Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 2.

Critiques Séries : You. Saison 5. Episode 2.

You // Saison 5. Episode 2. Blood Will Have Blood.

 

Le deuxième épisode de la saison 5 de You poursuit sur la lancée amorcée dans le premier : un retour à l’essentiel, mais avec une complexité psychologique et narrative qui redonne un vrai souffle à la série. Si la saison précédente semblait parfois tourner à vide, cette nouvelle salve d’épisodes semble vouloir boucler la boucle avec un Joe plus tiraillé que jamais, coincé entre ses démons intérieurs et son désir illusoire de normalité. Et c’est justement là que réside la force de cet épisode : Joe ne se ment plus vraiment, ou du moins, il le fait en pleine conscience. 

 

On le retrouve dans une posture presque domestiquée, marié à Kate, riche par alliance, père d’un petit garçon traumatisé… et pourtant, fidèle à lui-même, prêt à tuer au moindre signal d’alerte. L’épisode s’ouvre sur une ambiance presque ironique : c’est Pâques, et Joe revient à la vie. Littéralement, puisqu’il a simulé sa mort. Symboliquement aussi, car cette « renaissance » ne fait que renforcer sa dualité : il prétend changer, mais conserve précieusement ses carnets remplis de récits meurtriers dans un sous-sol glauque. On retrouve là ce goût pour l’auto-fiction qui a toujours fait partie du personnage : Joe n’est pas seulement un tueur, c’est un écrivain raté obsédé par sa propre narration. Il ne peut pas brûler ses carnets, parce que ce serait brûler sa propre légende.

 

Ce sous-sol devient presque un personnage à part entière. Présent depuis la première saison, il symbolise à la fois l’obsession de contrôle de Joe, sa volonté de conserver ce qu’il estime précieux, et son besoin de confiner ce qui le terrifie. Il est intéressant de voir comment la série filme cet espace comme un lieu maudit, digne d’un film d’horreur, avec une tension visuelle qui accentue le malaise. Dans ce deuxième épisode, cet endroit devient à nouveau central, non seulement physiquement mais symboliquement : tout ce que Joe tente d’enfouir revient toujours à la surface.

 

Un des éléments les plus réussis de cet épisode, c’est la manière dont il aborde la paternité de Joe. Son fils Henry est impliqué dans une altercation à l’école, et c’est l’occasion d’aborder de façon (presque trop) réaliste les conséquences psychologiques de la violence familiale. Joe, fidèle à son aveuglement, refuse d’envisager la thérapie pour son enfant. Pour lui, aimer suffit. Mais l'épisode souligne subtilement à quel point cet amour est déformé, inadapté, presque toxique. Henry n’a pas besoin d’un père protecteur qui planifie des meurtres pour régler des conflits de cour de récré — il a besoin de stabilité, d’honnêteté, et, oui, probablement d’un bon psy.

 

Cette partie de l’épisode donne aussi à voir un Joe en décalage complet avec les réalités de son fils. La scène du dîner, censée réconcilier les familles, tourne évidemment au fiasco. Ce qui aurait pu être un moment d’apaisement devient une foire aux reproches, aux rancunes familiales, aux suspicions de meurtre… et à un lancer de couteau digne d’une série Netflix, justement. L’incident révèle que les tensions ne viennent pas seulement de Joe, mais bien d’un environnement social globalement dysfonctionnel, où chaque personnage semble cacher un lourd passif.

 

La dynamique entre Joe et Kate évolue lentement, mais sûrement. Dans le premier épisode, elle semblait prête à endosser une part de son passé sombre. Ici, elle marque un point d’arrêt : plus de meurtres, plus de secrets. Une décision qui semble logique, mais qui entre en contradiction frontale avec Joe. Pour lui, tuer est un acte d’amour, de protection. Pour Kate, c’est un poison. Leur désalignement grandit, et laisse présager un futur conflit majeur. Peut-on vivre en couple avec un serial killer repenti (ou pas) ? L’épisode pose cette question sans y répondre frontalement, mais laisse assez d’indices pour comprendre que cette différence de valeurs pourrait être fatale à leur union.

