Critique Ciné : Joli Joli (2024)

Critique Ciné : Joli Joli (2024)

Joli Joli // De Diastème. Avec Clara Luciani, José Garcia et William Lebghil.

 

Joli Joli, réalisé par Diastème, avait de quoi séduire sur le papier mais une fois terminé, le film dégage l’ambiance d’une bonne sieste. L'idée était pourtant séduisante : une comédie musicale aux couleurs des années 70, nourrie de références assumées à Jacques Demy, un regard décalé sur les mœurs de l'époque et une plongée dans un univers fantasmé où tout le monde peut, à tout moment, se mettre à chanter ses états d'âme. Mais une fois passée la curiosité initiale, difficile de ne pas ressentir une certaine frustration face à un film qui semble prisonnier de ses propres ambitions, et qui, malgré une bonne volonté palpable, manque cruellement d'énergie et de cohérence.

 

De Paris à Rome dans les années 70, le destin d’un écrivain fauché percute celui d’une star montante du cinéma. Leur chemin vers l’amour sera semé d’embuches, de quiproquos et rebondissements. Une comédie musicale et tourbillonnante !

 

L'action de Joli Joli se situe en 1977, au croisement du rock, du disco et des débuts du punk. Une époque marquée par des bouleversements sociaux et culturels que le film tente de capturer à travers une reconstitution volontairement kitsch : décors en carton-pâte, neige artificielle, costumes aux couleurs acidulées. Tout semble pensé pour recréer un univers de comédie musicale d’antan, où l’artificialité devient un style à part entière. Mais cette volonté de rendre hommage au cinéma musical des années 60 et 70 vire malheureusement à la carte postale figée. Les décors, au lieu de nourrir l'imaginaire, finissent par enfermer le récit dans une théâtralité pesante. L'ensemble manque d'élan, de cette légèreté nécessaire pour faire décoller les chansons et les situations. 

 

La mise en scène, trop lisse, ne parvient pas à insuffler ce supplément d’âme qui permet de passer du réalisme au rêve. L’histoire suit Elias (William Lebghil), un écrivain en panne d'inspiration, qui rencontre Léonore (Clara Luciani), star de cinéma, lors d’une nuit de Nouvel An. Une nuit d’amour les unit, mais un quiproquo les sépare aussitôt. Elias, recruté pour écrire le scénario du prochain film de Léonore, va croiser un microcosme de personnages plus ou moins fantasques, sur fond de romances contrariées et d’amours clandestines. Cette trame, plutôt mince, peine à captiver. Tout est cousu de fil blanc, depuis le triangle amoureux jusqu’au « happy end » attendu. Les dialogues manquent de piquant et les situations s’enchaînent sans véritable montée dramatique. 

 

Le film donne parfois l'impression de dérouler un cahier des charges sans jamais réussir à transcender ses influences. Chaque scène chantée semble interrompre le récit au lieu de l'enrichir, rendant l’ensemble redondant et poussif. L’un des enjeux majeurs d’une comédie musicale repose évidemment sur sa bande-son. C’est Alex Beaupain qui signe ici les chansons. Si certaines mélodies s’écoutent agréablement, aucune ne parvient réellement à s’imprimer durablement en mémoire. Pire, l’accumulation de chansons au tempo et au ton similaires alourdit considérablement le rythme du film. Plutôt que d’amener de la vitalité ou de creuser les émotions des personnages, les chansons finissent par donner le sentiment d’un enchaînement de clips sans liant narratif.

 

Ce défaut est accentué par des mises en scène de numéros musicaux très statiques. On est loin de la flamboyance chorégraphique d'un Demy ou d'un Minnelli. Ici, les comédiens semblent souvent mal à l'aise, comptant les temps avant d'entonner leur couplet, sans réelle conviction dans leur gestuelle. Le résultat manque de fluidité et donne un aspect désincarné aux scènes musicales, qui constituent pourtant le cœur du film. Dans le rôle de Léonore, Clara Luciani fait ses débuts au cinéma. Si sa voix, reconnaissable entre mille, se prête sans difficulté aux chansons, son jeu d’actrice laisse perplexe. Elle traverse le film avec une distance difficile à percer, son regard figé sous une frange opaque. Il manque à son interprétation ce grain de folie, cette capacité à vibrer, à s’abandonner, qui permet de donner vie à un personnage dans un univers aussi stylisé.

