10 Juillet 2025
Superman // De James Gunn. Avec David Corenswet, Rachel Brosnahan, Nathan Fillion et Nicholas Hoult.
L’arrivée de James Gunn à la tête du nouvel univers cinématographique DC avait de quoi intriguer. Connu pour son humour décalé et sa capacité à insuffler de la personnalité à des figures parfois secondaires des comics (les Gardiens de la Galaxie, The Suicide Squad), Gunn s’attaque cette fois à un monument : Superman. Et plus qu’un simple film, ce Superman version 2025 marque la première pierre du DC Universe (DCU) en pleine refondation. Un film attendu, espéré, et qui, pour ma part, me laisse un goût doux-amer. Comme beaucoup, j’avais placé de nombreux espoirs dans ce nouveau départ pour le plus iconique des super-héros (d’autant plus que c’est mon super-héros préféré avec Spiderman).
Superman se retrouve impliqué dans des conflits aux quatre coins de la planète et ses interventions en faveur de l’humanité commencent à susciter le doute. Percevant sa vulnérabilité, Lex Luthor, milliardaire de la tech et manipulateur de génie, en profite pour tenter de se débarrasser définitivement de Superman. Lois Lane, l’intrépide journaliste du Daily Planet, pourra-t-elle, avec le soutien des autres méta-humains de Metropolis et le fidèle compagnon à quatre pattes de Superman, empêcher Luthor de mener à bien son redoutable plan ?
Superman, ce n’est pas qu’un justicier parmi d’autres, c’est un symbole universel de justice, d’espoir et d’humanité. De ce point de vue, je m’attendais à un film capable de me faire vibrer, de me surprendre, de m’émouvoir. Malheureusement, cette fameuse claque, je ne l’ai pas eue. Le film de James Gunn est un divertissement correct, solidement réalisé, mais il manque d’âme. La première chose qui saute aux yeux en sortant de la salle, c’est cette impression de déséquilibre constant. Superman hésite en permanence entre plusieurs tonalités sans parvenir à en choisir une. D’un côté, Gunn déploie un univers visuellement coloré, rétro-futuriste, qui respecte indéniablement les codes des comics. De l’autre, il enchaîne des scènes d’action effrénées et des moments de comédie qui, trop souvent, tombent à plat.
Le résultat est un film qui divertit sans vraiment passionner. Il faut reconnaître à James Gunn un véritable talent pour créer des mondes foisonnants. Dès les premières minutes, on est immergé dans un Metropolis qui respire la bande dessinée : des couleurs vives, une photographie chaude et une direction artistique soignée. L’univers regorge de références aux comics, de la Forteresse de Solitude aux multiples héros secondaires qui gravitent autour de Superman. Ce foisonnement visuel et narratif offre une belle densité au film. Cependant, ce choix se fait au détriment de l’essentiel : Clark Kent lui-même. Jamais je ne suis parvenu à vraiment m’attacher à ce Superman, pourtant interprété avec sincérité par David Corenswet.
L’acteur incarne un Kal-El touchant, mais le scénario ne lui laisse que trop peu d’espace pour exister pleinement. Les enjeux personnels du personnage sont constamment relégués au second plan derrière une galerie de héros secondaires, de méchants hauts en couleur et de scènes d’action survitaminées. En multipliant les sous-intrigues et les personnages – Mister Terrific, Hawkgirl, Green Lantern, Metamorpho… – le film se transforme en véritable catalogue du futur DCU. Mais à force d’introduire trop de monde, il finit par perdre son fil narratif principal. J’aurais préféré un film plus centré, plus intimiste, qui prenne le temps de nous faire ressentir la solitude de Superman, ses doutes, sa quête d’identité dans un monde qui ne lui ressemble pas.
Si je devais retenir un point fort du film, ce serait sans hésitation l’interprétation de Lex Luthor par Nicholas Hoult. Le comédien trouve le parfait équilibre entre arrogance, intelligence et machiavélisme. Chaque scène où il apparaît donne de la substance au récit. Hoult parvient à faire de Luthor un adversaire crédible, aussi captivant qu’inquiétant, sans jamais tomber dans la caricature. Luthor est sans conteste le personnage le mieux écrit du film. Là où Superman semble parfois effacé au milieu de ce tourbillon narratif, Lex Luthor impose sa présence avec une facilité déconcertante. Il devient même, paradoxalement, le véritable moteur du récit, là où Kal-El peine à imposer sa propre voix. James Gunn a toujours eu un goût prononcé pour l’humour.
Mais là où cela fonctionnait dans Les Gardiens de la Galaxie ou même dans The Suicide Squad, le dosage pose ici problème. L’humour, souvent forcé, vient désamorcer des scènes qui auraient mérité plus de gravité. Des situations qui devraient être tendues ou émouvantes se retrouvent systématiquement interrompues par une blague maladroite ou une remarque légère. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles je n’ai jamais ressenti de véritable émotion durant le film. Les moments d’introspection sont rares et, lorsqu’ils apparaissent, ils sont aussitôt balayés par un gag ou une séquence burlesque. Même les séquences les plus dramatiques manquent d’impact, faute de nous avoir permis de vraiment nous connecter aux personnages en amont.
