Critique Ciné : Avec ou sans enfants ? (2025)

Critique Ciné : Avec ou sans enfants ? (2025)

Avec ou sans enfants ? // De Elsa Blayau. Avec Bertrand Usclat, Rayane Bensetti et Tiphaine Daviot.

 

Avec ou sans enfants ? fait partie de ces films qui auraient pu faire sourire par leur idée de départ et permettre au spectateur de s’identifier (à condition d’avoir des enfants bien sûr). L'argument de départ avait de quoi séduire : un couple sans enfant invite ses amis, désormais parents, à un mariage en Italie avec une seule consigne – ne pas venir avec leurs enfants. Une règle simple, et pourtant, elle devient le point de départ d’un enchaînement de malentendus et de chaos supposés comiques. En théorie, tout y est pour une bonne comédie. En pratique, c’est une autre histoire. Le film tente d’aborder des thèmes actuels : charge mentale, pression parentale, équilibre amitié-parentalité, et cette nouvelle tendance des espaces « kid-free » – hôtels, restaurants ou événements où les enfants ne sont pas les bienvenus. 

 

Quand Pio et Anaïs annoncent leur mariage à leurs amis, c’est clair : ce sera SANS enfants. Trois jours de fête et de Prosecco en perspective ! Mais quand leur bande de potes débarque AVEC les enfants, pensant pouvoir les cacher aux mariés, les catastrophes vont (très) vite arriver…

 

Un sujet intéressant, presque sociologique, qui aurait pu nourrir un propos drôle, un peu mordant, voire satirique. Malheureusement, ici, ces thématiques sont effleurées sans jamais être vraiment creusées. Le film reste à la surface, enchaîne les situations absurdes sans logique apparente, et ne parvient pas à construire un véritable regard critique. La réalisation, quant à elle, ne semble jamais savoir sur quel pied danser. On sent une volonté d’énergie de groupe, de complicité entre les comédiens, mais elle ne suffit pas à masquer les lacunes du scénario. L’image plate, digne d’un téléfilm, n’aide pas à embarquer le spectateur dans ce voyage censé se dérouler sous le soleil d’Italie. D’ailleurs, de l’Italie, on ne voit presque rien. 

 

L’environnement aurait pu devenir un personnage à part entière, un décor vivant, un contraste fort avec le chaos ambiant. Au lieu de ça, les plans sont fades, sans profondeur, et ne participent jamais à l’émotion. Le casting est pourtant séduisant sur le papier. Rayane Bensetti, toujours aussi à l’aise dans les rôles légers, apporte une dose d'énergie. Bertrand Usclat, que l’on sait capable de finesse comique, semble s’amuser par moments. L’alchimie du groupe existe, on ne peut le nier. Mais elle ne fait pas le poids face à l’inconsistance des personnages. Tous semblent enfermés dans des caricatures, sans véritable évolution. On ne comprend jamais vraiment leurs intentions, ni ce qui les pousse à agir de manière aussi incohérente.

 

Les enfants, pourtant au cœur du sujet, sont plus souvent des accessoires que de véritables personnages. Ils crient, pleurent, tombent dans une piscine, provoquent des catastrophes... mais jamais le film ne parvient à en tirer autre chose qu’une agitation fatigante. Les gags tombent à plat. Le running gag autour de la garde partagée en secret devient vite répétitif. Chaque idée semble être étirée au maximum, sans variation, sans surprise. Et c’est bien là le principal reproche : rien ne surprend, rien ne décolle. On aurait pu pardonner la légèreté du ton si l’ensemble avait été drôle. Mais les ressorts comiques sont tellement attendus qu’ils n’en sont plus efficaces. Chaque fois qu’un élément est introduit – une bouteille d’alcool, une piscine, une poussette – on peut presque deviner le gag à venir. 

 

Cela donne une impression désagréable d’assister à une suite de sketchs écrits à la chaîne, sans liant, sans progression narrative. L’écriture manque de souffle, et surtout de cohérence. Certains éléments sont introduits pour ne jamais être développés. Les relations entre les personnages sont floues. Le lien familial entre certains protagonistes paraît improbable (comment croire que Sara et Pio aient une histoire commune en Italie s’ils n’en parlent pas un mot ?), et la présence même de certains adultes au mariage semble plus liée à une envie de vacances qu’à une véritable dynamique dramatique. Il y a cette impression persistante tout au long du film : celle d’avoir été invité à regarder le montage de vacances d’un groupe d’amis, avec quelques dialogues mal écrits entre deux couchers de soleil. 

 

Et c’est peut-être là l’un des plus gros problèmes. Le film donne l’impression d’avoir été conçu comme une récréation, sans direction artistique claire. Le scénario donne le sentiment d’avoir été bricolé sur place, et cela se ressent jusque dans la conclusion, aussi soudaine que bâclée. Même le final, censé rassembler tout le monde dans un moment d’émotion ou de réconciliation, tombe à plat. Les dialogues sont plats, la mise en scène mollassonne, et l’on peine à s’attacher à des personnages qui, jusque-là, n’ont jamais été véritablement construits. Il faut le reconnaître : deux éléments surnagent. Rayane Bensetti apporte une touche de dynamisme bienvenue, même si ses scènes sont souvent mal écrites. Et le bêtisier du générique de fin offre enfin, ironiquement, les quelques sourires absents du reste du film. 

 

Peut-être parce que, pour une fois, les acteurs semblent sincèrement s’amuser. Mais c’est bien peu. Sur 90 minutes, ces quelques instants ne suffisent pas à faire oublier la vacuité du reste. Ce qui aurait pu être une comédie piquante sur l’amitié, la parentalité et les compromis de la vie d’adulte devient un film poussif, sans rythme ni saveur. Avec ou sans enfants ? aurait pu poser une vraie question générationnelle. Que devient l’amitié quand la parentalité entre en jeu ? Peut-on encore partager les mêmes moments quand les priorités changent ? Comment trouver un équilibre entre égoïsme assumé et concessions inévitables ? Autant de pistes riches, qui auraient mérité une écriture fine, des dialogues ciselés, une mise en scène impliquée. 

 

Mais au lieu de cela, le film accumule les facilités, rate ses effets comiques, et laisse un goût d’inachevé. À l’heure où tant de comédies françaises peinent à renouveler leurs recettes, Avec ou sans enfants ? rappelle à quel point le fond ne suffit pas. Encore faut-il avoir un regard, une idée de mise en scène, une envie de cinéma. Ici, tout semble fait par habitude, sans passion ni prise de risque. Et c’est bien cela, le plus frustrant.

 

Note : 1/10. En bref, le film accumule les facilités, rate ses effets comiques, et laisse un goût d’inachevé. 

Sorti le 19 février 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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