7 Juillet 2025
Prosper // De Yohann Gloaguen. Avec Jean-Pascal Zadi, Cindy Bruna et Mamadou Minté.
Dans le flot continu des sorties cinématographiques françaises, Prosper avait de quoi piquer la curiosité. Premier long-métrage de Yohann Gloaguen, le film promettait un mélange inattendu de thriller, de comédie et de fantastique, avec pour toile de fond la sapologie, ce mouvement stylistique venu du Congo qui fait rimer élégance avec extravagance. Sur le papier, cette proposition avait du potentiel. Au final, le constat est moins flatteur. Le point de départ de Prosper est à la fois absurde et prometteur : un chauffeur VTC, looser sympathique, récupère un passager mourant, se débarrasse de son corps… mais garde sa paire de bottines en croco. Magiques, évidemment.
Prosper, chauffeur Uber à côté de ses pompes, prend comme passager un homme mourant qui vient de se faire tirer dessus. Paniqué, Prosper se débarrasse du cadavre tout en lui volant sa paire de bottines en croco. En les portant, Prosper se retrouve habité par l'esprit de l'homme assassiné : King - un gangster respecté et craint de tous. Partagé entre ces deux personnalités que tout oppose, Prosper et King, unis dans un seul corps, enquêtent pour démasquer l'assassin de King.
À partir de là, le héros bascule dans une existence parallèle, enfilant la peau d’un caïd respecté dans les cercles nocturnes de la capitale. Une sorte de Jekyll & Hyde version blaxploitation urbaine. Malheureusement, la mécanique ne prend pas. Le film passe un temps considérable à expliquer son concept à des personnages qui peinent à exister, plutôt que de s'amuser avec les possibilités de situations comiques et de rebondissements qu'offre pourtant le postulat. La double identité du héros aurait pu donner lieu à une série de quiproquos savoureux. Au lieu de ça, le récit se traîne, embourbé dans un montage déséquilibré et un rythme erratique.
Il faut le dire : Jean-Pascal Zadi est l’un des rares points d’ancrage de Prosper. Habitué aux rôles où il joue avec son propre image, il incarne ici avec conviction deux facettes d’un même homme : le Prosper d’origine, un type paumé mais attachant, et sa version transformée, confiante, élégante, presque intouchable. Il y a du plaisir dans son jeu, une énergie qui rappelle ses performances dans Tout simplement noir. Mais cette fois, il semble isolé au milieu d’un film qui ne sait pas trop ce qu’il veut raconter. Les autres personnages, pourtant nombreux, peinent à exister. Le film s’alourdit rapidement d’une galerie de rôles secondaires dont l’utilité est parfois floue. King, Alpha, Anissa, la mère, l’ex, l’amant… Chaque nouvelle apparition brouille un peu plus la ligne narrative. Résultat : l’intrigue se disperse et l’intérêt s’effrite.
Le choix d’entrelacer fantastique, thriller et comédie aurait pu fonctionner si un ton clair avait été assumé. Mais Prosper reste constamment dans l’entre-deux. Pas assez drôle pour fonctionner comme une comédie, pas assez tendu pour embarquer comme un polar, et trop timide dans son usage du fantastique pour vraiment intriguer. Quelques dialogues bien sentis arrivent à décrocher un sourire, mais l’ensemble reste en surface. L’univers de la sapologie, pourtant riche en esthétique et en énergie, est effleuré sans être véritablement intégré à la narration. Ce qui devait être un décor original devient un simple prétexte visuel. Le film prend bien soin de filmer les costumes clinquants, les postures élégantes, les jeux de pouvoir autour du paraître… mais sans jamais en tirer un propos, une tension ou même une blague qui tienne.
C’est frustrant, car cet univers a une vraie force symbolique, capable d’ancrer un récit dans des enjeux identitaires forts. Ici, il est réduit à un vernis. Côté mise en scène, rien de honteux, mais rien de mémorable non plus. Yohann Gloaguen filme de manière fonctionnelle. Les scènes s’enchaînent sans éclat, certaines traînent en longueur, d’autres tombent à plat. Le film manque d’idées visuelles marquantes. Même les rares séquences d’action ou de confrontation sont filmées avec une retenue qui ne sert ni la tension ni le comique. Les effets spéciaux liés aux fameuses bottines magiques sont minimaux, presque anecdotiques. Le réalisme est privilégié, mais il aurait peut-être mieux valu assumer une esthétique plus poussée, plus pop, pour compenser la faiblesse du récit.
L’univers nocturne parisien, pourtant cinégénique, reste ici sous-exploité. Ce qui frappe surtout à la fin de Prosper, c’est cette impression persistante de gâchis. L’idée de départ n’était pas mauvaise. Le choix de s’appuyer sur un acteur aussi identifiable que Zadi pouvait être judicieux. Et le monde de la sapologie offrait une singularité visuelle et culturelle rare dans le cinéma français. Pourtant, tout cela semble avoir été posé là sans conviction, comme s’il suffisait d’avoir une bonne idée pour faire un bon film. À plusieurs reprises, le film frôle la possibilité d’être quelque chose d’autre : un vrai conte social, une satire sur le paraître, un hommage aux comédies fantastiques des années 90. Mais il n’embrasse jamais vraiment aucune de ces pistes. Il reste en périphérie de ce qu’il pourrait être.
Prosper aurait pu marquer une étape originale dans le paysage du cinéma français contemporain, en mêlant humour, culture afro-parisienne et récit initiatique dans un emballage fantastique. Ce qu’il offre, finalement, c’est un objet hybride, mal défini, porté à bout de bras par Jean-Pascal Zadi, mais incapable de susciter l’adhésion. Il reste quelques scènes sympathiques, quelques dialogues bien trouvés, et une vraie curiosité autour de la sape qui mériterait d’être explorée dans d’autres œuvres, mieux écrites, mieux construites. Pour un premier essai, Prosper laisse une impression de brouillon, d’occasion manquée. Il y avait de la matière, il manque l’âme.
Note : 2/10. En bref, Prosper aurait pu marquer une étape originale dans le paysage du cinéma français contemporain, en mêlant humour, culture afro-parisienne et récit initiatique dans un emballage fantastique. Ce qu’il offre, finalement, c’est un objet hybride, mal défini, porté à bout de bras par Jean-Pascal Zadi, mais incapable de susciter l’adhésion.
Sorti le 19 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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