Critique Ciné : Goodrich (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Goodrich (2025, direct to SVOD)

Goodrich // De Hallie Meyers-Shyer. Avec Michael Keaton, Mila Kunis et Danny Defarrari.

 

Derrière son apparence de comédie douce-amère sur la paternité, Goodrich, le second film de Hallie Meyers-Shyer, propose un portrait d’homme en décalage avec son époque et son entourage. Michael Keaton, impeccable en père déboussolé, tente de donner corps à une histoire qui peine à trouver sa cadence. Si certaines scènes touchent juste, l’ensemble souffre d’un déséquilibre constant, entre émotion sincère et dialogues qui sonnent parfois creux. Tout commence par un coup de fil en pleine nuit. Andy Goodrich, propriétaire d’une galerie d’art en déclin, apprend que sa femme a décidé d’entrer en cure de désintoxication. 

 

Andy Goodrich demande de l'aide auprès de sa fille adulte afin d'élever ses jeunes jumeaux après le départ de sa seconde épouse.

 

Sans avertissement, elle l’abandonne avec leurs deux jeunes enfants, des jumeaux aussi exigeants que désorientés. Dès cet instant, le film installe son ton : une crise inattendue qui force un homme à revoir ses priorités, à reconstruire ce qu’il n’a jamais vraiment su bâtir — une relation avec sa famille. L’intrigue s’étire sur les 90 jours d’absence de la mère, période pendant laquelle Andy tente tant bien que mal de jongler entre le quotidien de ses enfants, les exigences de son travail, et les comptes à rendre à sa fille adulte, Grace, interprétée par Mila Kunis. Une fille avec qui il partage plus de malentendus que de souvenirs. Keaton incarne un personnage fatigué, souvent dépassé, mais rarement pathétique. Il trouve un certain équilibre entre maladresse et sincérité. 

 

Le spectateur peut s’attacher à cet homme dépassé par les exigences modernes de la parentalité, mais animé d’un désir sincère de réparer ce qu’il a négligé. Les scènes entre Andy et sa fille Grace sont probablement les plus intéressantes. Le film laisse parfois entrevoir un lien brisé mais pas irréparable, une dynamique familiale où les blessures sont anciennes mais encore à vif. Mila Kunis surprend par sa sobriété, apportant un contrepoids à l’agitation constante du personnage principal. Là où Goodrich perd en efficacité, c’est dans la gestion de son rythme et de ses priorités narratives. Le scénario passe beaucoup de temps sur des scènes secondaires, notamment les échanges entre Andy et Terry (Michael Urie), un voisin envahissant dont la présence perturbe plus qu’elle n’éclaire.

 

Ces apartés, censés amener de la légèreté, détournent l’attention de l’arc principal : la reconstruction d’un lien familial. Le film souffre aussi d’un ton hésitant. Le mélange entre drame et comédie est souvent artificiel, comme si le film avait peur d’assumer sa gravité. Certaines scènes frôlent l’émotion, avant d’être sabordées par une réplique trop écrite ou une tentative d’humour mal placée. Ce déséquilibre finit par affaiblir le propos. L’un des fils rouges du film tourne autour d’une idée simple : parfois, il faut tout perdre pour comprendre ce qui compte vraiment. Loin d’être originale, cette thématique a pourtant de quoi toucher, à condition d’être incarnée. Goodrich la décline avec honnêteté, mais manque de consistance pour la rendre percutante. 

 

Trop souvent, l’histoire se contente d’effleurer ses sujets : la parentalité, les regrets, la solitude, le pardon. Ce qui aurait pu être une plongée fine dans les contradictions de l’âge mûr devient une succession de scènes convenues. Le film reste en surface, préférant l’anecdote au développement, le cliché au détail. Ce n’est pas qu’il trahit son ambition — il en manque simplement une plus forte. Visuellement, Goodrich reste dans une zone de confort. L’esthétique est propre, soignée, avec quelques jolies vues de Los Angeles baignées de lumière chaude. Rien de dérangeant, mais rien non plus qui capte durablement le regard. La mise en scène se contente d’illustrer l’histoire, sans tenter de la transcender.

 

Le score, discret, accompagne le récit sans le souligner. Là encore, tout semble à sa place, mais sans originalité. Le film avance, sans heurt ni audace. Il donne l’impression d’un produit calibré pour plaire à un large public, sans jamais risquer d’en décevoir un. Outre le duo Keaton/Kunis, le reste du casting est inégal. Certains personnages semblent échappés d’une sitcom : trop bavards, trop démonstratifs, souvent inutiles. Que ce soit le voisin exubérant, le gestionnaire de galerie désabusé, ou l’artiste égocentrée, tous gravitent autour du héros sans jamais enrichir son parcours. Leur rôle semble plus décoratif que narratif. Même les enfants, pourtant au cœur du quotidien d’Andy, restent à la périphérie. Leur présence ne produit ni conflit fort ni complicité réelle. 

 

Ce manque d’implication émotionnelle pèse sur l’évolution du personnage principal, qui semble parfois seul dans un monde peu concerné par ses efforts. Le dernier tiers du film relève un peu l’ensemble. Sans apporter de réelle surprise, il propose une résolution douce, presque apaisée. Andy parvient, à sa manière, à se réconcilier avec certains aspects de sa vie. Une scène finale en particulier, sobre et touchante, réussit à faire passer une émotion authentique. Il y a, dans ce dénouement, une certaine vérité sur les regrets, les gestes manqués, et les secondes chances. Mais ce moment arrive tard, et ne suffit pas à faire oublier les longueurs précédentes. Goodrich laisse une impression mitigée : celle d’un film sincère mais tiède, trop souvent freiné par son manque de conviction.

 

Goodrich aurait pu être un grand film sur les liens familiaux, la culpabilité paternelle et le poids des années. Il se contente d’être un divertissement aimable, un drame feutré aux contours flous. La prestation de Michael Keaton relève l’ensemble, mais ne peut compenser les faiblesses d’un scénario qui cherche sans vraiment trouver. 

 

Note : 5/10. En bref, regarder Goodrich, c’est un peu comme écouter une conversation familière : quelques bonnes phrases, un ton doux, mais peu de choses qu’on emporte avec soi. Un film qui se regarde sans effort, mais qui s’efface rapidement une fois les lumières rallumées.

Prochainement en France en SVOD

 

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