11 Juillet 2025
Ash // De Flying Lotus. Avec Eiza Gonzalez, Aaron Paul et Iko Uwais.
Il m’arrive souvent de donner leur chance à des films indépendants ou expérimentaux, même lorsque les premières critiques sont peu flatteuses. J’aime croire aux surprises, aux éclats inattendus, aux œuvres qui, malgré des moyens limités, parviennent à toucher quelque chose de vrai. Malheureusement, Ash ne fait pas partie de ces films. En refermant Amazon Prime Video, je me suis demandé ce qui m’avait poussé à rester jusqu’au bout. Peut-être l’espoir, tenace, que le film finisse par décoller. Il ne l’a jamais fait. Dans le genre du huis clos spatial, les références sont nombreuses et souvent écrasantes : Alien, The Thing, Life. Autant de jalons qui ont su conjuguer tension, ambiance et narration pour captiver. Ash tente de s’inscrire dans cette lignée, mais trébuche dès les premières minutes, et ne retrouve jamais l’équilibre.
Une femme se réveille sur une planète lointaine et découvre que l'équipage de sa station spatiale a été sauvagement tué. Elle doit alors décider si elle peut faire confiance à l'homme envoyé à sa rescousse.
Le pitch avait pourtant de quoi attirer l’attention : Riya, incarnée par Eiza González, se réveille seule à bord d’un vaisseau spatial désert, où tous les membres de l’équipage semblent avoir été tués dans des circonstances troubles. Elle n’a aucun souvenir des événements. Quand Brion (Aaron Paul) arrive à bord, les questions se multiplient : est-il là pour l’aider ou cache-t-il un dessein plus sombre ? Le huis clos promettait de jouer sur la paranoïa, l’instinct de survie et les frontières floues entre réalité et hallucination. Mais ces promesses restent lettre morte. Très vite, le scénario montre ses limites, et ce qui aurait pu devenir une descente aux enfers psychologique tourne au vide intersidéral.
La première erreur de Ash est de vouloir en faire trop sans en avoir les moyens. Plutôt que de miser sur l’atmosphère ou sur un développement subtil des personnages, le film s’enlise dans des effets visuels clinquants et des dialogues creux. Chaque scène semble rallongée pour combler un vide narratif béant. Pire encore, la multiplication de flashbacks désordonnés vient brouiller un récit qui n’en avait pas besoin. L’histoire devient confuse, non pas parce qu’elle joue habilement avec l’ambiguïté, mais parce qu’elle ne parvient pas à tenir un fil conducteur solide. Le spectateur est balloté d’une séquence à l’autre sans y trouver d’enjeu clair. Résultat : l’attention se dissipe, et l’ennui s’installe.
Visuellement, le film affiche une certaine ambition. On sent la patte de Flying Lotus, son goût pour les images psychédéliques et les ambiances inquiétantes. Certains plans laissent entrevoir un vrai sens esthétique, avec des jeux de lumière en rouge et bleu qui rappellent parfois les atmosphères des films de science-fiction des années 80. Mais ces efforts visuels peinent à masquer la pauvreté des décors et la vacuité de la mise en scène. Tout semble trop forcé : les couleurs criardes pour cacher le manque de moyens, les cadrages stylisés qui paraissent désincarnés, les effets numériques peu convaincants. À trop vouloir compenser son absence de substance par un habillage esthétique, Ash finit par ressembler à une bande-annonce qui tournerait en boucle pendant 90 minutes.
Côté interprétation, le constat n’est guère plus réjouissant. Eiza González, pourtant dotée d’un certain charisme à l’écran, se débat avec un personnage qui manque cruellement de consistance. Son jeu se résume à quelques expressions figées, une bouche entrouverte en permanence et une gamme émotionnelle limitée. Difficile de ressentir la moindre empathie pour Riya tant l’écriture ne lui offre aucun relief. Face à elle, Aaron Paul semble lui aussi perdu dans cet univers sans repères. Son personnage, censé incarner le doute et le danger, est dessiné à gros traits et n’évolue jamais réellement. La dynamique entre les deux acteurs ne fonctionne pas, faute de tension, de rythme et de dialogues solides.
Iko Uwais apparaît sporadiquement pour injecter un semblant d’action, mais ses interventions peinent à relancer l’intérêt. Le vrai problème d’Ash, c’est son absence de vision. Le film convoque des thématiques classiques de la science-fiction — l’humanité face à elle-même, la solitude de l’espace, la perte de mémoire — mais ne les traite qu’en surface. Tout semble plaqué, artificiel, sans réflexion ni émotion véritable. Les tentatives pour installer un climat paranoïaque tombent à plat, les rebondissements manquent de force, et les révélations finales laissent indifférent. La sensation qui domine est celle d’un projet qui ne sait pas ce qu’il veut raconter. Tout y est brouillon, sans direction claire. Même les rares bonnes idées visuelles finissent par se diluer dans une esthétique surchargée.
Flying Lotus ne cache pas ses inspirations : on devine ici un clin d’œil à Tarkovski, là une citation visuelle à Kubrick, ou encore un écho aux films de John Carpenter. Malheureusement, ces références restent purement cosmétiques. Elles ne s’inscrivent pas dans un propos solide qui leur donnerait du sens. Le film échoue aussi à instaurer un sentiment de danger ou d’urgence. À aucun moment je n’ai ressenti la tension qui devrait habiter ce genre d’histoire. Là où Alien transformait chaque couloir en piège mortel, Ash transforme l’espace en salle d’attente où il ne se passe rien. On pouvait espérer que la bande-son, signée par Flying Lotus lui-même, vienne sauver l’ensemble. Il n’en est rien. Les compositions sonores s’accumulent sans jamais renforcer la narration.
Elles surlignent l’action au lieu de l’accompagner, ajoutant à la sensation de surenchère inutile. Parfois même, elles deviennent un obstacle à l’immersion tant elles attirent l’attention sur leur propre virtuosité. Le son et l’image se retrouvent ainsi en décalage constant avec l’histoire, comme deux éléments posés côte à côte sans jamais fusionner. Regarder Ash revient un peu à observer un artiste de rue s’essayer à un numéro qu’il ne maîtrise pas. L’intention est là, visible, presque touchante par moments, mais le résultat manque cruellement de cohérence et d’exécution. Le film donne l’impression de vouloir dire quelque chose d’important sur la nature humaine, mais il ne parvient jamais à aller au bout de ses idées. Chaque tentative de réflexion philosophique tombe à plat, chaque scène censée faire monter la tension s’effondre dans un montage décousu.
Quant au spectateur, il reste sur le quai, spectateur passif d’un voyage qui ne mène nulle part. Ash aurait pu être un ovni intriguant dans le paysage de la science-fiction indépendante. Il en avait l’envie, mais pas la maîtrise. Entre un scénario incohérent, une mise en scène artificielle et un jeu d’acteurs en roue libre, le film s’enlise dans ses propres maladresses. Ce n’est pas le pire film de science-fiction qu’il m’ait été donné de voir, mais c’est assurément l’un des plus frustrants. Parce qu’il donne l’impression constante de passer à côté de lui-même. Ceux qui cherchent un divertissement haletant ou une réflexion profonde sur l’humanité risquent fort de rester sur leur faim. Pour ma part, je ne retiendrai de Ash qu’un bel exemple de faux départ cinématographique.
Note : 2/10. En bref, entre un scénario incohérent, une mise en scène artificielle et un jeu d’acteurs en roue libre, le film s’enlise dans ses propres maladresses.
Sorti le 24 avril 2025 directement sur Amazon Prime Video
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