Critique Ciné : Riverboom (2024)

Critique Ciné : Riverboom (2024)

Riverboom // De Claude Baechtold. Avec Claude Baechtold, Paolo Woods et Serge Michel. 

 

Je ne savais pas à quoi m'attendre en allant voir Riverboom. Un documentaire tourné il y a vingt ans, perdu, puis retrouvé par hasard. Trois types qui partent en Afghanistan un an après le 11 septembre, avec une caméra pourrie et une fausse carte de presse. J’y allais sans attentes, j’en ressors secoué et étonnamment léger. Parce que ce film n’a rien d’un reportage de guerre classique. Pas de voix off solennelle, pas d’images choc pour nous culpabiliser. On suit juste trois Suisses qui traversent un pays en guerre avec un mélange de naïveté, d’humour et de folie douce. Ils n’ont jamais fait ça, ils ne savent pas vraiment ce qu’ils cherchent, mais ils y vont. Et contre toute attente, ça fonctionne.

 

Afghanistan, 2002. Trois jeunes reporters montent dans une voiture pour un périple qui va changer leur vie à tout jamais. Serge, un journaliste moraliste et bourreau de travail, Paolo, un photographe aussi jovial qu’inconscient, et Claude, un typographe suisse froussard qui s’improvise cinéaste.

 

Claude Baechtold, le réalisateur, n’avait jamais tenu une caméra avant ce voyage. Il en achète une à Kaboul, à l’arrache. Il se démerde avec ce qu’il a. C’est filmé n’importe comment, le son est mauvais, les plans tremblent. Et pourtant, c’est ce qui fait toute la force du film. On sent que rien n’est fabriqué. C’est brut. C’est sincère. Avec ses deux potes journalistes, ils prennent la route, direction l’ouest de l’Afghanistan, en évitant les Talibans et les mines. Sur le papier, c’est flippant. Dans les faits, c’est surtout absurde. Ils se retrouvent face à des chefs de guerre lunaires, des gamins armés jusqu’aux dents, des villages dévastés où la vie continue malgré tout. Et au milieu de ça, eux, trois gars qui ne savent pas vraiment ce qu’ils foutent là.

 

Ça pourrait être sinistre, mais ils arrivent à garder un humour constant, presque idiot, comme un réflexe de survie. Et moi, dans la salle, je me suis surpris à rire, là où d’habitude je serais resté glacé. C’est ce qui m’a le plus marqué : leur capacité à prendre les choses avec distance, à ne jamais se poser en héros ou en donneurs de leçons. Ils savent qu’ils sont ridicules, qu’ils ne contrôlent rien, et ils l’assument. Ce ton léger n’efface pas la dureté de ce qu’ils traversent, mais il permet de le rendre supportable. Je pense que si le film m’a autant parlé, c’est parce qu’il ressemble plus à une aventure humaine qu’à un documentaire « sérieux ». C’est un voyage, pas un cours magistral. 

 

On sent la peur, le doute, les moments de tension, mais aussi la curiosité, la beauté des paysages, les rencontres improbables. C’est ça qui reste : la vie au milieu du chaos. On est loin des images habituelles qu’on nous sert à la télé. Pas de soldats, pas d’explosions, pas de discours géopolitiques. Juste un pays qui essaye de survivre, comme il peut, après des décennies de guerre. À un moment, il y a même une petite animation pour résumer l’histoire récente de l’Afghanistan. C’est fait en deux minutes, avec des dessins simples. C’est intelligent, accessible. Pas besoin d’en faire des tonnes pour comprendre que tout ça n’a pas de solution facile. Et surtout, ce qui frappe, c’est que vingt ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Le film a beau avoir été tourné en 2002, il reste d’une actualité criante. 

 

La guerre, les promesses de paix, les trahisons… tout est toujours là. Et pourtant, il y a encore des gens qui rient, qui avancent, qui espèrent. Riverboom, c’est un peu le film qu’on ne s’attend pas à aimer. C’est mal filmé, ça part dans tous les sens, ce n’est pas « pro ». Mais c’est justement ce bordel qui le rend authentique. On a l’impression de partir avec eux, de vivre leur galère en direct. Il y a des moments où j’ai eu peur pour eux, d’autres où j’ai vraiment ri. Et surtout, j’ai eu ce sentiment rare au cinéma : celui de voir quelque chose de vrai, sans pose ni mise en scène. Juste trois potes au milieu d’un pays cassé qui essaient de comprendre ce qu’ils foutent là. A la fin, je me suis dit que c’était peut-être ça la meilleure façon de parler de la guerre : sans grands discours, sans larmes forcées, juste en montrant les choses telles qu’elles sont. Et en gardant, malgré tout, la capacité de sourire.

 

Note : 7.5/10. En bref, Riverboom, c’est un peu le film qu’on ne s’attend pas à aimer. C’est mal filmé, ça part dans tous les sens, ce n’est pas « pro ». Mais c’est justement ce bordel qui le rend authentique.

Sorti le 25 septembre 2024 au cinéma - Disponible en VOD et sur myCanal

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