29 Juillet 2025
Magpie // De Sam Yates. Avec Daisy Ridley, Shazad Latif et Matilda Lutz.
Magpie s’inscrit dans la veine des thrillers conjugaux contemporains : tension psychologique, triangulation amoureuse, faux-semblants. Un genre bien balisé, mais toujours fertile dès lors qu’il sait ménager l’ambiguïté. Avec Magpie, Sam Yates propose un huis clos à ciel ouvert, centré sur un couple qui se fissure lentement sous le poids de la frustration, du silence et de la suspicion. L’intrigue se joue dans une maison de campagne moderne, presque trop parfaite pour ne pas sentir la menace. Ben, écrivain anglo-pakistanais en panne d’inspiration, partage ce cocon glacé avec sa femme Annette, ex-éditrice restée à la maison après la naissance de leur deuxième enfant. Si le confort matériel est au rendez-vous, la tendresse, elle, semble avoir déserté les lieux.
Le quotidien d'un couple est bouleversée quand leur fille est engagée pour donner la réplique à une grande star.
Le déséquilibre dans leur relation est posé très tôt : elle rumine en silence ce qu’elle a sacrifié ; lui semble traîner dans les pièces avec une indifférence polie, presque condescendante. Le déclencheur vient de leur fille aînée, Matilda, choisie pour jouer dans un film en costume. Ben, qui l’accompagne chaque jour sur le plateau, y croise Alicia Romano, star glamour et mystérieuse. Les regards échangés laissent peu de place au doute. Le trouble s’installe, puis s’installe Annette dans le rôle de l’épouse reléguée, qui sent glisser la réalité sous ses pieds. La trajectoire du film suit un canevas classique : un mari tenté par l’échappée romantique, une épouse qui s’enferme dans le soupçon, et une tierce figure idéalisée qui cristallise les tensions du couple. Mais ici, ce schéma peine à se renouveler.
Les enjeux sont connus, les rouages perceptibles assez tôt. Tout semble évoluer dans une ligne droite narrative, avec une seule véritable bifurcation dans le dernier quart d’heure. C’est là que le film tente un retournement de situation censé réinjecter du trouble. L’intention est louable, et l’effet fonctionne en partie. Mais cette pirouette finale laisse aussi l’impression d’avoir été trop attendue pour réellement surprendre. Elle donne surtout à repenser rétroactivement les scènes précédentes, parfois au prix de la cohérence des personnages. L’un des obstacles de Magpie réside dans la difficulté à s’attacher à ses protagonistes. Ben, malgré sa posture de père concerné, laisse transparaître un ennui latent qui finit par teinter toutes ses actions. Il n’est ni odieux, ni particulièrement fragile — juste terne.
Sa dérive vers Alicia n’a rien de flamboyant ; elle semble presque motivée par l’habitude ou le vide plus que par une passion soudaine. Alicia, de son côté, reste volontairement opaque. Glamourisée sans être approfondie, elle sert davantage de catalyseur au drame que de personnage à part entière. Quant à Annette, son glissement progressif vers la paranoïa (ou la lucidité, selon le point de vue) est interprété avec intensité par Daisy Ridley, mais là encore, le film peine à décider s’il veut la placer en victime, en coupable ou en stratège. Cette indécision n’est pas un défaut en soi. L’ambiguïté morale peut être un atout, surtout dans ce type de récit. Mais ici, elle semble moins travaillée que subie, comme si le scénario hésitait à aller au bout de ses intentions.
La mise en place du film est lente, presque laborieuse. Les scènes domestiques s’enchaînent avec une volonté de réalisme, mais peinent à faire naître une véritable tension dramatique. Le quotidien du couple est dépeint avec minutie, mais sans nerf. Il faut attendre près d’une heure pour que le récit se resserre et que le climat bascule vers le thriller psychologique. À ce titre, la dernière demi-heure fonctionne mieux. Les regards deviennent plus pesants, les silences plus chargés, les gestes plus ambigus. C’est dans ce tempo plus resserré que Magpie trouve enfin un ton qui lui est propre. Dommage que ce rythme n’ait pas infusé plus tôt. Visuellement, le film adopte une approche léchée, presque publicitaire. La maison, les costumes, les cadrages : tout est impeccable. Mais cette propreté visuelle finit par accentuer le côté clinique de l’ensemble.
L’esthétique appuie le propos — la froideur des rapports humains derrière les apparences — mais renforce aussi l’impression de distance. On observe les personnages comme à travers une vitre. La musique, parfois intrusive, peine à trouver sa place. Certains choix de musique semblent vouloir compenser l’absence de tension dramatique par un excès d’intensité sonore. Ce décalage entre image et son crée un effet de désynchronisation qui n’apporte pas toujours au récit. Sous son intrigue de triangle amoureux, Magpie tente de dire quelque chose sur les rôles de genre au sein du couple moderne. Annette, femme mise en retrait, porte la charge mentale et émotionnelle du foyer. Ben, lui, continue à se définir par sa créativité — en crise, certes — mais encore valorisée socialement. Le film n’appuie pas lourdement ce propos, mais il affleure dans de nombreuses scènes.
La gestion de la parentalité est aussi au cœur du récit : qui s’occupe des enfants, qui se libère du temps, qui sacrifie quoi. Ce sont des thèmes intéressants, parfois suggérés plus que creusés. Le scénario effleure, mais ne tranche jamais. Magpie s’installe dans un genre connu avec des outils bien maîtrisés, mais manque de mordant. La proposition visuelle est solide, les comédiens sont engagés — en particulier Daisy Ridley — et le final apporte une forme de résolution. Mais cette résolution arrive tard, après un long parcours peu engageant. Le film laisse une impression d'inachevé : de bonnes intentions, quelques idées, mais un traitement trop sage.
Il ne s’agit pas d’un mauvais film, mais d’un film qui reste en surface, là où il aurait pu plonger plus profondément dans la psychologie de ses personnages et la complexité du lien conjugal. Une expérience correcte, mais sans éclat. Pour ceux qui aiment les récits conjugaux sous tension, Magpie se laisse regarder — à condition de ne pas en attendre plus que ce qu’il offre.
Note : 5/10. En bref, il ne s’agit pas d’un mauvais film, mais d’un film qui reste en surface, là où il aurait pu plonger plus profondément dans la psychologie de ses personnages et la complexité du lien conjugal. Magpie se laisse regarder — à condition de ne pas en attendre plus que ce qu’il offre.
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