26 Septembre 2025
La cinquième saison de HPI était très attendue. Après quatre années à suivre Morgane Alvaro dans ses enquêtes improbables et sa vie personnelle toujours au bord du chaos, cette dernière salve de huit épisodes devait clore un chapitre devenu incontournable de la fiction française. Mais au terme du visionnage, difficile de cacher un sentiment partagé : quelques fulgurances rappellent ce qui avait fait le succès de la série, mais l’ensemble s’essouffle et la fin rate le coche. La communication autour de cette saison 5 avait mis la barre très haut. Il était question de bouquet final, de scénario inattendu et d’un mélange d’humour, de drame et de polar à grande échelle.
L’idée était de donner une dimension presque événementielle à ces huit épisodes. Ils devaient à la fois conclure l’histoire de Morgane et offrir une nouvelle dynamique avec des intrigues élargies, des décors variés et un fil rouge plus intime. Dès le départ, plusieurs thématiques venaient alimenter la narration : la maternité récente de Morgane, ses relations compliquées avec Karadec, ses déboires familiaux liés à l’héritage paternel et, bien sûr, de nouvelles affaires criminelles à résoudre. Sur le papier, l’équilibre semblait solide. Mais à l’écran, la mécanique grince vite et l’impression générale reste mitigée.
Les quatre premiers volets tiennent relativement bien. Ils conservent l’esprit original de la série : une héroïne imprévisible, des enquêtes rythmées et des dialogues qui jouent sur le contraste entre la rigueur des policiers et la fantaisie de Morgane. Certaines scènes respirent encore cette spontanéité qui avait rendu la série si attachante. Un épisode en particulier, situé dans un train bondé, illustre bien cette alchimie : Morgane jongle entre une enquête improvisée et les contraintes de sa vie de mère, dans un décor confiné qui favorise l’humour de situation.
Ce type de mise en scène rappelle combien la série pouvait être inventive dans son approche du polar grand public. La relation avec Karadec reste également un moteur narratif. Les piques, les regards, la complicité contrariée : tout cela fonctionne, même si le registre commence à se répéter. Mehdi Nebbou joue toujours avec justesse la retenue face à l’exubérance d’Audrey Fleurot. Quelques personnages secondaires, de retour ou inédits, apportent aussi un souffle rafraîchissant. À partir du troisième épisode, les limites apparaissent. Les enquêtes se ressemblent, avec des scénarios qui donnent l’impression de tourner en rond.
Certaines affaires semblent construites uniquement pour placer Morgane dans des situations loufoques, sans véritable tension dramatique. L’humour, autrefois un atout, glisse parfois vers l’exagération. Là où les répliques décalées faisaient mouche dans les premières saisons, elles deviennent ici prévisibles. Le contraste entre Morgane et son entourage, moteur initial, perd de sa fraîcheur. La relation amoureuse avec Karadec illustre bien cette impression de fatigue. L’ambiguïté, qui avait longtemps nourri l’intérêt, paraît forcée. Les disputes, les rapprochements avortés et les sous-entendus finissent par lasser. Ce fil rouge, pourtant essentiel, donne le sentiment de se répéter sans offrir de véritable évolution.
L’un des arcs annoncés comme centraux concernait le père de Morgane et son héritage. Ce pan de l’histoire, potentiellement riche en émotion et en révélations, est développé de manière inégale. Quelques scènes touchantes parviennent à humaniser l’héroïne, en rappelant que derrière la façade exubérante se cache une fille en quête de repères. Mais globalement, ce fil narratif s’enlise et ne trouve pas de résolution satisfaisante. De la même manière, la question de la paternité du bébé de Morgane est laissée en suspens. Ce choix narratif pouvait être audacieux s’il avait été accompagné d’un vrai parti pris, mais le traitement donne plutôt l’impression d’une fuite en avant.
