Adults (Saison 1, 8 épisodes) : la chronique douce-amère d’une génération connectée

Adults (Saison 1, 8 épisodes) : la chronique douce-amère d’une génération connectée

La vingtaine est cet âge étrange où tout semble à la fois possible et insurmontable. C’est cette période de transition que la série Adults tente de capturer, à travers le quotidien d’un groupe de jeunes adultes qui partagent un logement à New York… ou plutôt dans une banlieue éloignée, jouée par Toronto. Sur huit épisodes, Adults explore la vie d’un petit groupe de colocataires, pris entre espoirs, maladresses et désillusions. Mais derrière ses airs de comédie générationnelle, la série interroge surtout la difficulté d’exister dans un monde où tout paraît éphémère, instable et parfois absurde.

 

Le cœur de Adults, c’est ce petit groupe réuni sous le toit de Samir. Chômage, relations bancales, coups d’éclat sur les réseaux sociaux… chaque personnage incarne une facette de cette jeunesse post-pandémie qui cherche sa place. Samir, l’hôte involontaire, est un type sans emploi, un peu largué, encore en quête d’un sens à donner à sa vie. Billie, son amie d’enfance, tente de garder la tête hors de l’eau dans un job ingrat, sous-payé, et sans perspective. Anton, quant à lui, papillonne entre les gens et les projets, tout en semblant fuir toute forme d’engagement. Issa, toujours en train de crier plus fort que les autres, jongle entre militantisme de façade et besoin d’exister aux yeux du monde. 

 

Enfin, Paul Baker, apporte sa gentillesse presque naïve, souvent à ses dépens. Leurs journées sont rythmées par des situations où le malaise côtoie l’absurde : un dîner raté, un énième débat sur la justice sociale détourné à des fins personnelles, des discussions sur la cancel culture, des moments de panique face à des factures imprévues. Ce sont des scènes qui sonnent parfois trop exagérées, parfois trop justes, mais qui reflètent une forme de réalité : celle d’une génération qui oscille entre engagement sincère et recherche désespérée de validation. Adults a choisi l’humour pour aborder ces thématiques, mais ce choix n’est pas toujours payant. 

 

Certaines scènes, particulièrement dans le premier épisode, donnent l’impression d’un surjeu permanent, comme si la série cherchait à choquer pour exister. Entre un personnage qui mime un acte sexuel en public et un autre qui découvre peut-être être "problématique" sans le savoir, tout semble trop forcé, trop démonstratif. Cette exagération constante fatigue et nuit parfois au propos. Il y a une différence entre exposer des comportements pour en rire et les transformer en caricatures permanentes. Cela dit, au fil des épisodes, une certaine nuance s’installe. Les personnages finissent par exister au-delà de leurs archétypes : Samir, le loser gentil, révèle des failles touchantes ; Billie, la battante, montre des fêlures inattendues ; Anton, le charmeur insaisissable, devient plus qu’un simple cliché de la fête perpétuelle. 

 

C’est quand Adults lâche un peu la pédale de l’hystérie que la série gagne en authenticité. Ce que Adults montre avant tout, c’est la difficulté d’avoir vingt-cinq ans aujourd’hui. Les personnages vivent dans un entre-deux constant : pas assez adultes pour tout maîtriser, plus vraiment adolescents, ils essaient de s’en sortir avec les moyens du bord. L’instabilité professionnelle est omniprésente. La précarité financière aussi, tout comme la peur diffuse de faire "le mauvais choix", celui qui condamnera l’avenir. Chaque situation du quotidien devient prétexte à des questionnements existentiels, parfois maladroits, souvent drôles, mais toujours symptomatiques d’une génération prise dans un tourbillon d’incertitudes.

 

La série n’élude pas non plus le rapport aux autres : amitiés qui s’effilochent, romances bancales, jalousies larvées. Le besoin d’être validé, que ce soit par un "like", un message sur une appli ou une reconnaissance professionnelle, est une obsession qui traverse tous les personnages. Ce ne sont pas des héros, juste des jeunes qui essaient tant bien que mal de donner du sens à leur quotidien, même si cela signifie parfois exagérer, manipuler ou se voiler la face. Certains moments d’Adults fonctionnent particulièrement bien. Une scène de dîner, un peu plus sobre, où Billie tente d’impressionner un ancien professeur reconverti en amant, par exemple, montre ce que la série peut offrir quand elle ne cherche pas à tout surjouer. 

 

Il y a aussi ces échanges absurdes, comme lorsque le groupe invente des références cinématographiques sans avoir vu les films en question, qui rappellent que le quotidien peut être drôle même quand il est vide de sens. Ces instants d’absurdité assumée capturent quelque chose de vrai : ce besoin de se sentir spécial, même quand rien ne va. Derrière ses excès, Adults offre un portrait lucide d’une époque où tout est sujet à débat, où chaque action peut être scrutée, jugée, annulée. Le terme cancel culture revient souvent, parfois traité avec ironie, parfois avec une forme d’angoisse diffuse. La série interroge cette peur d’être "le méchant", de dire ou de faire la mauvaise chose, et cette obsession de l’image, qu’elle soit publique ou privée. Le regard est parfois moqueur, mais jamais totalement cruel. 

 

Il y a une forme de tendresse cachée dans ces personnages qui, malgré leurs maladresses, restent ensemble, tentant de survivre dans un monde qui semble leur échapper. Adults n’est pas une série qui cherche à donner des leçons. Elle montre plutôt des jeunes qui apprennent eux-mêmes, souvent à leurs dépens, que la vie d’adulte est moins une question de "savoir quoi faire" que de trouver comment avancer malgré tout. C’est une série sur l’amitié, mais une amitié imparfaite, qui vacille, se réinvente, et parfois se brise sous le poids des non-dits ou des désaccords.

 

Au final, Adults ne prétend pas être la série d’une génération. Elle n’essaie pas non plus d’idéaliser la jeunesse. Elle se contente d’en montrer un fragment : ces débuts d’âge adulte où l’on se débat avec ses idéaux, ses contradictions, et une société qui semble toujours demander plus sans donner beaucoup en retour. La série n’est pas toujours à la hauteur de ses ambitions : certaines blagues tombent à plat, certaines scènes paraissent inutiles, et le besoin de choquer fatigue à la longue. Mais elle a le mérite d’exister, de tenter de capturer quelque chose de vrai, même maladroitement.

 

Adults, c’est un peu ça : une série qui veut parler de l’absurdité d’une génération qui se cherche, qui hurle parfois trop fort, qui se prend les pieds dans le tapis de ses propres contradictions, mais qui continue à avancer, coûte que coûte. Cela ne rend pas tout parfait, ni même toujours agréable à regarder, mais cela a le mérite d’exister.

 

Note : 6/10. En bref, une petite série qui a ses qualités et ses défauts mais qui a le mérite d’exister. 

Prochainement en France

 

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