Duster (Saison 1, épisode 1) : premiers tours de roue dans l’Amérique trouble des années 70

Duster (Saison 1, épisode 1) : premiers tours de roue dans l’Amérique trouble des années 70

Lancer une nouvelle série, c’est un peu comme s’engager sur une route poussiéreuse sans savoir exactement où elle mène. Et avec Duster, cette impression prend une dimension très concrète. L’univers posé dans le premier épisode transporte immédiatement dans une époque qui ne manque pas de caractère : les années 70, version Arizona, avec ses routes brûlantes, ses magouilles, et ses tensions sociales encore bien visibles. Dans cet environnement aux allures de film noir rétro, la série introduit Jim, conducteur chevronné au service d’un réseau criminel, et Nina, agente du FBI prête à tout pour faire tomber un empire illégal de l’intérieur. 

 

Dans le sud-ouest des États-Unis, au cœur des années 1970, un chauffeur travaille pour un syndicat du crime en pleine ascension. Mais les choses tournent au chaos absolu lorsqu’une jeune agente du FBI déterminée débarque en ville avec une seule mission : faire tomber l’organisation.

Ce duo inattendu prend forme sans fioritures. On sent bien que chacun suit son propre agenda, mais une forme d’équilibre s’esquisse, entre prudence et nécessité. Ce qui frappe d’entrée, c’est l’ambiance. Les plans sont chauds, l’image légèrement granuleuse. Rien de trop lisse ici. Tout évoque une époque où les téléphones étaient fixes, les voitures bruyantes, et où les alliances se faisaient à voix basse dans des diners enfumés. Il y a une certaine liberté dans cette absence de technologie. Tout repose sur le regard, les mots, les gestes – parfois subtils, parfois brutaux. Le choix de l’Arizona comme terrain de jeu n’est pas anodin. Cette terre de contrastes, aride et étouffante, sert parfaitement le récit. 

 

Elle donne un poids aux silences, rend les courses-poursuites plus nerveuses, et transforme la moindre station-service paumée en décor de film de casse. Jim est le genre de personnage qui ne cherche pas à être sympathique. Il fait ce qu’il doit faire, avec une certaine forme de code personnel, bien à lui. Il conduit comme si la route lui appartenait, à bord de sa Plymouth Duster, une machine taillée pour l’époque, pour la vitesse, et pour les coups fourrés. On comprend assez vite que ce n’est pas un simple exécutant. Il a ses propres démons, ses silences trahissent un passé trouble. Pas besoin de longs dialogues pour saisir qu’il a roulé sa bosse. Le regard, l’attitude, le soin avec lequel il manie sa voiture en disent plus que les mots. 

Josh Holloway, qu’on a connu sous d’autres traits plus ou moins ambigus, incarne ce rôle sans trop en faire. Il occupe l’écran comme un gars qui n’a pas besoin d’en faire trop pour qu’on sache qu’il est là. Face à lui, Nina. Une jeune femme noire, déterminée, dans une agence fédérale encore largement dominée par des hommes blancs. Le contraste est fort, la tension palpable. Elle n’attend pas qu’on lui fasse de la place. Elle la prend. Et elle le fait sans demander la permission. Ce que j’ai aimé dans son introduction, c’est qu’elle n’est pas présentée comme une héroïne infaillible. Elle est ambitieuse, parfois impulsive. Mais elle est aussi lucide sur ce qui l’entoure. 

 

Sa façon d’entrer dans le jeu, de bousculer les lignes, rappelle que certains combats ne se gagnent pas dans les règles établies. Elle brûle les étapes, sûrement, mais ce n’est pas de la naïveté. C’est un choix calculé, risqué, mais nécessaire dans le contexte qui est le sien. À ce stade, le lien entre Jim et Nina est encore flou. Ils partagent un intérêt commun : affaiblir une organisation criminelle tentaculaire. Mais la méfiance règne. Et ce premier épisode ne cherche pas à précipiter leur rapprochement. C’est une bonne chose. Cela laisse du temps pour que les choses se posent. Ils sont chacun dans leur camp, avec des raisons bien distinctes d’agir. Jim, pour sauver sa peau ou peut-être racheter quelque chose. 

