Critique Ciné : 28 ans plus tard (2025)

Critique Ciné : 28 ans plus tard (2025)

28 ans plus tard // De Danny Boyle. Avec Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer et Alfie Williams.

 

Le retour de Danny Boyle à l’univers qu’il avait contribué à redéfinir au début des années 2000 était attendu, redouté, espéré. 28 ans plus tard, troisième volet de cette saga infectée, vient clore – ou relancer – un cycle avec un film hybride, qui prend plus de risques formels que narratifs. Une œuvre qui déconcerte autant qu’elle stimule, parfois fascinante, souvent frustrante. C’est probablement l’un des premiers éléments qui marque : 28 ans plus tard a été en grande partie tourné avec un iPhone 15 Pro Max. Un choix technique qui, loin d’être purement gadget, vient nourrir la texture même du film. La photographie, plus lisse, moins brute que dans 28 jours plus tard, installe une distance presque onirique. 

 

Cela fait près de trente ans que le Virus de la Fureur s’est échappé d’un laboratoire d’armement biologique. Alors qu’un confinement très strict a été mis en place, certains ont trouvé le moyen de survivre parmi les personnes infectées. C’est ainsi qu’une communauté de rescapés s’est réfugiée sur une petite île seulement reliée au continent par une route, placée sous haute protection. Lorsque l’un des habitants de l’île est envoyé en mission sur le continent, il découvre que non seulement les infectés ont muté, mais que d’autres survivants aussi, dans un contexte à la fois mystérieux et terrifiant…

 

Le rendu bleuté, les panoramas désaturés, et le recours à un montage très découpé participent à une ambiance plus fable que reportage. Cette esthétique, entre expérimentation numérique et classicisme post-apocalyptique, donne parfois lieu à de vraies fulgurances visuelles. Le passage dans la station Shell – amputée de son "S" – reste en mémoire, tout comme certaines séquences de poursuite sur des chaussées inondées, bien qu’inégales techniquement. L’équipe a osé, et cela mérite d’être souligné, même si l’ensemble ne tient pas toujours l’équilibre. Le film se recentre autour d’un personnage inédit : Spike, adolescent issu d’une communauté insulaire censée avoir survécu à la pandémie. L’histoire démarre sur cette île, étrange enclave presque utopique, rapidement désacralisée par les tensions familiales et les non-dits. 

 

Ce décor, pourtant prometteur, n’est que partiellement exploré. Certains choix de scénario semblent dictés davantage par l’envie de créer du mystère que par une logique interne forte. Pourquoi cette île ? Pourquoi ce départ ? Peu d’éléments sont vraiment clarifiés. La dynamique père-fils constitue l’ossature du récit. Le cheminement de Spike, confronté à la violence du monde extérieur mais aussi à celle, plus insidieuse, de son propre père, pose la question de l’héritage moral. La mort, le deuil, la filiation... Autant de thématiques abordées parfois de manière touchante, mais sans toujours trouver la densité nécessaire. Certaines scènes, comme le second meurtre de Spike, marquent par leur tension, mais manquent d’accompagnement émotionnel. À vouloir dire trop de choses, le film finit par les effleurer.

 

Difficile de ne pas évoquer les infectés, piliers de la saga. Ici, ils sont présents, oui, mais bien plus discrets qu’auparavant. On les devine plus qu’on ne les affronte. Quelques séquences gores, bien senties, viennent réveiller l’adrénaline, mais cela reste parcimonieux. La véritable menace semble ailleurs, dans les rapports humains, dans la paranoïa, dans les illusions communautaires. L’idée des “alphas”, infectés plus intelligents, aurait pu relancer l’intérêt du bestiaire. Pourtant, cela reste trop peu exploité. Une fois encore, le film pose des jalons narratifs qu’il abandonne rapidement. À l’image de son final, abrupt, presque désinvolte, qui prépare une suite sans vraiment conclure cette étape. Le titre de The Bone Temple pour le prochain opus est mentionné, mais laisse ici un goût d’inachevé.

 

Sur le plan du jeu, le film reste correct, sans éclat particulier. Le jeune acteur incarnant Spike s’en sort honorablement. Il porte le film sans trembler, même si son écriture aurait gagné à être plus fine. Ralph Fiennes, en médecin ambigu, livre une prestation troublante, mais pas toujours crédible dans ses choix. Le personnage manque de cohérence, comme s’il appartenait à un autre film. Son monologue final, volontairement abscons, n’offre pas la profondeur qu’il semble chercher. Les dialogues souffrent d’un manque évident de subtilité. Les échanges entre Spike et le militaire, notamment, tombent souvent dans la caricature. La musique, en revanche, participe activement à l’ambiance : oppressante, martiale, presque suffocante dans certains moments clés. 

 

Elle évoque par moments le rythme lancinant du poème Boots de Kipling, cité au début du film. Le premier acte, situé sur l’île, fonctionne plutôt bien. Il installe un climat d’attente et de tension, même si tout cela reste très balisé. La suite perd rapidement en intensité. Certaines scènes, trop longues, semblent ne rien apporter. On sent l’envie de poser des ambiances, mais le dosage manque. Quant à la dernière partie, censée faire décoller le film, elle vire au grand-guignol mal contrôlé. L’apparition finale de Jimmy et ses soldats déguisés frôle le ridicule. Il manque un véritable troisième acte. Un final qui clôturerait l’arc de Spike ou de la communauté. Ce flou laisse un sentiment d’inachevé. Cela pourrait fonctionner si le film était pensé comme un premier épisode assumé d’une trilogie, mais l’indépendance des volets précédents rend ici cette ouverture frustrante.

 

Ce qui frappe avec 28 ans plus tard, c’est le décalage entre la richesse des intentions et la légèreté de leur traitement. Boyle semble vouloir dire beaucoup, expérimenter encore plus, mais finit par s’éparpiller. Le résultat est inégal : un film qui étonne formellement, qui tente d’injecter du neuf dans un genre saturé, mais qui ne parvient pas à recréer l’empreinte mémorable de ses prédécesseurs. Le vrai sujet ici, c’est l’humain. Pas les zombies. La mort, l’abandon, la peur de l’autre, la fuite, l’apprentissage. Mais la tension ne tient pas sur la durée, l’émotion reste trop souvent bridée, et les enjeux dramatiques se diluent dans des artifices de mise en scène. 28 ans plus tard n’est pas un mauvais film. Il propose même certaines séquences marquantes et une tentative sincère de renouvellement. 

 

Mais il manque d’unité, de souffle narratif, de rigueur dans l’écriture. Trop de pistes sont lancées sans être explorées, trop de personnages survolés. L’expérimentation visuelle séduit, l’ambition est palpable, mais le fond ne suit pas toujours. Ce retour dans l’univers des infectés laisse un goût d’inachevé. L’envie de voir la suite demeure, mais avec une attente teintée de prudence.

 

Note : 6/10. En bref, une œuvre tournée sur iPhone 15 Pro Max qui déconcerte autant qu’elle stimule, parfois fascinante, souvent frustrante. Trop de pistes sont lancées sans être explorées, trop de personnages survolés. L’expérimentation visuelle séduit, l’ambition est palpable, mais le fond ne suit pas toujours. 

Sorti le 18 juin 2025 au cinéma

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