6 Juin 2025
Alexandre et son voyage épouvantablement terrible et affreux // De Marvin Bryan Lemus. Avec Thom Nemer, Jesse Garcia et Eva Longoria.
Il arrive parfois qu’une suite débarque sans réelle justification, portée par une nostalgie artificielle ou par une stratégie de contenu plus commerciale que créative. Alexandre et son voyage épouvantablement terrible et affreux (2025), suite autonome du film de 2014 Alexandre et sa journée épouvantablement terrible et affreuse, s’inscrit précisément dans cette logique. Hélas, cette tentative de redonner vie à un univers déjà bien anecdotique se solde par une expérience qui peine à captiver, amuse peu, et semble reposer sur des ressorts dramatiques épuisés. Cette nouvelle mouture délaisse les Cooper pour faire place aux Garcia, une famille mexicano-américaine en quête de racines.
Le garçonnet, Alexander, connaît la pire journée de sa vie... Sa malchance semble affecter également ses proches...
Le point de départ est simple : les parents décident de partir en camping-car avec leurs enfants jusqu’au Mexique, espérant ainsi retisser un lien avec leur héritage culturel. Ce qui aurait pu être une occasion d’explorer des thèmes profonds – identité, transmission, dynamiques familiales – se résume à une succession de mésaventures caricaturales. Le récit repose sur un artifice scénaristique assez maigre : une malédiction qui s’abat sur le jeune Alexandre, enfant persuadé d’attirer le malheur. Cette “poisse” devient rapidement l’élément déclencheur de tous les contretemps du voyage.
Le problème, c’est que le film enchaîne ces obstacles avec un tel manque d’inspiration qu’il ne suscite ni empathie ni curiosité. Les péripéties s’empilent mécaniquement, sans logique dramatique forte, et l’ensemble donne la sensation de suivre un parcours balisé, où chaque scène semble dictée par un cahier des charges plus que par une intention narrative. Le cœur d’un film familial repose souvent sur la qualité de ses personnages. Ici, le constat est sévère. Chaque membre de la famille Garcia est réduit à une fonction ou un cliché. Le père en perte de vitesse, la mère surbookée, les enfants en conflit...
Tous les archétypes sont là, mais aucun ne dépasse le stade de la caricature. Même Cheech Marin, dont la présence aurait pu apporter un peu de mordant ou de folie douce, semble peu concerné par ce qui se passe à l’écran. Son jeu en pilotage automatique illustre bien le manque d’élan général du film. La dynamique familiale, censée évoluer tout au long du voyage, reste figée, voire forcée. L’humour – omniprésent dans l’intention – tombe régulièrement à plat, trop insistant, parfois même embarrassant dans son exécution. Du côté de la réalisation, difficile de trouver un angle fort. La mise en scène oscille entre le téléfilm calibré et le clip promotionnel pour des destinations touristiques imaginaires.
Plusieurs scènes semblent tournées en studio sans grand souci d’intégration visuelle, ce qui renforce l’artificialité du récit. La fameuse “malédiction” autour de laquelle le scénario s’articule se traduit par des événements absurdes, souvent mal chorégraphiés, et rarement drôles. Le rythme, élément essentiel dans un film de road trip, est étrangement malmené. On attend des séquences vives, dynamiques, voire chaotiques, mais l’ensemble reste curieusement lent et plat. Certains moments prennent des allures de sketchs interminables, déconnectés de l’intrigue principale, donnant l’impression que le scénario s’éparpille dans des directions inutiles.
Même les scènes censées créer de l’émotion sont noyées dans une surcharge d’effets ou de dialogues maladroits. Ce qui frappe, c’est le décalage entre ce que le film semble vouloir être – une comédie familiale à la fois touchante et amusante – et ce qu’il propose réellement. L’humour repose essentiellement sur des gags prévisibles, souvent bruyants, rarement subtils. Le ton oscille entre maladresse et lourdeur, ce qui rend l’expérience pénible pour les spectateurs à la recherche d’un minimum de finesse. À plusieurs reprises, le film tente d’installer une touche de surréalisme (notamment avec le camping-car au design improbable), mais ces incursions sont trop déconnectées du reste pour créer un univers cohérent.
Il en résulte une œuvre hésitante, qui ne sait jamais vraiment sur quel pied danser : ni assez drôle pour séduire, ni assez sincère pour émouvoir. Il serait injuste d’ignorer les quelques efforts perceptibles dans Alexandre et son voyage épouvantablement terrible et affreux. Le casting, malgré la pauvreté du script, fait ce qu’il peut pour donner vie à des personnages mal écrits. La volonté d’explorer la culture mexicaine est présente, même si elle reste en surface. Certains dialogues cherchent à questionner les origines, la famille ou le rôle de chacun, mais ces pistes sont vite évacuées au profit de gags faciles ou de rebondissements sans impact.
Le film semble avoir été conçu avec la ferme intention de plaire à un public familial, mais en surjouant chaque élément au lieu de le développer. Résultat : l’ensemble paraît formaté, sans spontanéité, ni charme. L’aspect visuel, les dialogues, la direction d’acteurs... tout semble bridé par une volonté de lisser les angles, quitte à rendre le film aseptisé et peu engageant. Ce deuxième opus n’apporte rien à l’univers installé en 2014. Il ne renouvelle ni les thématiques ni les personnages, et semble davantage motivé par la possibilité d’ouvrir une franchise que par une réelle ambition artistique. Ce genre de projet pose la question de la pertinence des suites dans un paysage cinématographique saturé de remakes, reboots et prolongations peu inspirées.
Note : 3/10. En bref, il y avait sans doute matière à créer une comédie familiale originale et émouvante autour d’un voyage initiatique. Malheureusement, Alexandre et son voyage épouvantablement terrible et affreux se contente d’empiler les clichés et de reproduire des recettes éculées. Un film vite vu, vite oublié.
Sorti le 28 mars 2025 directement sur Disney+
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