Critique Ciné : Screamboat (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Screamboat (2026, Amazon Prime Video)

Screamboat // De Steven LaMorte. Avec David Howard Thornton, Tyler Posey et Jared Johnston.

 

Screamboat, réalisé par Steven LaMorte, déjà connu pour son penchant pour les concepts aussi absurdes que sanglants, ce slasher maritime assume d’entrée de jeu sa vocation : faire rire, faire sursauter, et surtout faire couler l’hémoglobine. Sur un ferry lentement dérivant, une petite souris meurtrière sème la panique dans un huis clos qui sent bon le latex, les clins d’œil appuyés et les tripes bien exposées. Tout un programme. Le pitch de Screamboat ne s’embarrasse d’aucune subtilité : un groupe de passagers embarque pour ce qui semble être une simple traversée à bord d’un ferry. 

 

A bord d'un ferry, le trajet devient mortel pour un groupe de New-Yorkais à cause d'une souris.

 

Évidemment, la balade se transforme rapidement en cauchemar quand une souris tueuse – incarnée par David Howard Thornton, le clown glaçant de Terrifier – commence à les éliminer un par un, avec un humour grinçant et une violence bien dosée pour le public de minuit. Sur le papier, ça paraît absurde. À l’écran, ça l’est tout autant. Et c’est précisément ce qui donne à Screamboat sa (petite) singularité dans le flot de productions d’horreur fauchées. Le film n’a aucune intention de renouveler le genre, ni de faire illusion. Son identité est claire : du gore, du kitsch, et une bonne dose d’auto-dérision. Terrifier, Winnie the Pooh: Blood and Honey, Bambi: The Reckoning… Une nouvelle vague de films d’horreur revisitant des icônes de l’enfance s’est installée depuis quelques années. 

 

Screamboat s’inscrit dans cette tendance, en surfant sur la nostalgie tordue des spectateurs friands d’humour noir. Mais contrairement à certains titres qui semblent uniquement misés sur le buzz ou le scandale, le film de LaMorte montre une certaine lucidité. Il ne prétend pas être autre chose qu’un divertissement outrancier. Il faut reconnaître que l’ambiance du ferry fonctionne plutôt bien. Le décor unique renforce la sensation d’enfermement, et la lenteur du bateau ajoute une tension tangible, à défaut d’être constante. La mise en scène joue habilement sur cet isolement forcé, même si certains plans trahissent le manque de moyens. Le fond vert et les effets spéciaux rudimentaires rappellent parfois les productions télévisuelles des années 90. Mais cela fait presque partie du charme.

 

Côté casting, le résultat est inégal. Allison Pittel et Jesse Posey (qui n’est autre que le petit frère de Tyler Posey - Teen Wolf - qui fait d’ailleurs une apparition dans le film), dans les rôles de Selena et Pete, offrent une dynamique plaisante. Leur alchimie donne un minimum d’ancrage émotionnel au récit, et permet d’humaniser un peu cet univers cartoonesque. À l’inverse, d’autres interprétations sombrent dans la caricature ou le surjeu, sans jamais atteindre la ligne ténue entre comique et grotesque. Il serait malhonnête de parler de performances marquantes, mais quelques rôles secondaires tirent leur épingle du jeu par des interventions bien senties. Tom Bechtold, bien que peu présent à l’écran, parvient à faire sourire grâce à une écriture de dialogues volontairement absurde. 

 

Les personnages sont peu développés, mais ce n’est pas réellement un problème dans ce type de film. Ils sont là pour servir le spectacle, et pour mourir de manière créative. David Howard Thornton donne vie à une souris meurtrière à mi-chemin entre un costume de carnaval mal conçu et une mascotte de parc d’attraction en plein délire meurtrier. Ce choix esthétique, plutôt douteux, devient paradoxalement un atout comique. Willie – c’est ainsi que se fait appeler le rongeur psychopathe – est à la fois ridicule et inquiétant. Son accoutrement cheap devient rapidement une signature visuelle, et sa gestuelle volontairement exagérée participe au ton décalé du film. La réussite du personnage repose surtout sur le contraste entre son apparence inoffensive et la brutalité de ses actes. 

 

Electrocutions, visages fondus, décapitations, et scènes de meurtre volontairement grotesques ponctuent le récit. Ce décalage constant entre l’image et l’action crée une ambiance étrange, entre malaise et fou rire. L’un des défauts majeurs de Screamboat réside dans sa durée. Avec près de 100 minutes au compteur, le film s’étire inutilement dans son deuxième acte. Certains passages semblent là uniquement pour faire du remplissage, et l’intrigue peine à se renouveler une fois l’effet de surprise passé. Un montage plus serré aurait permis de maintenir la tension sans tomber dans la répétition. Cela dit, les scènes de carnage sont suffisamment espacées pour relancer l’intérêt quand la narration commence à piétiner. À défaut d’être constante, la dynamique du film repose sur une succession de pics de violence plus ou moins réussis. 

 

On regrette que certaines séquences échouent à vraiment faire progresser l’intrigue ou les personnages. Mais encore une fois, est-ce vraiment ce que Screamboat cherche à faire ? L’un des aspects les plus amusants du film est sans doute sa profusion de références. Disney, les classiques de l’animation, les slashers cultes, tout est prétexte à des clins d’œil plus ou moins appuyés. Certaines répliques font mouche, d’autres tombent à plat. La fameuse "princess party" est un bon exemple : inutile sur le plan narratif, mais amusante pour qui connaît bien l’univers pastiché. L’humour méta fonctionne par intermittence. Il repose beaucoup sur l’acceptation d’un second degré permanent. 

 

Ceux qui cherchent du suspense ou une peur viscérale seront vite déçus. Screamboat ne vise pas l’effroi mais le sourire tordu. Il s’agit d’un film à voir comme on visite une maison hantée foraine : les décors sont en carton, les frissons sont prévisibles, mais l’expérience peut rester plaisante si l’on accepte les règles du jeu. Screamboat n’est pas un bon film dans le sens académique du terme. Le jeu d’acteur est inégal, la mise en scène approximative, et le scénario ultra-balisé. Pourtant, malgré tous ses défauts – ou peut-être grâce à eux – il parvient à offrir un divertissement sincère pour les amateurs de films d’horreur "bis". C’est un film de niche, destiné à un public déjà conquis par l’absurde, la nostalgie détournée et les massacres cartoonesques. Ceux qui cherchent du cinéma léché passeront leur chemin. 

 

Ceux qui veulent juste voir une souris psychopathe décimer un ferry dans une ambiance de fête foraine macabre pourraient bien y trouver leur compte. Sans être une révélation, Screamboat s’inscrit dans cette nouvelle tendance de l’horreur parodique assumée. Il n’invente rien, il n’excelle en rien, mais il sait exactement ce qu’il est – et cela suffit parfois à faire passer une bonne soirée.

 

Note : 5/10. En bref, le massacre navigue entre pastiche sanglant et délire assumé. Sans être une révélation, Screamboat s’inscrit dans cette nouvelle tendance de l’horreur parodique assumée. Il n’invente rien, il n’excelle en rien, mais il sait exactement ce qu’il est.

Sorti le 12 janvier 2026 directement sur Amazon Prime Video

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