Legado (Saison 1, 8 épisodes) : entre héritage médiatique et désillusion narrative

Legado (Saison 1, 8 épisodes) : entre héritage médiatique et désillusion narrative

Lorsque j’ai lancé la première saison de Legado sur Netflix, je m’attendais à retrouver une série centrée sur la transmission, les jeux de pouvoir et les dynamiques familiales au sein d’un empire médiatique. A la manière d’une série comme Succession. Et, effectivement, la série remplit cette promesse — du moins en surface. Sur huit épisodes, Legado tente de brosser un tableau de la corruption rampante, du journalisme compromis et des relations toxiques dans une famille divisée par l’ambition. Mais derrière cette façade, le résultat m’a laissé partagé, oscillant entre intérêt réel pour certaines performances et frustration face à une narration étirée et un propos qui se dilue.

 

Federico Seligman, à la tête de sociétés de communication, s'est retiré des affaires pendant deux ans pour se remettre d'une maladie qui l'empêchait d'être aux commandes. À son retour, il découvre que ses fils, devenus des étrangers, ont donné à ses activités une orientation qu'il exècre. Federico décide alors de faire tout son possible pour éviter que ses enfants détruisent son héritage.

 

Dès les premiers instants, la série place José Coronado au centre. Il incarne Federico Seligman, fondateur d’un quotidien influent en Espagne. Son retour à Madrid après un exil médical aux États-Unis agit comme un catalyseur. L’homme qu’il était — exigeant, droit, intransigeant — découvre une entreprise qu’il ne reconnaît plus et des enfants qu’il juge méconnaissables. Ce point de départ avait de quoi intriguer : un patriarche de retour pour remettre de l’ordre, confronté aux dérives de sa descendance. Une figure d’autorité qui, au lieu de s’effacer, revient reprendre ce qu’il estime être à lui. Le problème, c’est que cette intrigue, pourtant prometteuse, s’étire. Huit épisodes, c’est long. 

 

Et surtout, ce format ne semble pas servir le récit. La tension initiale se dilue dans des dialogues redondants, des scènes dont la portée dramatique s’essouffle, et des situations réchauffées. J’ai eu plusieurs fois l’impression que les épisodes tournaient en boucle, répétant les mêmes conflits à peine déguisés. Le rythme s'effondre autour du cinquième épisode pour ne reprendre un peu de souffle qu'à l’approche de la fin. Le cœur du récit repose sur la famille Seligman, avec ses alliances, trahisons et frustrations. Federico a eu trois enfants avec son ex-femme Lola : Yolanda, Guadalupe et Andres. Chacun a trouvé sa place au sein ou en périphérie de l’empire familial. 

 

Yolanda gère une chaîne de divertissement, Guadalupe se lance en politique, et Andres tente de conserver une certaine éthique journalistique. Mais leur soif de reconnaissance dépasse vite toute forme de loyauté familiale. L’arrivée dans l’équation d’Isabel, la seconde épouse de Federico, et de leur fille Lara, complexifie encore les tensions. La série veut explorer cette nouvelle fratrie élargie, mais elle peine à lui donner une consistance. Trop de sous-intrigues brouillent les relations entre les personnages. Il devient difficile de comprendre les liens exacts, les motivations réelles et même l’enchaînement chronologique de certains événements. 

 

Certaines scènes supposées importantes perdent ainsi de leur impact, faute d’avoir été suffisamment préparées. L’un des éléments les plus frustrants de Legado concerne sa manière d’aborder la question du journalisme. Le discours initial laissait penser que la série allait s’attaquer frontalement aux enjeux contemporains du métier : la perte d’indépendance, la pression politique, la transition numérique, et le rôle de l’IA dans la dégradation de la qualité éditoriale. Tout cela est bien évoqué… mais rarement incarné. À aucun moment, je n’ai vraiment vu les Seligman exercer concrètement un journalisme d’investigation ou défendre avec vigueur une ligne éditoriale. 

 

Les dialogues abondent sur l’importance de la vérité, mais l’action ne suit pas. Le spectateur est invité à croire que l’empire El Báltico est un bastion de la presse libre, sans jamais en voir les preuves tangibles à l’écran. La série préfère accumuler les discussions de coulisses à une véritable immersion dans le quotidien d’une rédaction. Visuellement, la série ne souffre d’aucune faute technique. Les couleurs sont bien calibrées, les cadrages propres, et les décors madrilènes apportent une certaine élégance à l’ensemble. Mais cette maîtrise technique ne se transforme jamais en véritable ambition visuelle. Chaque scène semble filmée selon une méthode classique, sans prise de risque ni identité forte.

