Les Quatre Saisons (Saison 2, 8 épisodes) : quand les vacances ne suffisent plus à masquer les failles

Les Quatre Saisons (Saison 2, 8 épisodes) : quand les vacances ne suffisent plus à masquer les failles

Après une première saison qui m’avait laissé un goût d'inachevé (et qui était annoncée comme une mini-série), entre de bons moments et pas mal de frustrations, la série Les Quatre Saisons revient avec huit nouveaux épisodes sur Netflix. La première salve servait surtout à poser le décor, à nous présenter la bande et à installer de petites habitudes. Cette saison 2 passe à la vitesse supérieure, non pas dans l'action, mais dans l'analyse des dégâts. On plonge directement dans les conséquences d'un deuil, le poids des compromis accumulés au fil des ans, et ces choix de vie qu’on pensait définitifs mais qui finissent par nous rattraper.

 

La recette de base ne change pas d'un poil. On suit toujours ce groupe de potes qui se retrouve à plusieurs moments clés de l’année, lors de voyages devenus de vrais rituels. Pourtant, l’ambiance est totalement différente. L’absence de Nick plane sur chaque scène, chaque discussion, et force tout le monde à revoir sa copie et sa position au sein de la bande. Ce vide immense sert de déclencheur. Les petites rancœurs qu’on cachait sous le tapis remontent d'un coup et les faiblesses de chacun deviennent impossibles à ignorer. C’est justement ce côté-là qui m’avait intrigué au début, et il est toujours bien présent. La série ne cherche pas à nous surprendre avec de gros twists ou à créer un suspense artificiel pour nous tenir en haleine. 

 

Elle préfère filmer le quotidien, le vrai, dans ce qu'il a de plus banal. Les vrais drames ne naissent pas d'événements spectaculaires. Ils surgissent au détour d'un silence un peu trop long, d'une phrase maladroite ou d'une remarque balancée l'air de rien, mais qui finit par tourner en boucle dans la tête. Cette façon de raconter les choses fonctionne vraiment bien quand le scénario accepte de laisser respirer les personnages. La réalisation prend son temps pour décortiquer les relations et les déséquilibres qui s’installent. Évidemment, ce choix ne va pas plaire à tout le monde. 

 

On ne va pas se cacher que certains passages s’étirent en longueur et qu’on a parfois l'impression que l’histoire fait du surplace. Mais en y réfléchissant, cette lenteur fait partie de l'ADN de la série. Le deuil est d’ailleurs l'un des points forts de ces nouveaux épisodes. On ne nous le montre pas comme une crise passagère, mais plutôt comme une ombre qui s'immisce partout, tout le temps. Face à la perte de Nick, personne ne réagit de la même façon. Certains foncent tête baissée pour essayer de passer à autre chose, tandis que d’autres se murent dans une sorte de paralysie émotionnelle. Le scénario a la bonne idée de ne juger personne. 

 

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise méthode, juste des gens qui font ce qu'ils peuvent pour continuer à avancer. Du côté des couples, Kate et Jack illustrent parfaitement cette immense difficulté à communiquer. Quand on les regarde, on a l'impression de voir deux personnes qui avancent sur pilote automatique. La routine a grignoté la complicité, et ils sont persuadés de se connaître par cœur sans prendre le temps de s’écouter. La série montre avec beaucoup de justesse que l’amour seul ne suffit pas toujours pour qu’un couple tienne la route. Sans le partage des doutes et des failles, la machine s'enraye, et c'est clairement le problème de ces deux-là. De leur côté, Danny et Claude apportent aussi leur lot de réflexions. 

 

Leur couple tourne autour des petits renoncements et des sacrifices qu’on accumule au fil des années pour que l'autre soit heureux. Même si leurs échanges sont souvent drôles, il y a un fond de mélancolie très fort sur ce qu’on accepte de laisser de côté par amour. Ce que j’ai beaucoup aimé avec eux, c'est que la série refuse de pointer un coupable du doigt. Chacun trimballe ses torts et ses regrets, et chacun essaie de sauver sa propre idée du bonheur. La plus belle surprise de la saison vient sans doute d'Anne. Dans les premiers épisodes, elle subissait un peu sa vie et les décisions des autres. Ici, elle tente enfin de reprendre les rênes. Son évolution n'a rien de spectaculaire, et c’est précisément pour ça qu’elle sonne juste. 