Superman est un héros de l’émotion, de la compassion, de la symbolique forte. Et c’est précisément ce qui manque cruellement ici. Là où un Man of Steel de Zack Snyder, malgré ses défauts, parvenait à insuffler une dimension mythologique et tragique au personnage, ce « Superman » version Gunn reste désespérément en surface. Sur le plan de l’action, difficile de reprocher au film de ne pas en offrir. Les scènes de combat sont nombreuses, explosives, et James Gunn s’amuse visiblement avec les possibilités offertes par les super-pouvoirs de son héros. Les affrontements aériens sont dynamiques, les effets spéciaux souvent réussis, même si certaines séquences affichent des faiblesses techniques par moments.
Cependant, à force de vouloir trop en montrer, l’action devient vite répétitive. Là encore, le film aurait gagné à faire preuve de retenue, à privilégier quelques séquences marquantes plutôt qu’un enchaînement presque mécanique de scènes spectaculaires. La lisibilité des combats, bien que correcte, ne suffit pas à compenser l’absence de tension dramatique réelle. David Corenswet livre une prestation honnête dans le rôle-titre. Il possède indéniablement le physique, la prestance et la douceur nécessaire pour incarner Superman. Malheureusement, le scénario ne lui donne jamais vraiment l’occasion de briller. Le film passe tellement de temps à poser les bases du futur univers DC que le héros se retrouve relégué au second plan.
Rachel Brosnahan en Lois Lane s’en sort bien également. Son personnage, vif et intrépide, fonctionne et offre une certaine alchimie avec Clark Kent. Néanmoins, là aussi, j’aurais aimé que leur relation soit davantage approfondie au lieu de n’être qu’effleurée. Quant aux autres membres du casting, ils font le travail sans éclat particulier. Edi Gathegi (Mister Terrific), Nathan Fillion (Green Lantern) ou encore Isabela Merced (Hawkgirl) apparaissent sans que l’on ait réellement le temps de s’attacher à eux. Une impression de survol constant, qui donne à l’ensemble un caractère impersonnel. La musique est un autre point qui m’a laissé sur ma faim. John Murphy et David Fleming livrent une partition correcte, qui soutient efficacement les scènes d’action, mais qui manque cruellement de thèmes marquants.
Le célèbre thème de John Williams fait une brève apparition, mais en dehors de cela, la bande-son reste assez générique. Dans un film de ce type, où l’iconographie joue un rôle central, une musique mémorable aurait pu renforcer l’impact émotionnel. Or, ici, l’accompagnement sonore passe presque inaperçu, sans parvenir à insuffler l’épique ou le lyrisme qu’on attend d’un Superman. Le film aborde pourtant des thématiques intéressantes : l’exil, l’identité, la justice, l’effet dévastateur des réseaux sociaux sur l’opinion publique… Des sujets qui auraient pu donner une profondeur bienvenue à l’ensemble. Mais là encore, tout semble survolé. Les enjeux géopolitiques, par exemple, sont introduits sans jamais être vraiment explorés.
De même, le rapport de Superman à l’humanité est esquissé sans trouver de véritable résolution.
Cette superficialité nuit au film, qui donne l’impression de cocher des cases sans jamais aller au bout de ses idées. Un comble pour un héros aussi symbolique que Superman, dont la raison d’être réside justement dans cette quête d’appartenance et de sens. En définitive, Superman de James Gunn est un film qui laisse mitigé. Il a pour lui une direction artistique travaillée, un Lex Luthor charismatique, et une générosité indéniable en matière d’action et de spectacle. Mais il souffre d’un manque d’émotion, d’un humour mal dosé, d’une narration trop dispersée et d’un héros qui peine à exister.
La volonté de James Gunn de poser les bases d’un nouvel univers est compréhensible, mais elle se fait au détriment de ce qui aurait dû être l’essence du film : un portrait fort, sincère et touchant de Superman. Ce choix de privilégier l’univers à son personnage principal donne un résultat bancal, qui risque de diviser le public. Il ne s’agit pas ici de réclamer une copie conforme des versions passées, ni d’exiger une noirceur systématique. Mais j’aurais aimé ressentir quelque chose de plus vrai, de plus incarné. Superman mérite d’être plus qu’un simple pion dans un jeu d’échecs cinématographique. Malgré ses nombreuses faiblesses, je ne peux pas dire que ce Superman soit un mauvais film. C’est un divertissement honnête, qui offre quelques bons moments et pose des bases qui pourraient, à l’avenir, donner naissance à de meilleures choses.
Mais pour réussir, le DCU devra apprendre de ses erreurs : ralentir le rythme, approfondir ses personnages, et surtout, redonner à ses héros la place qu’ils méritent. Car au final, un univers partagé ne tient pas seulement sur des effets spéciaux ou des clins d’œil aux comics. Il repose sur des histoires et des personnages capables de toucher, d’émouvoir, de nous donner envie d’y croire. Et c’est ce supplément d’âme qui manque cruellement à ce Superman.
Note : 6.5/10. En bref, un divertissement honnête, qui offre quelques bons moments et pose des bases qui pourraient, à l’avenir, donner naissance à de meilleures choses. Mais pour réussir, le DCU devra apprendre de ses erreurs : ralentir le rythme, approfondir ses personnages, et surtout, redonner à ses héros la place qu’ils méritent.
Sorti le 9 juillet 2025 au cinéma
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