20 Mai 2025
La cinquième saison de HPI s’est lancée sur TF1 avec ses deux premiers épisodes, marquant le début de la fin pour cette série qui aura durablement marqué le paysage audiovisuel français. Dès les premières minutes, on sent que cette ultime saison cherche à faire les choses bien — pas nécessairement en enchaînant les prouesses, mais en restant fidèle à l’esprit de la série tout en assumant une certaine évolution, voire un virage plus intime. Après quatre saisons pleines de rebondissements, de gags souvent improbables et d’enquêtes plus ou moins convaincantes, HPI semble vouloir conclure son aventure avec une touche plus personnelle, presque introspective.
Les deux premiers épisodes de cette cinquième salve confirment cette impression : la série ne cherche plus à en faire trop, mais plutôt à soigner ses personnages, à leur donner un dernier tour de piste à la hauteur de leur histoire commune. On retrouve Morgane Alvaro et Karadec sous le même toit, et cette fois, ce n’est plus un simple jeu de regards ou une tension sexuelle non dite. Les deux vivent désormais ensemble, non pas comme un couple amoureux, mais en tant que co-parents d’un bébé né d’un moment de flottement entre deux épisodes passés. Cette situation domestique, à la fois étrange et crédible, installe d’emblée une nouvelle dynamique.
On sent que les scénaristes ont voulu ancrer cette saison dans quelque chose de plus concret, de plus quotidien. Il ne s’agit plus simplement de résoudre des crimes, mais aussi de gérer une maison, un nourrisson, et une relation ambigüe. Ce choix de narration offre une vraie richesse : au lieu de se contenter de gags répétitifs ou de rebondissements attendus, la série creuse les contradictions et les difficultés de cette nouvelle configuration. Morgane reste Morgane, bien sûr : excessive, imprévisible, souvent brillante, parfois fatigante. Mais cette saison laisse aussi la place à ses failles, à ses doutes, et à une forme de lassitude qui commence à poindre. On sent que quelque chose s’épuise — pas uniquement dans l’écriture, mais aussi dans les personnages eux-mêmes.
Le premier épisode ouvre fort, avec Morgane et Karadec qui semblent face à une alerte à la bombe ou une prise d’otages. Pour autant, cette mise en scène empruntée à des séries d’action comme 24 Heures Chrono met en scène deux parents qui veulent s’enfuir de la chambre pendant que l’enfant dort paisiblement. Jusqu’au moment où, il se réveille. Puis la série continue d’emprunter les codes de la série américaine. Et là… si l’idée est amusante (on joue avec les codes, on multiplie les effets de style, les splits screens, les compteurs horaires…) rapidement, cette mécanique s’essouffle. Là où 24 tenait le rythme avec une tension constante, HPI semble parfois un peu à la traîne.
Le contraste entre la forme (très dynamique) et le fond (une enquête assez anecdotique) crée un léger décalage, pas toujours assumé. On a parfois l’impression que l’emballage est plus soigné que le contenu. L’enquête du jour – le meurtre d’un employé de supérette – manque de consistance. Elle sert surtout de prétexte à explorer les interactions entre Morgane et Karadec, et c’est là que la série fonctionne encore. On sourit en les voyant se vouvoyer tout en changeant des couches, on s’attendrit devant leurs maladresses de jeunes parents, et on accepte sans trop rechigner que le rythme ne soit pas haletant. Après tout, ce n’est pas pour ses intrigues policières que l’on regarde HPI, mais pour ses personnages.
Côté comédie, cette nouvelle saison semble avoir mis la pédale douce. L’humour est toujours là, mais il surgit davantage des situations que des punchlines. Les dialogues sont moins outranciers, les gags moins appuyés. Cela peut décevoir les fans de la première heure, qui appréciaient justement le ton décalé et l’énergie folle de Morgane. Mais ce recentrage permet aussi de donner un peu plus d’épaisseur à l’ensemble. On rit encore, mais on ressent aussi des tensions plus sourdes, des conflits larvés, notamment autour de la parentalité et des responsabilités qu’elle implique. La série semble explorer des registres un peu nouveaux, sans renier son ADN.
Les émotions affleurent plus souvent, les scènes d’intimité sont traitées avec une forme de pudeur bienvenue. On n’est pas encore dans le drame, mais quelque chose a changé. Comme si HPI, en fin de parcours, acceptait enfin de grandir un peu. Il faut le reconnaître : si HPI reste agréable à regarder, c’est d’abord grâce à ses personnages. Morgane, même quand elle devient caricaturale, garde une forme de sincérité qui la rend irrésistible. Karadec, plus en retrait mais essentiel, continue de jouer le contrepoint parfait. Leur duo fonctionne toujours, même si l’alchimie du début a laissé place à une forme de routine. Et c’est justement cette routine que la série commence à interroger.
Il y a comme un écho méta dans cette saison 5. La série parle d’un couple qui s’installe dans une vie de famille un peu forcée, un peu inconfortable… tout comme la série elle-même semble entrer dans une forme d’habitude, de ronronnement. Mais loin de s’y complaire, elle choisit d’en faire un sujet. On ne cherche plus à faire rire à tout prix, on ne multiplie plus les acrobaties narratives. On prend le temps, on laisse respirer les scènes. Ce n’est pas toujours palpitant, mais c’est souvent juste. Annoncée comme la dernière, cette cinquième saison a un avantage : elle sait qu’elle doit conclure. Cela permet de donner un cap clair à la narration.
On ne cherche pas à étirer artificiellement les intrigues, on amorce des résolutions. On peut espérer que cette lucidité permettra à HPI de finir en beauté, ou du moins avec cohérence. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Certains ressorts commencent à dater, les tics de Morgane peuvent agacer, et toutes les enquêtes ne passionnent pas. Mais malgré ses défauts, HPI conserve une forme de fraîcheur, portée par une affection sincère pour ses personnages. C’est cette proximité avec le public, cette capacité à rendre attachant même ce qui est bancal, qui explique sans doute le succès populaire de la série. Ces débuts de saison ne révolutionnent pas HPI, mais ils tracent une voie.
Moins farfelue, plus humaine, cette cinquième saison semble vouloir aller au fond des choses. Quitte à perdre un peu de rythme, elle gagne en sincérité. Et c’est peut-être ce qu’il fallait pour conclure cette aventure avec dignité. En somme, même si ces épisodes ne brillent pas par leur originalité ou leur intensité, ils témoignent d’une volonté claire de refermer le chapitre en douceur. Pour un jeudi soir, HPI reste un divertissement honnête, porté par des figures familières et une touche d’émotion bienvenue. On attend la suite avec curiosité, mais sans impatience. Et c’est peut-être ça, le signe que la série a trouvé sa juste place : pas dans l’excitation, mais dans la fidélité.
Note : 6/10. En bref, bien que ce début de saison démontre une certaine lassitude et des artifices qui viennent combler un manque, les personnages restent attachants et font le travaille demandé. On est clairement sur le bon moment pour terminer la série et éviter la saison de trop.
Diffusée sur TF1 à partir du jeudi 15 mai 2025, Disponible sur TF1+
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