Critique Ciné : Lads (2025)

Critique Ciné : Lads (2025)

Lads // De Julien Menanteau. Avec Marco Luraschi, Jeanne Balibat et Marc Barbé.

 

Plonger dans un film, c’est souvent accepter de se laisser guider vers un univers que l’on ne connaît pas. Avec Lads, Julien Menanteau choisit un décor peu exploré par le cinéma français : les coulisses des courses de chevaux et le quotidien des lads, ces petites mains de l’ombre qui rêvent, un jour, de monter sur la ligne de départ. Pour son premier long-métrage, Menanteau s’empare de ce monde à la fois rude et fascinant, avec un regard nourri par son passé de documentariste. L’expérience est honnête, imparfaite, mais ne laisse pas totalement indifférent. Dans Lads, il n’est pas question de grande épopée sportive à la sauce hollywoodienne. 

 

Ethan, 17 ans, devient apprenti-jockey dans une écurie d’obstacles, l’épreuve la plus violente du galop. Au contact des purs-sangs, il découvre le monde des courses, des paris et de l’argent. Sa passion grandit, sa frustration aussi. Courir pour gagner, mais toujours au service des autres. Bientôt il devra choisir : transgresser les règles ou sauver sa peau.

 

Le film s’ancre dans une réalité plus crue : celle des écuries, de la sueur, des frustrations et des rêves contrariés. Menanteau s’attache à rendre palpable cet univers rarement représenté au cinéma, préférant la poussière des boxes aux strass des hippodromes. Le monde des jockeys et des lads est montré dans toute sa complexité : les rivalités, la hiérarchie impitoyable, les efforts physiques et les désillusions. Une approche qui tranche avec les visions édulcorées souvent véhiculées par les fictions sportives. Au cœur du récit, Ethan, un jeune homme au passé trouble, incarne ce désir de réinvention. Fraîchement sorti de prison, sous bracelet électronique, il tente de se reconstruire en rejoignant une écurie de chevaux de course. 

 

Nettoyer les boxes, panser les chevaux, espérer qu’un jour une opportunité surgira pour passer de l’ombre à la lumière : voilà ce qui anime ce personnage cabossé, joué par Marco Luraschi. Difficile de parler de Lads sans évoquer la prestation de Marco Luraschi. Le comédien, jusqu’ici peu connu, porte littéralement le film sur ses épaules. Son jeu, tout en retenue et en intensité, capte l’attention sans jamais chercher à en faire trop. Il insuffle à Ethan une forme de fragilité brute, une tension intérieure qui résonne juste. On sent derrière ce visage fermé un passé chargé, une violence contenue, mais aussi une lueur d’espoir qui ne demande qu’à se raviver. Il faut dire que Menanteau, en bon réalisateur attentif, fait confiance au charisme de son acteur principal. La caméra s’attarde sur lui, capte chaque regard, chaque silence. 

 

Il y a dans ce choix une volonté claire : celle de laisser au comédien la place de s’exprimer sans artifice. Une réussite sur ce point. Au-delà du contexte des courses hippiques, Lads repose sur une trame assez classique : celle de la rédemption d’un jeune homme en quête d’une seconde chance. Ce fil rouge, bien que convenu, fonctionne grâce à la sincérité de la mise en scène et au souci du détail qui traverse l’ensemble du film. Le travail documentaire de Menanteau se ressent dans chaque scène : les gestes des lads, les interactions avec les chevaux, les tensions liées aux compétitions. Tout sonne authentique. Cependant, ce réalisme cohabite avec un goût pour le romanesque. On devine chez Menanteau le désir de faire de Lads plus qu’un simple portrait social. 

 

Il tente de raconter un parcours de vie, une ascension semée d’embûches. Le film cherche parfois à tutoyer une forme de grandeur émotionnelle, sans toujours y parvenir. Si Lads séduit par son univers et la qualité de son interprétation, le scénario laisse parfois sur sa faim. Certaines zones d’ombre restent trop floues pour impliquer totalement. On peine à comprendre ce qui pousse la direction de l’écurie à accorder une telle chance à Ethan. Pourquoi lui, sorti de nulle part et lesté d’un passé criminel, se voit-il confier une opportunité que tant d’autres attendent ? Ce manque d’explication fragilise l’attachement au personnage et à sa trajectoire. Le dénouement, brutal et quelque peu expédié, accentue ce sentiment d’inabouti. 

 

La relation entre Ethan et les chevaux, pourtant au cœur du récit, méritait d’être davantage approfondie. Le lien homme-animal, traité de manière touchante par moments, reste en surface. On aurait aimé voir ce rapport évoluer, se densifier, donner plus de chair au propos. Au-delà de l’histoire personnelle d’Ethan, Lads dresse un constat assez lucide sur le milieu des courses hippiques. Le film ne se contente pas de montrer les paillettes des grandes compétitions. Il évoque aussi les tricheries, le dopage, la brutalité des sélections et les destins brisés de chevaux qui ne répondent plus aux attentes. Ce regard critique, sans être moralisateur, apporte une profondeur bienvenue au récit. Menanteau aborde également la question de la précarité et de la difficulté d’ascension sociale dans des milieux ultra-compétitifs. 

 

Devenir jockey ne se résume pas à une passion pour le cheval. C’est une lutte permanente contre un système où les places sont rares, où la chute est toujours possible, au propre comme au figuré. Cet aspect du film, bien qu’esquissé, enrichit la réflexion sans jamais alourdir le rythme. Visuellement, Lads offre quelques belles séquences, notamment lors des scènes de courses ou dans les moments de complicité entre les personnages et les chevaux. Menanteau, sans chercher l’esthétisme tape-à-l’œil, parvient à créer des images qui marquent. Le choix d’une caméra au plus près des corps et des visages accentue le sentiment d’intimité avec les personnages.

 

Cependant, la mise en scène reste globalement sage. On sent que le réalisateur privilégie la justesse à l’audace. Ce choix a ses mérites, mais il empêche le film de prendre véritablement son envol. Là où un traitement plus nerveux ou plus poétique aurait pu renforcer l’impact émotionnel, Menanteau reste sur une ligne de conduite prudente. Au final, Lads est un film qui laisse une impression mitigée. Il y a une vraie sincérité dans la démarche, une envie de parler d’un milieu méconnu avec respect et précision. La performance de Marco Luraschi, indéniablement réussie, constitue le principal atout du film. Mais l’ensemble souffre d’un manque de souffle narratif et d’une certaine retenue qui empêche l’émotion de s’imposer pleinement.

 

Pour un premier long-métrage, Lads se révèle toutefois prometteur. Julien Menanteau montre un regard singulier et une capacité à créer des atmosphères authentiques. Même si tout n’est pas abouti, l’expérience mérite d’être saluée. Il reste à espérer que le réalisateur osera, dans ses prochaines œuvres, aller plus loin dans la prise de risque et l’écriture.

 

Note : 5.5/10. En bref, pour un premier long-métrage, Lads se révèle prometteur. Julien Menanteau montre un regard singulier et une capacité à créer des atmosphères authentiques. Même si tout n’est pas abouti, l’expérience mérite d’être saluée.

Sorti le 2 avril 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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