Les Quatre Saisons (Mini-series, 8 épisodes) : un regard tranquille sur les liens qui tiennent et ceux qui lâchent

Les Quatre Saisons (Mini-series, 8 épisodes) : un regard tranquille sur les liens qui tiennent et ceux qui lâchent

Il y a des séries qui ne cherchent pas à impressionner, qui ne veulent pas en mettre plein la vue. Les Quatre Saisons fait partie de celles-là. Cette mini-série en huit épisodes n’a pas pour ambition de révolutionner le genre, ni de livrer une grande fresque générationnelle. Elle se glisse dans un entre-deux assez curieux : celui d’une fiction sur des couples d’âge mûr, en vacances, face à leurs compromis, leurs échecs et ce qui leur reste de tendresse. Et si ça ne semble pas très spectaculaire sur le papier, c’est justement là que ça m’a intéressé. 

 

Trois couples partent en vacances ensemble comme chaque saison. Mais cette année, il y a du changement. 

 

Derrière ses airs de comédie douce-amère, la série esquisse une question simple : qu’est-ce qu’il reste quand les années ont passé, quand les routines se sont installées et que les désirs ne coïncident plus tout à fait ? Ce n’est pas une série bavarde sur le passé, ni obsédée par le futur. Elle regarde le présent, même s’il dérange parfois, même s’il grince. Le point de départ est limpide : trois couples d’amis passent chaque saison ensemble, au fil de quelques escapades qu’ils ont transformées en tradition. Rien de très ostentatoire dans leurs vacances. Ce n’est pas une démonstration de richesse ni une parade sociale. 

 

Juste un groupe qui s’accroche à un certain confort, sans forcément remettre en question ce qu’il implique. Il y a Kate et Jack, ceux qui semblent avoir tout fait "comme il faut". Ils incarnent un idéal de stabilité, ou du moins une version maîtrisée du couple qui a tenu, malgré les éraflures. Face à eux, Danny et Claude vivent quelque chose de plus instable, mais pas forcément moins authentique. Et puis il y a Nick et Anne, les discrets, ceux dont la façade tranquille masque d’autres tiraillements. En apparence, ces trois binômes offrent une palette assez classique de ce que peut devenir une vie à deux après des décennies. 

 

Mais ce que la série parvient à montrer, sans forcer, c’est que chacun fait tenir son édifice à sa manière, quitte à en tordre les poutres. L’amour n’est pas toujours le ciment. Parfois c’est l’habitude, parfois c’est la lâcheté, parfois c’est simplement le manque de meilleures options. Avec un casting composé de figures connues pour leur registre comique, je m’attendais à des dialogues plus acides, à un rythme plus soutenu. Ce n’est pas ce qui est proposé ici. L’humour est discret, parfois mélancolique. Il repose davantage sur les silences, les maladresses, les petits moments d’absurdité que sur des blagues construites. Il ne s’agit pas de rire franchement, mais plutôt de sourire avec un brin de lucidité.

 

C’est une comédie de la retenue, du glissement lent. Les tensions n’éclatent pas souvent, mais elles sont là, bien présentes. Et quand elles surgissent, elles le font sans éclats dramatiques. Tout se joue dans les regards, les soupirs, les conversations évitées. Ce n’est pas une série qui cherche à provoquer, mais elle arrive parfois à toucher juste, sans insister. Certains épisodes donnent la sensation d’être presque vides. Peu d’action, peu d’enjeux apparents. Ça peut agacer. Mais à mesure que les saisons passent, quelque chose s’installe. On comprend que ce vide apparent sert à faire remonter des choses plus enfouies. 

 

Les personnages ne changent pas radicalement, mais ils laissent apparaître des failles, des renoncements, des regrets. C’est une série qui demande du temps. Pas dans le sens d’une fresque ambitieuse, mais parce qu’elle choisit de ne pas aller vite. Il faut accepter cette lenteur, cette façon d’étirer les scènes au lieu de tout comprimer en moments "importants". On peut la trouver trop étirée pour ce qu’elle raconte, mais c’est aussi ce qui lui donne sa couleur particulière. Il n’y a pas de personnage principal dans Les Quatre Saisons. Aucun ne tire vraiment la couverture à lui. Et surtout, aucun n’est épargné. Chacun montre ses travers, ses petites lâchetés, ses incohérences. 

 

Aucun ne cherche vraiment à être meilleur. Ce n’est pas une série de rédemption ou de transformation. C’est un miroir posé à hauteur d’homme (ou de femme), avec ce que cela implique de banalité et de flou. Certains épisodes m’ont laissé un goût d’inachevé. Non pas parce que l’histoire n’allait pas au bout, mais parce que les personnages eux-mêmes semblaient ne pas savoir quoi faire. Et c’est peut-être ce qui rend le tout crédible. L’indécision est un état permanent ici, et elle est rarement tranchée. Parfois, ça manque d’aspérités. D’autres fois, c’est précisément cette neutralité qui m’a semblé juste.

 

La série n’aborde pas frontalement la question du vieillissement. Elle ne la théorise pas, ne cherche pas à en faire un sujet. Elle la montre. Elle la laisse se glisser dans les gestes, dans les remarques, dans les silences. Le temps est là, il pèse, mais il n’est jamais accusé. Il est simplement pris en compte. Il y a peu de nostalgie. Peu de retours sur ce qui aurait pu être. Et c’est là que la série évite l’écueil de la morale. Elle ne dit pas que c’était mieux avant. Elle ne dit pas non plus que tout est encore possible. Elle montre que les choses changent, que certaines envies s’effacent, que d’autres émergent sans prévenir.

 

Tout n’est pas toujours à la hauteur. Certaines scènes semblent plaquées, certains dialogues sonnent un peu creux. Parfois, la série peine à faire coexister ses intentions comiques et ses élans plus dramatiques. Le dosage est fragile. Mais même dans ces déséquilibres, il y a une forme d’honnêteté. Il ne faut pas chercher ici une grande cohérence stylistique. L’écriture varie selon les épisodes, selon les personnages. Certains arcs narratifs méritaient sans doute plus d’attention. D’autres auraient pu être élagués. Mais globalement, ce qui tient, c’est une volonté de parler simplement des relations humaines, sans chercher à les juger.

 

En refermant la série, je ne me suis pas senti bouleversé. Pas transporté non plus. Mais j’ai repensé à certains dialogues, à certaines scènes, avec un léger sourire. Et aussi un petit malaise. Celui de se reconnaître parfois dans ces personnages empêtrés dans leurs contradictions. Les Quatre Saisons n’a pas cherché à me séduire mais elle m’a accompagné. Par moments, elle m’a ennuyé. À d’autres, elle m’a surpris. Mais surtout, elle m’a rappelé que les liens ne tiennent pas toujours à l’amour ou à la complicité. Ils tiennent parfois à la mémoire commune, à une forme de fidélité silencieuse, à l’idée qu’il vaut mieux rester ensemble que tout recommencer.

 

Note : 5.5/10. En bref, Les Quatre Saisons n’a pas cherché à me séduire mais elle m’a accompagné. Par moments, elle m’a ennuyé. À d’autres, elle m’a surpris. 

Disponible sur Netflix

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article