Critique Ciné : Sous écrous (2024)

Critique Ciné : Sous écrous (2024)

Sous écrous // De Hakim Bougheraba. Avec Ichem Bougheraba, Arriles Amrani et Bernard Farcy.

 

Le cinéma français continue d’explorer les formes les plus variées du genre comique, et Sous écrous, porté par le duo Bougheraba-Amrani continue la tendance bien affirmée des frères Bougheraba d’instaurer un comique qui s’assume comme il est. Tiré d’une web-série du même nom des frères Bougheraba, le film ne cherche pas à séduire les puristes ou à briller par la subtilité de ses dialogues. Il préfère jouer à fond la carte du divertissement populaire, en assumant un ton décalé, parfois absurde, souvent bruyant, mais toujours rythmé. Un choix clivant, mais cohérent. 

 

Sammy est un étudiant en droit qui jongle entre ses études et son travail de livreur de pizza. Lors d’une livraison, Sammy est arrêté à tort et inculpé pour un braquage qu’il n’a pas commis. Derrière cette machination se cache Eddy Barra, un célèbre braqueur surnommé “l’artificier” qui est aussi son sosie. Eddy a orchestré ce piège, utilisant leur ressemblance pour s’échapper en laissant Sammy endosser ses crimes. En prison, Sammy se voit contraint de jouer le rôle du braqueur pour survivre. Avec l’aide de Nada, son codétenu, Sammy cherche à prouver son innocence et retrouver son identité.

 

L’histoire de Sous écrous repose sur une mécanique bien connue : celle du sosie innocent pris dans un engrenage judiciaire. Sammy, étudiant en droit sans histoire, alterne entre ses révisions et son job de livreur de pizzas. Lors d'une livraison banale, il est arrêté à tort pour un braquage sanglant. À l’origine de ce piège : Eddy Barra, alias "L’Artificier", célèbre criminel recherché et, surtout, son double parfait. L’idée de base est simple mais efficace : un échange d’identité imposé, une prison surpeuplée, une cellule partagée avec Nada, un codétenu haut en couleurs, et une quête de vérité entre les barreaux. Sammy doit survivre dans un univers qui n’est pas le sien, en adoptant malgré lui le masque du criminel. 

 

Un jeu d’équilibriste, entre tension et maladresses, qui permet au film de naviguer entre le thriller et la comédie. Dès les premières scènes, le ton est donné. Marseille est omniprésente, pas seulement comme décor, mais aussi comme atmosphère, langage, attitude. L’accent chantant, les références locales, et les tics de langage font partie intégrante du style des Bougheraba. Pour celles et ceux qui ont grandi avec les Kaïra, Les Segpa ou les premiers Taxi, l’ambiance est familière. C’est un cinéma qui s’adresse directement à un public jeune, habitué à un humour spontané, parfois cru, souvent potache.

 

Ce choix esthétique peut rebuter ceux qui préfèrent un humour plus fin ou une mise en scène plus posée. Ici, tout est exagéré : les personnages secondaires surjouent leurs rôles, les dialogues vont à cent à l’heure, les situations flirtent avec le surréaliste. Pourtant, derrière cette couche de gags à répétition, une vraie sincérité se dégage, notamment dans la manière dont la ville et ses quartiers sont filmés. Le film s’amuse à bousculer les codes du polar et à désamorcer les scènes de tension avec des blagues inattendues ou des comportements absurdes. Ce mélange des genres, s’il amuse une partie du public, peut dérouter. 

 

Certaines répliques tombent à plat, quelques situations semblent caricaturales. Il ne faut pas attendre de Sous écrous un propos sociopolitique fouillé, même si la question de l’erreur judiciaire et de la stigmatisation sociale est bel et bien présente en filigrane. Ce n’est pas tant un film à message qu’un film à énergie. Et l’énergie, ici, vient surtout du duo central, porté par Ichem Bougheraba dans un double rôle à la fois drôle et bancal. Son jeu repose beaucoup sur le contraste entre Sammy, garçon réservé et un peu perdu, et Eddy, braqueur flamboyant. Le résultat donne lieu à des scènes inégales mais toujours dynamiques.

 

D’un point de vue technique, le film s’appuie sur une mise en scène volontairement nerveuse. Plans serrés, caméra en mouvement, effets visuels rapides... Cela crée une dynamique proche du clip ou de la série, ce qui reste logique au vu de l’origine du projet. Ceux qui ont suivi la web-série retrouveront la même patte, légèrement étoffée pour le grand écran. Ce style, s’il accentue le rythme général, peut aussi fatiguer. Certaines scènes auraient gagné à être plus respirées, d’autres plus travaillées dans leur chorégraphie. Mais ce parti pris correspond à l’esprit du film : rapide, efficace, pas forcément poli.

 

Autour des deux protagonistes, plusieurs seconds rôles parviennent à tirer leur épingle du jeu. Bernard Farcy, en particulier, incarne un personnage antipathique à souhait, sans surjouer. Son expérience dans ce type de comédies se sent, et son personnage apporte une forme de stabilité dans ce joyeux désordre. Nada, le compagnon de cellule, joue le rôle du complice un peu fou mais attachant, souvent à contre-pied. Son duo avec Sammy offre quelques-uns des meilleurs moments du film, notamment dans les échanges verbaux à la fois absurdes et sincères. Ce binôme fonctionne bien, même dans les moments de tension.

 

Sous écrous ne cherche pas à séduire tout le monde. Il parle à un public précis, avec un langage qu’il maîtrise. Cela implique aussi une série de défauts : un humour pas toujours subtil, des stéréotypes parfois gênants, des scènes qui forcent le trait. Il n’échappe pas non plus à certaines maladresses dans la représentation des accents ou des classes sociales, ce qui peut créer un malaise chez certains spectateurs. Mais dans le même temps, le film propose une lecture de la banlieue et de la prison qui, même si elle est traitée par la dérision, n’est pas dénuée de fond. 

 

L’identité, la justice, la peur de perdre sa place dans la société, sont autant de thématiques abordées, même à travers le prisme de l’humour. Ce n’est pas une satire sociale aboutie, mais il y a un fond de critique sociale, parfois naïf, parfois juste. Sous écrous n’a pas la prétention de révolutionner le cinéma d’action ou la comédie française. Il s’inscrit dans une tradition bien connue du cinéma de quartier, de la série YouTube au grand écran, avec tous les écarts que cela implique. Pour peu qu’on accepte les règles du jeu – celles d’un humour assumé, d’un rythme effréné et de personnages hauts en couleur – le film se laisse regarder avec plaisir.

 

C’est une proposition qui a le mérite d’être claire, de ne pas tricher avec ses intentions, et d’apporter une touche marseillaise identifiable dans un paysage cinématographique parfois trop lisse. Un film qui plaira surtout à ceux qui ont grandi avec ce style d’humour et de narration, mais qui pourrait aussi surprendre les curieux ouverts à une comédie à l’ADN bien trempé.

 

Note : 5.5/10. En bref, Sous écrous n’a pas la prétention de révolutionner le cinéma d’action ou la comédie française. Ca s’apprécie à condition d’être client du cinéma des frères Bougheraba. 

Sorti le 18 décembre 2024 au cinéma - Disponible en VOD

 

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