Critiques Séries : Duster. Saison 1. Episode 2.

Critiques Séries : Duster. Saison 1. Episode 2.

Duster // Saison 1. Episode 2. Suspicious Minds.

 

Plongé une nouvelle fois dans l’univers poussiéreux et bouillonnant de l’Arizona des années 70, le deuxième épisode de Duster poursuit son exploration d’un monde à la fois absurde, brutal et étrangement touchant. Ce nouveau chapitre ne cherche pas à révolutionner la formule posée dans le pilote, mais il confirme une chose : la série a un ton bien à elle, et une direction qui intrigue. Dès le début de cet épisode, une chose saute aux yeux : Duster fonctionne comme une machine à deux moteurs. D’un côté, Jim Ellis, toujours campé avec nonchalance et intensité par Josh Holloway, évolue dans un monde hyperactif, ponctué de poursuites improbables, de négociations foireuses et de deals qui dégénèrent. 

 

De l’autre, Nina, l’agente du FBI déterminée, avance sur un terrain plus cérébral, voire plus noir, où la vérité semble dissimulée derrière des couches de dossiers falsifiés et de hiérarchies minées par le racisme. Ce déséquilibre narratif – l’un dans l’action, l’autre dans l’enquête – n’est pas un défaut. Il permet de suivre deux rythmes, deux tons. Là où Jim bondit entre trahisons internes et magouilles rocambolesques, Nina tente de remonter un fil bien plus complexe, celui qui pourrait la mener à la chute du puissant Ezra Saxton. Le flic véreux aperçu dans le premier épisode, Groomes, devient ici une menace bien plus concrète. Il sait que Jim coopère avec le FBI et n’hésite pas à le faire chanter. 

La situation aurait pu traîner, devenir un arc secondaire récurrent, mais la série tranche vite : cette tension est bouclée en un épisode. Ce choix narratif me surprend, mais il a le mérite de faire avancer les choses rapidement, et surtout de souligner un point essentiel : Duster ne cherche pas à faire durer artificiellement ses enjeux. Cette rapidité d’exécution a aussi pour effet de renforcer le caractère imprévisible de l’univers. Personne n’est à l’abri. Même les figures qui semblaient destinées à jouer un rôle plus important peuvent disparaître aussi vite qu’elles sont apparues. Nouvelle tête dans ce deuxième épisode, Sunglasses, un petit caïd local obsédé par Elvis, laisse une impression étrange. 

 

Interprété par Patrick Warburton, il a ce mélange de menace légère et de ridicule assumé. Son temps d’écran est bref, mais il marque par son allure et sa fin brutale, notamment dans une scène de bowling complètement folle, à la frontière du burlesque et de l’ultraviolence. Ce genre de personnage éphémère contribue à donner à la série une dimension presque anthologique dans certaines de ses intrigues secondaires. Jim se retrouve dans des situations qui flirtent avec le grotesque sans jamais virer à la parodie totale. Le ton reste léger mais jamais creux. Face au chaos dans lequel évolue Jim, Nina avance avec plus de méthode, malgré des obstacles bien réels. Dans cet épisode, elle s’associe avec Awan, un collègue méticuleux, qui devient peu à peu son bras droit. 

Leur relation débute sur un échange un peu mécanique, voire maladroit, mais s’installe progressivement. Tous deux partagent des expériences de discrimination et de marginalisation dans un environnement professionnel où ils sont loin d’être pris au sérieux. Ce duo commence à m’intéresser, surtout parce qu’il ne repose pas sur des clichés de dynamique de genre ou de hiérarchie évidente. Il y a une volonté de construire une relation d’égal à égal, basée sur la compétence et la confiance. Cela change de l’approche souvent condescendante que les fictions policières adoptent quand il s’agit d’inclure des personnages issus de minorités. L’enquête sur l’ancien agent Breen, initiée par Nina, permet d’aborder un autre aspect de la série : la manière dont l’appareil fédéral dissimule ses erreurs et sacrifie ses éléments les plus dérangeants.