 

Il y a aussi une lecture possible très intéressante autour du personnage de Kate : en épousant Joe, elle a, consciemment ou non, épousé un double de son père. Manipulateur, prêt à tout pour le pouvoir, insaisissable moralement. Est-ce une répétition ? Une revanche ? Le scénario ne le dit pas encore, mais le parallèle est là, limpide. Parlons de Bronte, ce personnage censé incarner une forme de fraîcheur, mais qui sonne de plus en plus creux. Présentée comme une employée un peu fantasque, elle semble n’être qu’un prétexte scénaristique pour titiller la jalousie de Kate ou humaniser Joe. Son caractère est artificiel, presque caricatural — une sorte de cliché ambulant qui n’a pas vraiment de substance. 

 

Chaque scène où elle apparaît semble tirée d’un autre genre de série, comme si elle appartenait à une comédie romantique indie parachutée dans un thriller psychologique. Et pourtant, elle reste là, s’immisce dans l’appartement au-dessus de la librairie, fouille le sous-sol sans réelle peur… On sent venir la romance forcée à plein nez, et ça gâche un peu l’alchimie potentielle avec Joe, qui ne semble pas du tout sur la même longueur d’onde émotionnelle. La fin de l’épisode bascule dans un suspense haletant. Joe pense avoir réglé ses comptes en enlevant Reagan, qu’il considère comme un danger pour Henry. Problème : ce n’est pas la bonne sœur. 

 

La fameuse “twist des jumelles” que la série introduit presque à la légère s’annonce comme un levier scénaristique majeur. Joe, si doué pour traquer, observe, manipuler, finit par se faire piéger par un détail aussi élémentaire. C’est un retournement bien amené, qui remet en cause sa lucidité — et sa toute-puissance. Cette confusion est d’autant plus jouissive qu’elle le place, enfin, dans une position de faiblesse. Le tueur implacable est dépassé, perturbé, obligé de réévaluer ses plans à la hâte. Cela donne un vrai coup de fouet au rythme de l’épisode et pose les bases d’un arc narratif intéressant : que faire quand on enferme la mauvaise personne ? Comment reprendre le contrôle quand la réalité se dérobe ?

 

Ce deuxième épisode réussit là où la saison 4 avait échoué : créer une vraie tension, une densité émotionnelle, tout en gardant une narration fluide. Les éléments classiques de la série — la cage, la voix off, la manipulation — sont bien là, mais mis au service d’une intrigue qui ne tombe pas dans l’absurde. La dimension psychologique est plus fine, mieux dosée, et les enjeux plus intimes. En comparant avec les épisodes précédents, on constate une montée en puissance. Le premier épisode posait les bases ; celui-ci les enrichit, en explorant plus en profondeur les conséquences de la violence sur la cellule familiale, l’ambiguïté morale de Kate, et la perte progressive de contrôle de Joe.

 

Si la série continue sur cette lancée, elle pourrait bien retrouver la justesse qui avait fait de sa saison 2 la plus aboutie (à mon sens). Reste à voir si elle saura maintenir ce niveau sans retomber dans ses travers : des intrigues secondaires inutiles, des personnages plats, et une volonté de choquer qui prime parfois sur la cohérence. Mais pour l’instant, You est de retour. Et c’est peut-être la meilleure nouvelle pour cette dernière saison.

 

Note : 6.5/10. En bref, ce deuxième épisode réussit là où la saison 4 avait échoué : créer une vraie tension, une densité émotionnelle, tout en gardant une narration fluide. Les éléments classiques de la série — la cage, la voix off, la manipulation — sont bien là, mais mis au service d’une intrigue qui ne tombe pas dans l’absurde. 

Disponible sur Netflix

 

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