler, lui tendant un piège qu’il n’a pas vu venir.
Il est assez ironique de voir ce personnage, persuadé d'être le maître de toutes les situations, tomber dans un scénario monté par celles qu’il considérait encore récemment comme des pions. Kate, enfin, montre une capacité à assumer ses actes que peu de personnages dans You avaient jusqu’ici. Mais ses tentatives pour régler seule la situation apparaissent presque naïves. Dans les épisodes précédents, on avait déjà vu cette tendance : vouloir croire qu’elle pouvait dompter Joe sans se salir les mains. Ici, elle accepte enfin l'idée que pour se sauver, il faudra sans doute faire un sacrifice.
Louise, elle, reste peut-être la moins crédible du tableau. Depuis plusieurs épisodes, son aveuglement frôle l’absurde : elle accumule les preuves que quelque chose ne va pas, mais continue à se laisser bercer par les beaux discours de Joe. Son retour dans l’appartement en feu pour récupérer son ordinateur résume bien son manque de bon sens. Dans une série où la manipulation psychologique est centrale, on peut comprendre ce personnage, mais certaines de ses décisions frisent l'irréalisme. Dans l’épisode précédent, j’avais déjà relevé que Louise apparaissait de plus en plus comme un symbole d’aveuglement volontaire. Ici, elle continue de suivre ce chemin, au risque de tout perdre.
Le retour de Marienne est un moment fort de l’épisode, même s’il est mis en scène de manière un peu appuyée. Entendre Marienne dire à Joe qu’il n’a jamais été un sauveur, mais un abuseur, vient acter ce que You avait parfois tenté de maquiller. Il n’est plus question de débat intérieur ou d’ambiguïtés : Joe est confronté à la réalité brutale de ses actes. Cependant, comme souvent dans cette série, l’impact de cette confrontation est atténué par une tendance à vouloir tout expliquer. Là où quelques regards suffiraient, on nous offre des tirades appuyées qui rendent le tout moins percutant.
Alors que l'incendie ravage la librairie, Joe tente une ultime manœuvre : proposer à Louise de l'épouser. Ce geste, grotesque dans le contexte, résume bien la spirale dans laquelle il s’est enfermé. Croire qu'un simple "oui" pourrait laver tous ses crimes relève d'une forme de délire total. Et pourtant, Louise accepte... en pensant pouvoir mieux le contrôler ainsi. Encore une fois, You souligne que dans cet univers, la survie passe par des compromis permanents. Il est intéressant de voir comment cet épisode fait écho à certains précédents : dans l’épisode 7 par exemple, où l'on voyait Joe tenter de "réparer" ses erreurs par de nouveaux départs illusoires. Ici, cette mécanique est poussée à son extrême et expose clairement son absurdité.
Note : 6/10. En bref, la série se réveille enfin à un épisode de la fin.
Disponible sur Netflix
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