Nina, pour faire tomber un réseau et asseoir sa légitimité. Ce genre de duo fonctionne souvent sur les contrastes. Ici, ce contraste est d’abord culturel, moral, mais aussi générationnel. Duster ne cherche pas à tout réinventer. Le schéma narratif est connu : infiltration, tension croissante, trahisons à venir. Rien de neuf, en soi. Mais ce n’est pas un problème si le traitement est honnête. Ce que je retiens, c’est que le rythme fonctionne. Il y a du mouvement, quelques pointes d’humour discret, et surtout une mise en scène qui respecte ses personnages. Certains traits secondaires manquent encore de relief. Quelques figures un peu stéréotypées, à ce stade, apparaissent dans l’ombre de Saxton, le grand ponte du crime local. 

 

Mais difficile d’en vouloir à la série dès son pilote. C’est un peu le jeu : poser des repères, quitte à les faire évoluer plus tard. Ce qui donne à Duster sa personnalité, c’est son style. Le rétro n’est pas ici un simple habillage. Il y a un vrai plaisir dans les détails : les vêtements, les voitures, les décors. Cela respire la fin des années 70 sans tomber dans le kitsch. On ne sent pas un effort forcé pour coller à l’époque. Cela se fait naturellement, comme si les créateurs avaient eux-mêmes grandi avec ces images en tête. Même les dialogues suivent cette logique. Ils vont à l’essentiel. Peu de tirades, peu de sur-jeu. L’ironie flotte, discrète mais présente. 

C’est un ton particulier, que j’apprécie : celui d’une époque où tout semblait plus brut, moins calculé, plus ancré. Ce premier épisode ne cherche pas à épater. Il pose une ambiance, une situation, des personnages. Il ne donne pas toutes les clés. Et c’est ce qui me plaît. Il n’y a pas cette urgence de captiver à tout prix. Juste une volonté de raconter une histoire, dans un cadre précis, avec des figures fortes. Ce n’est pas une série qui crie. Elle s’installe. Elle donne envie de voir la suite sans promettre monts et merveilles. L’efficacité ne vient pas d’un twist de dernière minute ou d’une révélation choc. Elle vient de la construction, de la manière dont les éléments se mettent en place, lentement mais sûrement.

 

Il y a malgré tout des points à surveiller. Certains personnages secondaires manquent de nuance. Leur présence semble répondre à des codes plus qu’à une nécessité narrative. Cela peut s’arranger avec le temps, mais il faudra un vrai travail d’écriture pour leur donner plus de corps. L’exposition autour de Nina est un peu lourde, parfois. L’introduction de son passé, de ses motivations, aurait pu se faire de manière plus subtile. Trop d’explications peuvent tuer l’impact. Mais cela reste secondaire pour un épisode qui, globalement, fait le job. Ce que j’attends d’une série comme Duster, ce n’est pas qu’elle me bouleverse. 

Ce que je cherche, c’est un plaisir simple, celui de suivre une histoire bien ficelée, dans un cadre qui me parle. Et pour l’instant, le contrat est rempli. Il y a de l’action, oui, mais aussi des silences, des regards, des scènes où il ne se passe rien d’extraordinaire mais où l’atmosphère suffit à capter l’attention. J’aime cette lenteur maîtrisée, ce refus de céder à la facilité. Duster commence comme un bon vieux morceau de rock usé par le temps. Pas forcément le plus innovant, mais avec assez de personnalité pour donner envie de tendre l’oreille. Le pilote réussit à installer une ambiance, un duo prometteur, et une promesse de chaos à venir.

 

Je n’ai pas terminé l’épisode avec un besoin frénétique d’enchaîner. Mais j’ai eu envie de rester dans cet univers un peu poisseux, de voir où tout cela allait mener. Ce n’est pas un feu d’artifice. C’est une braise qui couve. Et parfois, ce sont les feux lents qui brûlent le plus longtemps.

 

Note : 6/10. En bref, un premier épisode qui donne envie de voir la suite sans trop en faire. Un plaisir simple qui fait ses promesses. 

Disponible sur max

 

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