2 Juillet 2025
Mamie-Sitting // De Darren Thornton. Avec James McArdle, Fionnula Flanagan et Anne Nolan.
Il y a dans Mamie-Sitting un désordre feutré, une comédie de situations qui hésite constamment entre légèreté narrative et ambitions plus profondes. Réalisé par Darren Thornton, ce film irlandais adapte librement Le Déjeuner du 15 août de Gianni Di Gregorio, tout en transposant l’action dans une Dublin contemporaine. Le résultat est une œuvre hybride, parfois drôle, souvent touchante, mais qui peine à équilibrer ses multiples pistes. Le point de départ est limpide : Edward, romancier quadragénaire (interprété avec justesse par James McArdle), doit partir en tournée de promotion aux États-Unis. Son éditeur en attend beaucoup.
À Dublin, Edward, un romancier introverti au grand cœur, touche enfin du doigt le succès. Mais alors qu’une prestigieuse tournée promotionnelle se profile, il doit s’occuper, le temps d’un week-end, de quatre femmes âgées hautes en couleur – dont sa propre mère. Entre situations improbables et révélations émouvantes, cette cohabitation imprévue pourrait bien changer leur vie.
Le problème, c’est qu’Edward s’occupe de sa mère Alma (Fionnula Flanagan), fragilisée par un AVC. Alors qu’il cherche un compromis pour pouvoir s’absenter, trois de ses amis, eux aussi gays et sur le départ pour un voyage à la Pride de Gran Canaria, lui confient leurs propres mères. En un claquement de porte, le voilà propulsé dans un quotidien que personne ne lui a demandé d’assumer : celui de gardien involontaire d’une mini-colonie de retraitées, toutes plus exigeantes les unes que les autres. Sur le papier, la promesse d’un huis clos multigénérationnel et interpersonnel avait de quoi séduire. Pourtant, Mamie-Sitting peine à faire de ses personnages secondaires autre chose que des silhouettes comiques. Les quatre mères, bien que jouées par des actrices émérites – notamment Dearbhla Molloy, Stella McCusker et Paddy Glynn – restent souvent cantonnées à leur archétype initial.
L'une est religieuse, l’autre sarcastique, une troisième douce mais autoritaire… Ces traits dominent la narration au point d’en freiner toute évolution réelle. Les scènes entre elles existent, mais trop épisodiques pour que s’en dégage une dynamique réellement marquante. C’est dommage, car quelques moments isolés laissent entrevoir ce que le film aurait pu être. Une sortie nocturne en pub, un karaoké impromptu, des silences partagés autour d’un thé : autant de bribes d’intimité qui, si elles avaient été mieux exploitées, auraient pu faire vibrer une corde plus authentique. Le film semble hésiter à donner de l’espace à ces personnages féminins, pourtant au cœur du dispositif. La force du film repose davantage sur le parcours intérieur d’Edward, personnage aussi fatigué que lucide.
Tiraillé entre sa carrière et son devoir filial, il traverse le récit comme un homme en suspens, toujours en train de céder un peu de lui-même pour maintenir une paix sociale incertaine. Son ancienne relation avec Raf, l’infirmier de sa mère, ajoute une couche émotionnelle, jamais envahissante mais suffisamment présente pour éclairer la solitude affective d’un personnage trop occupé à gérer les autres pour prendre soin de lui-même. Le traitement de son homosexualité est abordé avec sobriété. Dans une Irlande post-référendum, où les mères semblent parfois plus à l’aise avec l’homosexualité de leurs fils que les fils eux-mêmes, le film effleure des enjeux identitaires sans les surligner.
Il aurait été tentant d’exploiter cette thématique à des fins dramatiques ou politiques ; Thornton préfère en faire une toile de fond, un état de fait qui structure les relations sans les définir entièrement. Le film aborde aussi, de manière intermittente, la question du vieillissement. Les quatre femmes ne sont pas que des “mamies” à garder : elles incarnent une génération, des histoires de vie, des formes de résistance. Pourtant, ce potentiel narratif reste sous-exploité. Les dialogues, lorsqu’ils abordent la dépendance, la solitude ou la perte d’autonomie, le font trop brièvement pour laisser une trace durable. Le film semble hésiter entre comédie de moeurs et chronique douce-amère, sans jamais choisir pleinement l’un ou l’autre registre. L’absence de véritable fil conducteur dramatique rend l’ensemble un peu plat.
La tension dramatique – Edward va-t-il partir en tournée ? – n’est qu’un prétexte, jamais un enjeu réellement urgent. La mise en scène, très classique, ne vient pas pallier ce manque d’intensité. Elle accompagne le récit sans jamais l’élever. Cela dit, Mamie-Sitting ne manque pas de charme par endroits. Le ton est globalement bienveillant, l’humour discret mais parfois percutant, notamment dans les dialogues où une forme de sarcasme typiquement irlandais fait mouche. Certaines scènes absurdes – comme celle où Edward dort dans sa voiture, incapable de supporter les caprices de ses invitées – rappellent que le comique de situation peut fonctionner, à condition de ne pas tomber dans le systématisme. La musique, en revanche, laisse peu de souvenirs.
Un habillage sonore fonctionnel, presque transparent, qui peine à soutenir l’émotion ou à créer une atmosphère particulière. Ce détail aurait pu être négligeable si le reste du film était plus affirmé visuellement ou narrativement. Mamie-Sitting propose une réflexion sur la charge mentale, la famille choisie, la place des aînés et le sacrifice personnel, mais tout cela reste à l’état d’ébauche. Le film préfère suggérer plutôt que démontrer, ce qui pourrait être une qualité… s’il n’en résultait pas une impression d’inabouti. Ce n’est pas une comédie hilarante, ni un drame poignant : juste un film modeste, qui fait sourire, parfois attendrir, mais qui laisse peu d’écho une fois le générique terminé.
Note : 5.5/10. En bref, le long-métrage de Darren Thornton aurait gagné à explorer davantage ses personnages féminins, à assumer une tonalité plus franche et à prendre des risques narratifs. Il n’en reste pas moins un regard humain sur une situation à la fois banale et absurde, porté par une performance convaincante de James McArdle.
Sorti le 2 juillet 2025 au cinéma
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