 

Breen aurait falsifié des documents liés à la mort du frère de Jim, avant d’être expédié dans un hôpital psychiatrique. Une visite à sa femme Evelyn apporte une autre couche au récit, en révélant le sexisme et le racisme structurels du Bureau. Ces scènes ne brillent pas toujours par leur finesse, mais elles posent des jalons intéressants. Ce n’est pas tant ce qu’on apprend qui importe ici, mais plutôt la manière dont Nina commence à comprendre que pour avancer, elle devra contourner les règles, voire trahir certaines loyautés. Jim reste le personnage le plus instable de l’épisode. Entre un chantage, une mission loufoque pour voler les chaussures d’Elvis et des retrouvailles inattendues avec son père, ses 15 heures sont chargées. 

L’idée d’une série qui condense autant d’événements en si peu de temps aurait pu m’agacer, mais ici, le rythme effréné est porté par le style même de la série : une suite d’imprévus gérés avec débrouille et instinct de survie. Son interaction avec Saxton est d’ailleurs l’une des scènes les plus intéressantes de l’épisode. Il croit que son heure est venue, mais reçoit au contraire des remerciements pour avoir sauvé la vie du fils du patron. La tension et le soulagement se mêlent dans une scène où les apparences restent trompeuses. Le vol des chaussures d’Elvis constitue la mission du jour pour Jim. Prévu comme un cambriolage discret, le plan se transforme en infiltration de fête. 

 

D’un point de vue visuel, c’est l’un des moments les plus réussis de l’épisode. L’ambiance Palm Springs, les personnages extravagants, la musique, les clins d’œil à la culture pop des seventies : tout contribue à créer une atmosphère bien marquée, sans trop forcer sur la carte de la nostalgie. Le comique de situation fonctionne, surtout lorsque Jim finit par sortir simplement en portant les fameuses chaussures. Ce genre de gag visuel allège l’épisode, sans jamais vider le personnage de sa substance. Dans une dernière scène assez inattendue, Jim enterre un corps dans le désert avec son père. Ce moment aurait pu virer au cynisme ou à l’absurde complet, mais la série choisit au contraire de lui donner une dimension presque tendre. 

Une forme de réconciliation se dessine dans ce silence partagé, au milieu de nulle part. Cette touche d’émotion sincère, un peu à contre-courant de l’agitation qui précède, donne de la profondeur à Jim. Il n’est pas seulement l’homme de main efficace ou le mec cool aux répliques bien placées. Il traîne une histoire familiale, des regrets, des relations inachevées. L’épisode se termine sur un autre fil rouge : l’épouse de l’ancien agent Breen passe un coup de fil à une mystérieuse connaissance à Washington. La menace se précise pour Nina, et ce cliffhanger annonce un retour rapide à cette ligne narrative. Contrairement aux séries qui repoussent indéfiniment la résolution des intrigues secondaires, Duster semble préférer avancer sans traîner.

 

Ce rythme me convient. Il évite l’ennui et entretient une forme de curiosité constante. Pas besoin d’attendre cinq épisodes pour qu’une scène prenne tout son sens. Ce deuxième épisode ne fait pas de grandes révélations, mais il confirme certaines tendances. L’univers est cohérent, les personnages prennent forme, les intrigues avancent sans tourner en rond. Il reste encore à harmoniser les deux moitiés du récit – celle de Jim et celle de Nina – pour que la série trouve une véritable unité de ton. Mais dans cette ambiance rétro maîtrisée, avec ses touches d’humour absurde, ses scènes d’action bien rythmées et ses personnages en quête de rédemption ou de reconnaissance, Duster réussit à accrocher l’attention. 

Je ne peux pas dire non à une série qui tue plein de personnages à longueur d’épisodes en étant créatif (le coup du mécanisme de bowling je ne l’avais pas vu venir mais c’est ça que j’aime dans la créativité des meurtres). Même si tout n’est pas encore parfaitement en place, il y a dans cette série une énergie brute et un regard singulier sur une époque pourtant déjà largement explorée ailleurs. La suite dira si cette promesse tient. Pour l’instant, la route reste ouverte… et poussiéreuse à souhait. 

 

Note : 6.5/10. En bref, j’aime bien ce que construit Duster jusqu’à présent. Ce n’est pas parfait et ça se met en place mais l’ambiance est séduisante et l’intrigue me plaît. 

Disponible sur max

 

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