19 Juin 2025
Six épisodes, un décor exotique, deux têtes d’affiche photogéniques, une histoire de braquage tirée par les cheveux : sur le papier, tous les ingrédients d’un bon moment de divertissement sont réunis. Sauf que cette première saison de Ladrones: La tiara de Santa Águeda, ou Suspicious Minds à l’international, plutôt que de surprendre, ressemble à un long tunnel balisé, comme un film de casse du début des années 2000 qu’on aurait étiré sans grande nécessité. Dès les premières minutes, Ladrones annonce la couleur : Las Vegas, costumes clinquants, un couple déguisé en Elvis et Marilyn qui tente un braquage express dans un casino. L’idée n’est pas mauvaise, elle est même efficace pour planter le décor : Amber et Rui sont deux voleurs professionnels, rompus aux arnaques spectaculaires. Pourtant, très vite, le vernis craque.
La voleuse professionnelle Amber s'infiltre dans un mariage à Isla Esperanza avec pour objectif de dérober la tiare de Santa Agueda, d'une valeur de 24 millions d'euros. Les choses se compliquent lorsqu'un ancien complice réapparaît avec le même plan.
Le retournement de situation qui suit – Rui laissé pour mort, Amber seule avec ses souvenirs – installe artificiellement une tension qui s’effrite au fil des épisodes. Car trois ans plus tard, lorsque les deux anciens complices se retrouvent alors que Amber pensait Rui mort, c’est surtout pour répéter ce qu’ils faisaient déjà dans l’introduction : monter un nouveau coup, cette fois autour d’une tiare prétendument maudite, portée par la fille d’un magnat lors de son mariage sur une île privée. L’intrigue se veut dense, mais son déroulé reste convenu. L’impression persistante est celle d’un scénario qui s’épuise à maintenir l’attention sur six épisodes de 45 minutes, là où un film de 90 minutes aurait suffi.
L’illusion du rythme ne fait pas oublier le manque de renouvellement dans l’enchaînement des péripéties. Il y a dans Ladrones une volonté manifeste de faire référence à une certaine époque du cinéma : celle des films de braquage grand public, à la Ocean’s Eleven ou À la poursuite du diamant vert. Esthétiquement, on sent l’envie de retrouver cette ambiance colorée, un peu clinquante façon Charlie’s Angels, portée par une bande-son calibrée pour évoquer ses références de direct to DVD des années 2000. Mais à force de clins d’œil, la série finit par ressembler à une copie sans personnalité. Chaque rebondissement évoque un autre film, chaque dialogue semble sortir d’un script déjà lu. Il ne s’agit pas d’un hommage revendiqué ou d’un clin d’œil malin, mais d’une accumulation de codes rejoués sans élan.
Même les gadgets utilisés ou les pirouettes techniques – façon MacGyver version moderne – paraissent avoir été vus ailleurs, avec plus d’originalité. Cette nostalgie finit par devenir un frein : la série regarde tellement en arrière qu’elle peine à construire un ton propre. Elle se veut cool, légère, parfois ironique, mais manque cruellement d’une voix singulière. L’ensemble rappelle ces films diffusés en boucle à la télévision pendant les après-midis d’été, agréables sur le moment, mais vite oubliés. Amber et Rui, incarnés respectivement par Silvia Alonso et Álex González, forment un duo au potentiel évident. Leur alchimie fonctionne par moments, et certains échanges suffisent à rendre leurs interactions crédibles.
Toutefois, l’écriture ne leur donne jamais réellement l’espace de se développer. Leurs motivations restent floues, leurs évolutions psychologiques esquissées, jamais approfondies. Leur relation, censée porter une tension romantique doublée d’une rivalité professionnelle, tourne en rond. On comprend rapidement qu’ils sont à la fois attirés et méfiants l’un envers l’autre, mais ce jeu du chat et de la souris devient répétitif, comme un disque rayé. Plutôt que de jouer sur la subtilité des liens ou la complexité de leurs choix, la série opte pour des ressorts dramatiques attendus : jalousies, trahisons, retrouvailles… Rien qui ne vienne réellement bouleverser les attentes. Du côté des seconds rôles, c’est le même constat.
Le personnage d’Emilio Villegas, incarné par Asier Etxeandía, tire son épingle du jeu par une présence plus théâtrale et une excentricité assumée. Mais là encore, l’écriture reste superficielle, comme si le scénario se contentait de stéréotypes efficaces sans chercher à les bousculer. Sur le plan technique, Ladrones n’a pas à rougir. La réalisation, signée Alejandro Bazzano et Inma Torrente, est propre. Les plans sont soignés, la photographie flatte les décors tropicaux, et le montage adopte un rythme nerveux. Les effets de style – ralentis, split screens, voix off – viennent ponctuer les scènes d’action et tenter de leur donner un supplément d’énergie. Pourtant, cette efficacité visuelle peine à masquer le manque d’enjeu réel. La série déroule une mécanique bien connue : introduction d’un casse, repérage des lieux, recrutement d’une équipe, mise en place du plan, complications, trahisons, climax.