 

J’ai même eu la sensation que la mise en scène servait simplement de support aux dialogues. Les scènes se succèdent souvent dans des lieux interchangeables, et l’image n’apporte que rarement une lecture supplémentaire du propos. Seules quelques séquences — notamment celles dans des lieux moins conventionnels que les bureaux ou appartements familiaux — parviennent à instaurer une atmosphère plus immersive. La série multiplie les intrigues secondaires, mais toutes ne sont pas du même niveau. Certaines histoires, comme celle d’Andres et de ses tensions conjugales, manquent de clarté. D’autres, comme l’étrange dynamique entre Yolanda et son compagnon, semblent exister uniquement pour ajouter une couche supplémentaire de chaos. 

 

Et il faut bien le dire : plusieurs arcs narratifs tournent rapidement à vide. Au fil des épisodes, j’ai constaté une tendance à tout verbaliser. Les personnages parlent beaucoup, se confrontent verbalement, mais il manque une véritable intériorité. À force de vouloir tout dire, la série laisse peu de place à la subtilité ou au non-dit. Cela nuit à l’émotion, mais aussi à l’implication du spectateur. L’un des points les plus problématiques concerne la manière dont la série représente les adolescents. Sans surprise, quelques scènes viennent renforcer une tendance déjà trop présente dans les productions actuelles : sexualiser les plus jeunes personnages, souvent sans justification narrative. 

 

Ce choix artistique (ou plutôt marketing ?) m’a semblé non seulement inutile, mais aussi déconnecté de la réalité adolescente. On dirait que les adolescents n’ont plus que deux préoccupations : séduire ou se venger. Je ne m’attendais pas à une série destinée aux plus jeunes, mais est-il vraiment nécessaire d’insérer ces scènes qui n’apportent rien à la compréhension des personnages ni à l’intrigue principale ? Cela donne l’impression d’un cahier des charges auquel il fallait répondre, sans réflexion sur sa pertinence. En arrière-plan, la série semble aussi vouloir parler de la transmission du pouvoir, du conflit intergénérationnel et de la méritocratie. 

 

Federico veut transmettre, mais à ses conditions. Ses enfants veulent hériter, sans toujours comprendre ce que cela implique. Ce déséquilibre est intéressant, car il renvoie à une réalité contemporaine : que vaut un nom, une entreprise, une réputation, si ceux qui les héritent n’en comprennent ni le sens ni le poids ? Mais là encore, cette réflexion reste inaboutie. Trop souvent, les scènes qui pourraient illustrer cette thématique glissent dans le mélodrame ou la surenchère émotionnelle. Les tensions familiales deviennent un prétexte à de nouveaux conflits, sans que le fond soit réellement exploré. Legado n’est pas une série inutile. Elle a quelques idées intéressantes, des acteurs impliqués, et une base narrative qui aurait pu fonctionner avec un format plus resserré. 

 

En l’état, elle s’étire inutilement, multipliant les rebondissements au détriment de la cohérence globale. Ce qui aurait pu être une critique subtile du monde médiatique espagnol devient un drame familial parfois confus, souvent trop bavard, et pas toujours convaincant. Le personnage de Federico Seligman est solide, mais il ne peut pas porter à lui seul l’ensemble d’un récit qui peine à s’accorder sur ses priorités. Legado saison 1 laisse un sentiment mitigé. Derrière l’ambition de raconter la chute d’un empire familial et médiatique se cache une série qui veut trop en dire sans vraiment montrer. Si vous êtes curieux, cela peut valoir un visionnage — à condition de ne pas en attendre trop.

 

Certains moments sont bien pensés, quelques personnages méritent l’attention, mais l’ensemble souffre d’un déséquilibre entre ce qu’il veut raconter et la manière dont il le raconte. Dans un paysage saturé de séries sur les familles riches et dysfonctionnelles, celle-ci ne parvient pas à se distinguer clairement. Elle existe, elle se regarde, mais elle s’oublie aussi assez vite.

 

Note : 4/10. En bref, derrière l’ambition de raconter la chute d’un empire familial et médiatique se cache une série qui veut trop en dire sans vraiment montrer. Si vous êtes curieux, cela peut valoir un visionnage — à condition de ne pas en attendre trop.

Disponible sur Netflix

 

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