Critique Ciné : In the Summers (2025)

Critique Ciné : In the Summers (2025)

In the Summers // De Alessandra Lacorazza. Avec Residente, Sasha Calle et Lio Mehiel.

 

Au milieu de la saturation des films familiaux qui cherchent trop souvent à forcer l’émotion ou à manipuler le spectateur par des artifices trop voyants, In the Summers trace sa propre voie. Avec une sincérité rare et une simplicité assumée, ce premier long-métrage réalisé par Alessandra Lacorazza s'impose comme un film qui ne cherche pas à briller mais plutôt à capter la justesse de moments suspendus. Un film qui, sans en avoir l’air, parvient à toucher au plus profond. Présenté au Festival de Sundance puis couronné au Festival de Deauville 2024, In the Summers aborde un thème universel : la complexité des relations entre un père et ses enfants. L’histoire s’étire sur une décennie, racontée à travers quatre étés.

 

Vio­le­ta et Eva rendent visite chaque été à leur père Vicente, à la fois aimant et témé­raire. Il crée un monde mer­veilleux mais, der­rière la façade enjouée, lutte contre l’addiction qui érode pro­gres­si­ve­ment la magie. Vicente essaie de répa­rer les erreurs du pas­sé, mais les plaies ne sont pas faciles à refermer.

 

Quatre chapitres qui esquissent sans jamais figer le portrait d'une famille où l'amour et la douleur cohabitent, où le silence dit parfois plus que les mots. Le point de départ est simple. Deux sœurs, encore très jeunes, viennent passer leurs vacances d’été chez leur père, Vicente, un homme aussi maladroit qu’attachant, dont on ne sait finalement pas grand-chose. Au fil des étés, les filles grandissent, changent, s'éloignent, puis reviennent. Chacune de ces retrouvailles est comme un polaroïd : un instant figé, aux couleurs légèrement passées, qui raconte autant par ce qu’il montre que par ce qu’il laisse dans l’ombre. Il n’y a ici ni grands éclats, ni discours moralisateurs. Le film préfère les silences aux dialogues pesants, les regards fuyants aux larmes faciles. 

 

Ce choix de sobriété donne à In the Summers une authenticité qui manque souvent dans les récits de ce type. Le scénario, inspiré de l’histoire personnelle de la réalisatrice, ne prend jamais les spectateurs par la main. Chaque ellipse oblige à combler les vides, à imaginer ce qui s'est produit entre deux étés. Cette absence d’explications pesées ou surlignées donne une profondeur supplémentaire à l’ensemble. Plutôt que de livrer une analyse psychologique des personnages, le film préfère suggérer, laissant place à l’interprétation. On suit ainsi les évolutions des deux sœurs : Eva, l’aînée, vive et déterminée, qui affirme rapidement son identité et son indépendance, et Violetta, plus effacée, plus fragile, qui semble constamment en retrait, fuyant les confrontations comme les responsabilités. 

 

Vicente, leur père, est un homme qui semble perdu entre ses désirs de bien faire et ses propres failles, entre ses maladresses et ses élans de tendresse. Ce qui frappe dans In the Summers, c’est l’attention portée aux détails. Chaque scène regorge de petites choses signifiantes : une vieille piscine laissée à l’abandon, un manège déserté, un bar qui n’a rien d’un lieu pour enfants. Ces éléments, posés avec une délicatesse discrète, enrichissent l’univers du film et renforcent ce sentiment d’authenticité. La caméra, elle aussi, joue un rôle essentiel. Toujours au plus près des personnages sans jamais les étouffer, elle capte les regards, les gestes, les silences, avec une douceur qui contraste avec la dureté de certaines situations. 

 

Il se dégage de la mise en scène une forme de naturel qui donne au film son ancrage dans le réel. Vicente, campé par Residente dans un rôle qui semble taillé pour lui, est un personnage qu’il serait facile de juger, mais que le film s’efforce de montrer dans toute sa complexité. Père défaillant par moments, mais jamais totalement absent, il est cet homme qui veut bien faire sans toujours en avoir les moyens. Son rapport aux filles est maladroit, souvent décalé, mais porté par une forme d’amour indéfectible. Sa situation sociale reste floue, volontairement. On ne sait que peu de choses sur son travail, sur ses choix de vie. Ce flou nourrit l’incertitude, mais ne nuit jamais à la relation centrale du film : celle entre ce père et ses filles, qui continue d’exister malgré tout, malgré les blessures, malgré l’éloignement.

 

Là où In the Summers surprend, c’est dans sa capacité à éviter les pièges du mélodrame. Un drame survient, oui, mais il n’est pas utilisé pour manipuler les émotions. Il arrive presque en silence, comme un fait de la vie, et c’est peut-être ce qui le rend plus percutant encore. Le film ne cherche pas à tout expliquer, ni à résoudre les conflits. Il accepte la complexité des sentiments, les contradictions, les absences de réponses. Cela pourra dérouter certains spectateurs habitués aux récits plus balisés, mais c’est précisément ce qui fait la force de cette œuvre. Impossible de ne pas saluer les prestations des acteurs, notamment les enfants, souvent justes et jamais forcés. Residente, en père à la dérive, livre une performance tout en retenue, sans jamais verser dans la caricature. 

 

Les jeunes actrices qui incarnent Eva et Violetta à différentes périodes de leur vie parviennent à maintenir une cohérence émotionnelle rare dans ce type de récit sur plusieurs années. Les dialogues, eux, sonnent vrai. Ils évitent les phrases toutes faites, les grandes tirades. Les échanges sont parfois maladroits, comme dans la vie, mais c'est précisément ce qui les rend crédibles. Il y a dans la réalisation d’Alessandra Lacorazza une maturité inattendue pour un premier long-métrage. Sa manière de raconter sans appuyer, de laisser les émotions affleurer plutôt que de les imposer, témoigne d’un vrai sens du cinéma. Certes, tout n’est pas parfait. Le dernier acte, par exemple, perd un peu de la magie des premières séquences. 

 

Mais même ses faiblesses participent à cette impression d’humanité, d’imperfection, qui traverse tout le film. En moins de 90 minutes, In the Summers dresse le portrait d’une famille cabossée mais profondément humaine, dans laquelle chacun pourra sans doute retrouver un écho personnel. Ce film ne cherche pas à bouleverser par des effets spectaculaires, mais touche par ce qu'il raconte de manière simple et pudique. In the Summers ne plaira peut-être pas à ceux qui attendent des récits grandiloquents ou des arcs narratifs flamboyants. Mais pour ceux qui savent apprécier les histoires qui prennent leur temps, qui savent voir la beauté dans les détails du quotidien, ce film a beaucoup à offrir. 

 

C’est une première réalisation qui mérite d’être suivie de près. Alessandra Lacorazza livre ici une œuvre sincère, portée par une mise en scène délicate, des personnages attachants malgré leurs failles, et une manière de raconter les choses qui laisse une trace, discrète mais durable.

 

Note : 7.5/10. En bref, In the Summers est un film délicat et sincère qui, sans artifice, explore avec justesse la complexité des liens familiaux et laisse une empreinte discrète mais durable.

Sorti le 9 juillet 2025 au cinéma

 

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