14 Février 2026
Heart Eyes // De Josh Ruben. Avec Mason Gooding, Olivia Holt, Gigi Zumbado et Jordana Brewster.
Heart Eyes arrive dans un paysage cinématographique saturé de romances clichées et de slashers recyclés. Mélanger les deux peut sembler une idée facile, presque paresseuse. Pourtant, le film de Josh Ruben parvient à créer un drôle de cocktail, entre hémoglobine assumée, rires gênés et étreintes mortelles. Pas toujours équilibré, souvent maladroit, mais curieusement attachant. L’histoire ? Assez simple sur le papier. Un tueur masqué – surnommé The HEK (pour Heart Eyes Killer) – s’invite dans les histoires de cœur pour les réduire en miettes.
Deux collègues font des heures supplémentaires le jour de la Saint-Valentin. Ils deviennent la cible d'un tueur en série qui s'attaque à la ville de Seattle depuis quelques temps.
Littéralement. Chaque Saint-Valentin, les couples tombent comme des mouches, et cette fois, ce sont Ally et Jay, deux célibataires un peu cabossés, qui se retrouvent malgré eux au cœur du carnage. L'idée de départ a du potentiel. Utiliser les codes du slasher pour dynamiter la romance est une direction qui intrigue. Le film joue d’ailleurs assez bien avec ces conventions : restaurant de premier rencard transformé en boucherie, lettres d’amour devenues lettres de mort, et clichés du couple parfait explosés au fil des scènes. Si Heart Eyes ne tient pas complètement debout, c’est en grande partie grâce à ses interprètes principaux. Olivia Holt (Totally Killer) apporte à Ally une dose de cynisme bien dosée, sans tomber dans la caricature de la fille "blasée de l’amour".
Face à elle, Mason Gooding (Scream, Scream VI) incarne Jay, le garçon plein d’espoir, presque naïf, qui croit encore au grand amour malgré les meurtres qui s’enchaînent autour de lui. Leur dynamique fonctionne, pas tant parce que le scénario le commande, mais parce qu’une vraie complicité semble s’installer entre eux. C’est léger, un peu maladroit, mais crédible. Et dans un film qui parle de survivre au milieu du chaos romantique, cette crédibilité est précieuse. Difficile de savoir ce que Heart Eyes veut être exactement. Le film ne se prend pas trop au sérieux, ce qui est à son avantage.
Certaines scènes sont volontairement absurdes – une mort sur fond de slow ringard, une course-poursuite dans un magasin de cartes de Saint-Valentin – et la mise en scène joue la carte du stylisé, avec des éclairages colorés, des ralentis sanglants et une bande-son clin d’œil aux comédies romantiques des années 90. Mais cet équilibre entre gore et romance ne tient pas toujours. Le film alterne les tons de façon parfois bancale : juste après une scène de massacre graphique, les personnages peuvent se lancer dans un échange sentimental qui tombe à plat. À vouloir plaire à deux publics à la fois – les amateurs de comédies romantiques et les fans de films d’horreur –, Heart Eyes finit par n’en satisfaire pleinement aucun.
Côté horreur, le film livre quelques scènes inventives. Le tueur au masque en forme de cœur n’a pas la subtilité d’un Ghostface, mais il a le mérite de l'efficacité. Les meurtres sont variés, graphiques, parfois drôles dans leur exagération. On sent une envie de faire plaisir aux amateurs de slasher, avec des effets pratiques bien fichus et une vraie attention portée aux mises à mort. Malheureusement, le "twist" final, censé révéler l’identité du HEK, est d’une banalité déconcertante. L’effet de surprise est absent, et les motivations du tueur, à mi-chemin entre jalousie amoureuse et délire moraliste, ne convainquent pas.
L’écriture pêche ici par un manque d’ambition : là où le film aurait pu creuser une critique de la société romantique ou des relations toxiques, il se contente d’un retournement de situation attendu. Il faut reconnaître à Heart Eyes un vrai sens de la mise en scène. Josh Ruben a le goût de l’image : certains plans sont soignés, les décors saturés de rose et de rouge donnent une esthétique presque pop au film, et l’ambiance générale fonctionne. On est dans un univers légèrement décalé, à la frontière du cartoon et du film de genre. Cet habillage visuel, ajouté à une réalisation nerveuse, fait passer les longueurs du scénario. Là où ça coince, c’est sur la profondeur.
Le film reste en surface, enchaînant les clins d’œil et les moments de complicité sans jamais vraiment développer ses personnages. Ally et Jay sont sympathiques, mais leur histoire est survolée. Les personnages secondaires n’existent que pour servir de chair à découper, et le propos, s’il existe, reste flou. Heart Eyes n’a pas l’ambition de révolutionner quoi que ce soit. Il offre ce qu’il promet : une Saint-Valentin sanglante, un duo charmant, et quelques scènes marquantes pour qui aime rire un peu entre deux effusions de sang. Le film oscille entre la parodie légère et le pastiche assumé, et même si l’ensemble manque de consistance, il reste regardable.
Il y a des défauts évidents : une écriture inégale (pourtant avec Christopher Landon - Happy Birthdead - en co-scénariste je m’attendais à mieux, même si son Drop Game plus tôt cette année était complètement raté), un rythme parfois saccadé, un humour qui tombe à plat dans certaines scènes. Mais il y a aussi une énergie sincère, une envie de faire quelque chose d’un peu différent, même si l’exécution ne suit pas toujours. À réserver aux amateurs de slashers qui ne prennent pas le genre trop au sérieux, ou à celles et ceux qui cherchent un film de Saint-Valentin un peu moins mièvre que d’habitude.
Note : 6/10. En bref, une assez agréable surprise. Heart Eyes ne laissera peut-être pas de traces durables, mais dans son genre, il remplit sa mission : divertir, faire frissonner, et rappeler que parfois, l’amour peut être un vrai massacre.
Sorti le 14 février 2026 directement sur Paramount+
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