The Feud (2025) (Saison 1, 6 épisodes) : une tambouille sans saveur

The Feud (2025) (Saison 1, 6 épisodes) : une tambouille sans saveur

The Feud fait partie de ces séries de Channel 5 qui plantent leur décor avec une lourdeur presque fascinante. On se retrouve plongé dans une banlieue sans aspérités, avec ses pelouses tondues au millimètre et ses voisins insupportables qui se regardent plus qu’ils ne se parlent. Le genre d’endroit où un avis de travaux déclenche un tsunami de méfiance et de petits sourires crispés. Voilà, le décor est planté. Channel 5 livre ici un "thriller" domestique qui aurait pu être un épisode de Desperate Housewives tourné par une équipe sous tranxène. Ce n’est pas que ce soit mauvais avec panache, c’est que tout sonne faux, bancal, forcé.

 

Les voisins d'une rue pavillonnaire idyllique se disputent à cause du projet d'une famille de construire une extension à leur maison.

 

Et pourtant, impossible de détourner totalement le regard, un peu comme quand on regarde une flamme vaciller dans une poêle d’huile. La série débute par une scène censée piquer la curiosité : un acheteur potentiel visite une maison charmante, puis glisse, l’air de rien, qu’un double meurtre y aurait eu lieu. Et tout s’arrête. Pas de tension, pas de vrai mystère. Juste un silence gênant et une voisine, Emma, qui observe la scène depuis sa fenêtre avec une tasse à la main. Voilà, c’est le point de départ. Et tout de suite, un grand bond dans le passé. Un mois plus tôt, pour tout "comprendre". Classique.

 

Mais dès qu’on atterrit dans ce fameux "un mois avant", les problèmes commencent. Il ne se passe rien, ou du moins, rien qui mérite d’être raconté avec autant de lenteur. Le quotidien d’une rue banale est mis en scène comme si chaque échange sur le stationnement ou chaque invitation à un apéro dînatoire devait déclencher une alerte rouge. Jill Halfpenny hérite du rôle principal, Emma Barnett, avocate pénale et pilier auto-proclamé de cette rue cossue. Elle pourrait être intéressante, si seulement le personnage n'était pas englué dans des dialogues si plats qu’on se demande parfois si les acteurs improvisent par dépit.

 

À ses côtés, un mari transparent, une bande de voisins aux archétypes grossiers et une enquête policière balbutiante qui prend la forme d’un fil rouge invisible. Chaque protagoniste semble sortir d’un kit préfabriqué : le voisin qui surveille tout via ses caméras, le couple âgé avec un passé trouble, le mari infidèle, la meilleure amie faussement bienveillante… Ce n’est pas tant qu’ils manquent de profondeur, c’est qu’ils n’ont même pas de surface crédible. On devine chaque retournement de situation quinze minutes avant qu’il n’arrive, et lorsqu’il finit par se produire, il ne déclenche ni surprise, ni émotion. Juste un haussement d’épaules.

 

Visuellement, The Feud fait dans le minimalisme sans le vouloir. Les choix esthétiques rappellent un téléfilm de l’après-midi sur une chaîne locale. Lumière trop crue, cadrages sans âme, décors impersonnels… Le tout manque cruellement d’identité. Même les scènes censées porter une tension dramatique tombent à plat. Une caméra de surveillance qui capte une infidélité ? C’est filmé comme une pub pour les alarmes Verisure. Un dîner entre couples où tout bascule ? On dirait une séquence coupée de Plus Belle la Vie. Il ne s’agit pas ici de réclamer des effets spéciaux ou des envolées cinématographiques, mais un minimum de soin dans la mise en scène aurait pu sauver quelques séquences du naufrage narratif.

 

Le plus troublant, c’est cette impression que les scénaristes sont persuadés d’avoir tissé une toile dense, pleine de zones grises et de doubles lectures. En réalité, tout est écrit à gros traits, sans finesse ni progression. Le mystère autour du meurtre est tellement mal amené qu’il finit par devenir secondaire. Ce qui aurait pu être un terrain fertile pour explorer la mesquinerie quotidienne, les jalousies enfouies, devient un prétexte pour aligner des rebondissements sans logique. La fameuse "feud" promise par le titre ? Elle n’a jamais vraiment lieu. Quelques échanges piquants, une histoire de places de parking, et des rancunes en carton. Rien qui mérite d’être qualifié de "rivalité". 

 

Il ne se passe rien d’organique, rien d’humainement crédible. On passe d’un conflit de voisinage à une tentative de thriller psychologique sans jamais réussir à ancrer le récit dans une émotion réelle. Il faut entendre certains échanges pour comprendre à quel point l’écriture est déconnectée. Des phrases sorties de nulle part, comme ce moment où Emma décrit son projet de cuisine comme "excitant". On en rirait presque, si ce n’était pas dit avec un tel sérieux. Et le pire, c’est que ce genre de dialogues ne sont pas des exceptions, mais la norme. À croire que personne n’a pris le temps de lire le script à voix haute avant le tournage.

 

Tout semble écrit pour remplir des cases : moment comique, tension conjugale, révélation choquante… mais sans jamais se poser la question de savoir si ces moments ont du sens, s’ils résonnent avec quoi que ce soit de vrai. Quand le dernier épisode se termine, ce n’est pas un sentiment d’accomplissement qui vient, mais un soupir de soulagement. Pas parce que le mystère est résolu, mais parce qu’on est enfin libéré. Ce qui aurait pu être un portrait acide de la vie de banlieue se transforme en une sorte de punition lente et molle, où chaque épisode semble s’excuser d’exister. Et pourtant, malgré tout, il y a une certaine honnêteté involontaire dans The Feud. 

 

Celle d’une série qui ne prétend jamais être plus que ce qu’elle est : une fiction calibrée pour remplir un créneau horaire, faire un peu de bruit sur les réseaux sociaux, et être oubliée dès le lendemain. The Feud ne mérite pas la haine, mais certainement pas l’attention qu’elle réclame. C’est une œuvre paresseuse, construite sans passion, qui coche toutes les cases d’un cahier des charges vieilli. Elle rate son ambition de commentaire social, échoue à générer une tension durable, et n’offre que très peu de moments de télévision dignes d’intérêt.

 

Reste un portrait involontairement drôle de cette obsession contemporaine pour les cuisines à l’américaine et les voisins trop curieux. Un soap maquillé en drame, avec autant de profondeur qu’un épisode de téléréalité. Ceux qui aiment les intrigues bien ficelées, les personnages nuancés, et les séries qui savent ce qu’elles veulent dire peuvent passer leur chemin. Les autres trouveront peut-être dans The Feud un étrange plaisir coupable, à condition de ne pas trop espérer autre chose qu’un divertissement bancal sur fond de querelles domestiques.

 

Note : 2/10. En bref, une série aussi passionnante qu’un mauvais livre de cuisine. 

Prochainement en France

 

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