 

Face à elle, William Lebghil fait ce qu’il peut pour insuffler un peu de chaleur à ce scénario trop mécanique. Il livre une prestation sincère, mais visiblement entravée par des dialogues trop écrits et des scènes trop plates. Autour d’eux, José Garcia et Grégoire Ludig tentent d’apporter un peu de fantaisie, sans vraiment parvenir à faire décoller l’ensemble. Joli Joli revendique haut et fort ses inspirations : Jacques Demy, Michel Legrand, l’esthétique colorée des comédies musicales d’époque. Le problème est qu’il s’enferme dans cet hommage sans chercher à le réinventer. Plutôt qu’un clin d’œil ludique ou un pastiche assumé, le film semble prisonnier d’un formalisme stérile qui l'empêche de trouver son identité propre. 

 

Les thématiques abordées – la liberté amoureuse, l’homosexualité cachée, les normes sociales de la fin des années 70 – auraient pu donner de la densité à l’ensemble. Malheureusement, ces sujets ne sont qu’effleurés, jamais approfondis. La superficialité du traitement rend les personnages peu crédibles et désamorce toute tentative d'émotion véritable. A la fin du film, une question me revient : quel était le propos exact de Joli Joli ? Est-ce un simple exercice de style nostalgique ? Une réflexion sur les illusions perdues ? Une satire douce-amère des milieux artistiques ? Rien ne s’impose vraiment. À force de vouloir jouer sur plusieurs tableaux, le film finit par se diluer dans un entre-deux qui ne satisfait ni les amateurs de comédies musicales, ni ceux qui recherchent une histoire forte.

 

Certes, l'esthétique du film est travaillée. Les costumes sont soignés, certaines images plaisantes. Mais ces qualités formelles ne suffisent pas à compenser un manque de rythme flagrant. Chaque scène semble hésiter entre la parodie et le premier degré, sans jamais trancher. Ce flottement constant alourdit le visionnage et donne parfois envie de regarder sa montre. Il est toujours difficile de critiquer un film qui semble porté par des intentions sincères. Joli Joli ne manque ni d’enthousiasme ni de respect pour le genre auquel il s’attaque. Mais l'ensemble souffre d'une écriture faible et d’une mise en scène trop sage pour véritablement emporter l’adhésion. Diastème tente quelque chose d’audacieux, mais l’exécution ne suit pas. Le cinéma français continue visiblement de chercher sa grande comédie musicale contemporaine. 

 

Celle qui saura conjuguer avec finesse musique, danse et récit sans donner l’impression d’assister à un défilé de chansons plaquées sur une intrigue inconsistante. Ce n’est pas avec Joli Joli que cette quête trouvera sa fin. Pour ma part, ce film laissera surtout le souvenir d’une belle promesse non tenue. Une envie de cinéma qui, faute de souffle et de chair, reste bloquée au stade de la répétition générale. L’admirateur que je suis du cinéma de Jacques Demy est ici bafoué. Je me demande ce que ce dernier, décédé en 1990, penserait de cet héritage bas de gamme. 

 

Note : 3/10. En bref, Joli Joli ne manque ni d’enthousiasme ni de respect pour le genre auquel il s’attaque. Mais l'ensemble souffre d'une écriture faible et d’une mise en scène trop sage pour véritablement emporter l’adhésion. Sans parler du jeu d’actrice de Clara Luciani, constipé. Sa voix fonctionne mais c’est tout. 

Sorti le 25 décembre 2024 au cinéma - Disponible en VOD

 

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