C’est fluide, mais sans surprise. Même les moments censés bouleverser la narration – révélations, fausses pistes, retours inattendus – tombent à plat. L’accumulation de rebondissements finit par lasser. Chaque épisode semble construit autour d’un twist, comme si le spectateur devait être constamment secoué pour ne pas décrocher. Ce procédé crée une forme de tension artificielle, mais pas d’attachement. Au lieu de construire une intrigue solide, la série enchaîne les tours de passe-passe. Le problème n’est pas tant qu’ils soient invraisemblables, mais qu’ils manquent d’impact émotionnel. Ce qui finit par peser, c’est le sentiment que Ladrones aurait mieux fonctionné en tant que film. Sur six épisodes, la répétition des schémas narratifs devient flagrante.
Certaines scènes semblent étirées, d’autres inutiles. Le rythme, censé être un atout, se transforme en course contre la montre permanente, sans respiration. Un long-métrage de 90 à 100 minutes aurait permis de condenser l’intrigue, de dynamiser le récit, et de renforcer les moments clés. En série, tout paraît dilué. L’émotion est fugace, la tension fluctuante, l’intérêt inégal. Chaque épisode tente de relancer la machine, mais sans grand renouvellement dans la proposition. À vouloir caler l’histoire sur un format épisodique, la narration perd en efficacité. Et même si la série se veut binge-able, elle ne donne pas toujours envie d’enchaîner les épisodes. L’investissement émotionnel reste limité, car rien ne vient vraiment surprendre ou bousculer le spectateur.
Il est clair que Ladrones cherche à séduire un public au-delà de l’Espagne. La série coche toutes les cases du divertissement global : acteurs séduisants, décor de carte postale, intrigue universelle, musique internationale. Dans cette logique, elle adopte une neutralité stylistique qui joue contre elle. À force de vouloir plaire à tous, Ladrones oublie de prendre des risques. L’aspect “franchise” évoqué par le titre (ce double-point qui suggère d’autres aventures à venir) souligne cette volonté commerciale. La série n’est pas là pour innover, mais pour rassurer. Elle reste dans les rails d’un divertissement mondialisé, calibré pour le streaming. Ce n’est pas un reproche en soi. Mais cette approche empêche l’émergence d’une identité forte.
La série pourrait se passer n’importe où, être jouée par n’importe qui, sans que cela change fondamentalement l’histoire. Elle n’ancre jamais son récit dans un univers reconnaissable ou singulier. Il serait injuste de dire que Ladrones n’a aucun intérêt. Il y a des scènes efficaces, quelques dialogues sympas, une ambiance générale plaisante. Mais le tout reste trop lisse. À force de jouer la sécurité, la série échoue à marquer durablement. Le visionnage peut être agréable sur le moment – parfait pour une soirée où l’on cherche juste un divertissement sans exigence. Mais une fois le dernier épisode terminé, difficile de se rappeler d’un moment marquant, d’une scène bouleversante, d’un personnage inoubliable.
C’est là que réside la principale faiblesse de cette saison 1 : elle n’imprime pas. Elle passe comme un courant d’air, propre mais tiède, sans déranger ni captiver. Elle évoque ces séries qu’on laisse tourner en arrière-plan en pliant du linge ou en scrollant sur son téléphone. Ladrones: La tiara de Santa Águeda aurait pu être un film nerveux et divertissant. À vouloir s’étaler sur six épisodes, la série perd en intensité ce qu’elle gagne en remplissage. L’histoire reste convenue, les personnages peu développés, les enjeux flous. Le tout donne un produit propre, mais daté, comme une série échappée des années 2000 qu’on aurait habillée pour le streaming.
Ce n’est pas un raté complet, mais c’est une œuvre qui laisse indifférent. Il manque une prise de position, un ton singulier, une folie qu’on aurait aimé voir éclore. Peut-être qu’une saison 2, si elle voit le jour, saura corriger le tir en réduisant le format et en assumant pleinement ses partis pris. En l’état, cette saison 1 ne donne pas envie d’y revenir.
Note : 4.5/10. En bref, Ladrones: La tiara de Santa Águeda aurait pu être un film nerveux et divertissant. À vouloir s’étaler sur six épisodes, la série perd en intensité ce qu’elle gagne en remplissage. Reste une sorte de divertissement très estival qui remplira la soirée d'une personne en quête d'un truc léger.
Disponible sur Disney+
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