L’ultime épisode concentrait toutes les attentes. Il devait offrir une conclusion mémorable et justifier les promesses d’une saison événement. Malheureusement, il représente au contraire le point le plus faible de cette cinquième saison. La structure narrative se veut originale, avec une alternance de flashbacks, d’extraits d’enquêtes passées et d’un concours de police où Morgane expose son raisonnement. Mais cette construction éclatée casse le rythme et brouille le propos. Le spectateur se retrouve balloté sans véritable fil conducteur, ce qui rend l’ensemble confus. Par ailleurs, les intrigues secondaires prennent une place disproportionnée.
Une enquête sur un enlèvement occupe presque tout l’épisode, reléguant au second plan la relation entre Morgane et Karadec ainsi que les grandes questions restées en suspens. Et puis vient la fin, qui déçoit par son absence de clarté. Pas de vraie conclusion sur la vie sentimentale de Morgane, pas de réponse sur la paternité de l’enfant, pas de certitude sur son avenir professionnel. L’impression qui domine est celle d’un travail inachevé, comme si la série refusait de trancher. Regarder cette cinquième saison amène à réfléchir sur l’ensemble du parcours de HPI. La série a marqué les esprits par sa capacité à mêler légèreté, comédie et polar.
Elle a su créer une héroïne atypique, à la fois agaçante et attachante, qui sortait des codes habituels. Mais comme souvent avec les fictions populaires, la difficulté réside dans la durée. Répéter un même schéma finit par émousser l’effet de surprise. La créativité qui animait les premières saisons semble avoir laissé place à une forme de routine. Cette saison 5 illustre parfaitement ce phénomène : quelques bonnes idées subsistent, mais elles sont noyées dans une mécanique qui tourne à vide. La conclusion de HPI aurait mérité plus de courage. Plutôt que de choisir une véritable direction, les scénaristes semblent avoir préféré laisser tout en suspens.
Ce parti pris peut se défendre artistiquement, mais il frustre quand il s’agit de clore une histoire suivie pendant cinq ans. L’absence de réponse sur les intrigues majeures laisse un goût amer. Les spectateurs, investis dans l’évolution de Morgane, attendaient au minimum une forme de bilan. Or, ce final évite de prendre position, ce qui donne l’impression d’une fin improvisée. Regarder cette saison 5 n’a pas été un calvaire, loin de là. Certains épisodes procurent encore du plaisir, certains échanges font sourire et quelques intrigues rappellent pourquoi j’avais accroché à cette série dès le départ. Mais l’ensemble ne tient pas la promesse d’un bouquet final.
À titre personnel, je considère que la série aurait pu s’arrêter à la saison 3. C’est à ce moment qu’elle avait trouvé un équilibre parfait entre humour, enquête et émotion. Les saisons suivantes ont progressivement montré les limites du concept, jusqu’à cette dernière qui, au lieu de conclure avec panache, s’éteint sur une note tiède. La saison 5 de HPI confirme le paradoxe des séries à succès : plus elles durent, plus il devient difficile de maintenir la fraîcheur. Ce dernier chapitre n’est pas dénué de qualités, mais il manque d’élan et surtout de clarté dans son final. Résultat, au lieu d’un au revoir marquant, il laisse l’impression d’un rendez-vous manqué.
Morgane Alvaro reste un personnage marquant de la fiction française et Audrey Fleurot a offert une interprétation qui restera associée à cette période. Mais cette conclusion, loin de donner un sentiment d’accomplissement, souligne surtout la fragilité d’un équilibre qui s’était déjà fissuré. En refermant cette page, je retiens surtout les trois premières saisons, qui incarnaient ce que la série avait de meilleur : une héroïne imprévisible, des enquêtes qui sortaient des sentiers battus et un ton résolument singulier.
Note : 5/10. En bref, la saison 5 de HPI confirme le paradoxe des séries à succès : plus elles durent, plus il devient difficile de maintenir la fraîcheur. Ce dernier chapitre n’est pas dénué de qualités, mais il manque d’élan et surtout de clarté dans son final.
La saison 5 de HPI est la dernière de la série. Il n’y aura pas de saison 6. À moins que... après tout TF1 a bien ressorti des placards Section de recherches et Alice Nevers.
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog