Critiques Séries : Duster. Saison 1. Episode 3.

Critiques Séries : Duster. Saison 1. Episode 3.

Duster // Saison 1. Episode 3. You’re No Good.

 

Dans une série qui jongle entre atmosphères rétro et récits criminels modernes, l’équilibre entre les personnages principaux devient un enjeu fondamental. Après un deuxième épisode très centré sur Jim Ellis, l’ex-taulard devenu chauffeur pour un réseau criminel, c’est au tour de Nina Hayes, agent du FBI, de se retrouver sous les projecteurs. Une respiration bienvenue qui permet de redonner un peu de relief à un duo qui semblait jusqu’ici évoluer sur deux pistes parallèles. Dès l’ouverture, le ton est donné : Nina, coincée dans une situation plus que délicate, un couteau sous la gorge, dans un décor qui évoque davantage un film d’épouvante qu’un thriller procédural. 

 

Le récit revient ensuite treize heures en arrière pour reconstruire le fil des événements ayant mené à ce moment. Une structure classique, mais qui fonctionne bien ici. Ce retour en arrière insuffle un rythme particulier à l’épisode, presque une urgence latente, qui donne du liant aux séquences plus lentes ou purement informatives. Ce procédé narratif n’a rien de révolutionnaire, mais dans le cas de Duster, il semble parfaitement assumé. La série ne cherche pas à bousculer les conventions, mais plutôt à les exploiter avec une certaine malice. L’utilisation du flashforward offre donc un cadre utile à un épisode qui repose en grande partie sur l’évolution de Nina, son tempérament, et sa manière d’aborder les situations sous pression.

Cette fois, l’action prend une direction inattendue : Nina décide d’aller interroger l’agent Breen, son prédécesseur au sein du Bureau, interné dans un hôpital psychiatrique après une série de comportements étranges. Ce que sa hiérarchie lui déconseille vivement. Mais le personnage ne s’encombre pas facilement d’autorité. Accompagnée de son collègue Awan Bitsui, elle se lance dans une mission non officielle, aux contours flous, mais motivée par une intuition persistante : quelque chose cloche autour de la mort du frère de Jim et des anciens dossiers du FBI. L’immersion dans l’univers du sanitarium se fait de manière presque ludique. Nina et Awan jouent les infiltrés, adoptant de fausses identités pour accéder aux patients et aux dossiers. 

 

C’est une séquence visuellement marquée, entre clins d’œil aux films de blaxploitation et ambiance de film d’horreur des années 70. L’ombre de Pam Grier plane sur certaines scènes, notamment lorsque Nina adopte une tenue de soignante qui semble tout droit sortie d’un plateau de tournage vintage. Le tout est souligné par un choix musical qui participe à cette esthétique rétro. Cependant, ce jeu de rôle tourne rapidement au vinaigre. Nina se laisse emporter par sa fougue, relâche Breen sans véritable plan de repli, et déclenche une situation incontrôlable à l’intérieur de l’établissement. Le ton vire alors au slasher psychologique, avec Breen errant dans les couloirs, imprévisible et potentiellement dangereux. 

Cette transition brutale de l’espionnage au survival horror rappelle que Duster aime brouiller les pistes. Le mélange des genres n’est pas toujours parfaitement fluide, mais il apporte une tension inattendue à l’épisode. Face à Breen, Nina ne s’en sort pas grâce à la force, mais en usant de dialogue. Elle tente de comprendre, de décrypter les allusions d’un esprit visiblement perturbé. À la clé, un indice cryptique : "suis les chiffres". Rien de très concret, mais assez pour relancer la quête. La mission n’aboutit pas à une grande révélation, mais elle affirme Nina dans un rôle plus actif, moins cantonné aux manigances bureaucratiques.

 

Cette mission clandestine permet aussi de mieux cerner les différences fondamentales entre Nina et Jim. Là où Jim agit souvent avec désinvolture, fort d’une longue expérience dans le milieu criminel, Nina en est encore à découvrir les règles d’un monde où l’éthique et la légalité s’effacent face à l’efficacité. Ce troisième épisode les garde séparés, mais la narration parallèle renforce la comparaison. Jim, de son côté, suit une trajectoire moins explosive mais plus insidieuse. Après avoir découvert que le van de son frère a été détruit avec du C4, il commence à douter sérieusement de la loyauté de Saxton, son patron et figure tutélaire. 

Pour en apprendre davantage, il sabote discrètement la voiture de ce dernier et se propose comme chauffeur de remplacement pour un déplacement à Tucson. Un stratagème qui lui permet d’observer de plus près les relations de Saxton avec ses partenaires, notamment russes, et de récolter des indices sur ses activités. Le personnage de Saxton prend ici une place plus centrale. Loin du simple patron mafieux, il apparaît sous un jour presque paternel, confiant à Jim qu’il voyait en Joey (le frère de ce dernier) un héritier potentiel. Ces révélations sèment le doute. Est-il sincère ou manipule-t-il son chauffeur pour détourner les soupçons ? Le jeu reste ouvert, et l’écriture ne tranche pas clairement, ce qui rend l’intrigue plus intéressante. 

 

Le lien entre Jim et Saxton semble osciller entre loyauté forcée et méfiance grandissante. L’épisode met également en lumière une facette moins explorée jusqu’ici : la manière dont Saxton, en tant qu’homme noir dans un environnement hostile, s’impose dans des sphères où il n’est pas attendu. Une scène dans un bar rural permet d’illustrer ce décalage entre son pouvoir réel et la perception que les autres ont de lui. Un rappel que la série, malgré ses habits de divertissement vintage, n’évite pas complètement les problématiques sociales de fond. Là où certains attendront des révélations spectaculaires, l’épisode préfère consolider sa base. 

La dynamique entre les protagonistes prend plus de place que l’avancement de l’enquête. Le lien entre Nina et Awan s’affine. Le duo semble gagner en cohésion malgré les maladresses de l’une et la prudence de l’autre. Côté Jim, le doute l’habite plus que jamais, tiraillé entre l’attachement à une figure quasi-familiale et la soif de vérité sur la mort de son frère. Même les personnages secondaires profitent de cette respiration. La femme d’Agent Abbott, par exemple, devient un appui inattendu pour Nina, touchée par le fait qu’une femme noire occupe enfin ce type de poste. Ce soutien symbolique compense l’hostilité du supérieur hiérarchique de Nina, et rappelle que dans un monde souvent hostile, quelques alliés peuvent faire la différence.

 

Ce troisième chapitre de Duster ne bouleverse pas la trame générale, mais il opère un basculement important dans la structure narrative. Il redonne de la place à Nina, offre des scènes plus étoffées à Saxton, et met en parallèle deux trajectoires que tout oppose mais que le récit commence à faire doucement converger. Si certaines scènes peuvent sembler rocambolesques, notamment l’infiltration improvisée de l’asile, elles participent à un ton particulier, entre hommage et décalage. La série continue de jouer avec les codes de la télévision des années 70, tout en glissant des touches contemporaines dans la représentation de ses personnages.

 

L’épisode ne fait pas avancer l’intrigue de manière spectaculaire. Pourtant, il est loin d’être anecdotique. Il permet de mieux cerner les protagonistes, d’installer des tensions durables, et de préparer les confrontations futures. En somme, une étape nécessaire, et plutôt bien exécutée, dans la construction d’un univers qui, sans révolutionner le genre, commence à trouver son rythme.

 

Note : 6/10. En bref, un épisode qui permet à la série de suivre son cours. 

Disponible sur HBO max

 

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