 

On n'est pas dans une métamorphose magique. Anne avance à petits pas, se trompe, tâtonne, et comprend doucement ce qu’elle veut vraiment. Sa relation naissante et inattendue avec Ginny apporte une fraîcheur bienvenue. Sur le papier, ce duo aurait pu sembler forcé ou artificiel. Pourtant, le lien se crée naturellement à l'écran. Ces deux femmes se retrouvent unies par une situation complexe qu’elles n'ont pas cherchée. Au lieu de se faire la guerre, elles choisissent d'avancer ensemble et d'apprivoiser cette nouvelle donne. Pour ce qui est de l'humour, la série reste fidèle à son style discret. N'attendez pas de grands éclats de rire ou des scènes de comédie survoltées. 

 

Tout repose sur le caractère des personnages, leurs contradictions évidentes et leur maladre totale face à des situations pourtant simples. Quelques scènes marchent super bien grâce au talent des comédiens, surtout quand les dialogues s'effacent pour laisser place à des réactions spontanées et à un absurde très fin. L’alchimie du casting est clairement le gros point fort du show. Même quand certaines intrigues secondaires traînent la patte, la complicité du groupe rend le tout hyper crédible et donne envie de rester avec eux. Une vraie familiarité s'installe au fil des heures. En coupant le dernier épisode, j’avais plus l'impression de quitter de vieux copains que d'avoir regardé une fiction télévisuelle classique.

 

Tout n’est pas parfait pour autant. Comme dans la saison 1, certains quiproquos reposent sur un manque de communication auquel on a un peu du mal à croire. On a parfois l'impression que ces personnages ne se parlent jamais en dehors de leurs fameux voyages, ce qui amène des situations un peu téléphonées. Pas mal de disputes auraient pu être évitées avec un simple coup de fil ou une discussion franche, et il faut parfois accepter cette facilité scénaristique pour que l'histoire tienne debout. J'ai aussi trouvé le temps un peu long sur certains épisodes. À force de vouloir faire du contemplatif et de poser l'ambiance, la série frôle parfois l'ennui pur et simple. 

 

Quelques sous-intrigues n'apportent pas grand-chose au récit global et auraient mérité un bon coup de balai au montage. La saison trouve régulièrement le ton juste, mais elle manque parfois d'un vrai coup de collier dramatique pour nous secouer. Malgré ces quelques bémols, cette deuxième saison s’en sort mieux que la première. Ce n'est pas parce qu'elle en fait plus, mais parce qu'elle sait exactement où elle va. Derrière les cartes postales de vacances et les discussions légères, elle parle surtout du temps qui passe, de ces liens qui résistent malgré les déceptions, les regrets et les chemins qui s'éloignent. La série ne cherche jamais à donner de grandes leçons de morale sur la vie, le couple ou l'amitié. 

 

Elle se contente d'observer des quadras qui essaient de s'adapter à une réalité qui leur échappe. Certains avancent, d'autres restent bloqués, mais tous tentent de sauver les meubles et de garder un semblant d'équilibre. Au final, cette saison 2 ne révolutionne pas la formule. On retrouve exactement ce qui faisait le sel de la série, mais avec une écriture plus mûre et mieux gérée. Les défauts du début n'ont pas disparu, mais les qualités prennent le dessus. Sans être un coup de cœur absolu, Les Quatre Saisons offre un regard honnête et touchant sur les relations humaines et sur ce qu'il reste quand les certitudes s'effondrent.

 

Note : 6.5/10. En bref, une suite plus solide, portée par des personnages mieux écrits et une belle réflexion sur le deuil et l'amitié. Le rythme est parfois un peu trop tranquille, mais l'ensemble gagne clairement en profondeur. ,

Disponible sur Netflix

 

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