Critique Ciné : War of the Worlds (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : War of the Worlds (2025, Amazon Prime Video)

War of the Worlds (2025) // De Rich Lee. Avec Ice Cube, Eva Longoria, Michael O’Neill et Olivia DeLaurentis.

 

War of the Worlds (2025), sorti en catimini sur Prime Video, est un OVNI et je me demande vraiment pourquoi il a été produit (enfin, j’ai une petite et mauvaise idée). D’abord annoncé comme une relecture contemporaine du classique de H. G. Wells, ce long-métrage signé Rich Lee n’a pas eu droit à une véritable sortie en salles — un détail qui, avec le recul, ne surprend guère. Entre un casting improbable, une intrigue numérique poussive et un placement de produit aussi subtil qu’une attaque extraterrestre, War of the Worlds semble s’être donné pour mission de repousser les limites du mauvais goût, tout en se drapant dans une ambition pseudo-techno-thriller dont le potentiel s’évapore à chaque scène.

 

Une invasion colossale arrive avec cette nouvelle adaptation du roman légendaire du même nom. La célèbre actrice Eva Longoria est rejointe par le rappeur et acteur emblématique Ice Cube, ainsi que Michael O’Neill et Iman Benson, pour une aventure palpitante hors du commun, empreinte de thèmes contemporains tels que la technologie, la surveillance et la vie privée.

 

Dans cette version 2025, les envahisseurs ne débarquent plus à bord de tripodes géants mais sous la forme d'une intelligence extraterrestre alimentée par nos données numériques. L’idée aurait pu être pertinente dans un monde saturé par la surveillance et l’hyperconnectivité. Malheureusement, elle ne trouve jamais un traitement digne de ce nom. Le personnage principal, Will Radford, est incarné par un Ice Cube totalement à contre-emploi. Analyste pour le Department of Homeland Security, veuf reclus et père distant, il passe le plus clair de son temps à scruter des écrans, à zapper entre appels Zoom et interfaces de surveillance, et à balancer des punchlines dignes d’un sketch involontaire. La subtilité émotionnelle n’est visiblement pas au rendez-vous. 

 

Même lorsqu’il s’adresse à ses enfants — Faith, une brillante scientifique enceinte, et Dave, un gamer conspirationniste — le ton reste le même : une forme d’agacement permanent qui rend chaque interaction absurde. Rich Lee, connu jusqu’ici pour ses clips musicaux, peine à faire de ce projet un film de cinéma. La mise en scène, bâtie sur le modèle du screenlife (toute l’action passe par des écrans), devient vite étouffante. Le dispositif, déjà vu dans des films comme Searching ou Unfriended, pourrait créer une tension originale. Ici, il ne sert qu’à accumuler des fenêtres de navigateur et des manipulations informatiques sans enjeu. Le spectateur se retrouve à suivre des clics, des partages d’écran et des lignes de code prononcées à voix haute — “Je reroute son téléphone via notre satellite !” — comme si cela suffisait à créer du suspense. 

 

L’ensemble manque de rythme, de clarté, et surtout d’une direction artistique capable de transcender son concept. L’écriture du film n’aide en rien. Dès les premières minutes, les dialogues trahissent une écriture mécanique, peu concernée par la vraisemblance ou la cohérence. Chaque personnage fonctionne sur une logique binaire : le bon flic, la scientifique ignorée, le fils rebelle, l’ennemi invisible. Le tout est saupoudré d’un soupçon de conspiration (le projet “Goliath”, censé incarner les dérives du data-mining), mais sans jamais approfondir les enjeux. Même les catastrophes naturelles censées annoncer l’invasion manquent d’ampleur. Le film préfère rester collé à ses écrans plutôt que de montrer le chaos. Le monde s’effondre, mais le point de vue reste celui d’un fonctionnaire enfermé dans un bureau, se battant avec un clavier et un débit internet douteux. 

 

Parmi les seconds rôles, Eva Longoria incarne une scientifique de la NASA — identifiée dans le téléphone de Will comme “Sandra NASA”, pour éviter toute ambiguïté. C’est dire le niveau d’écriture. Son rôle se limite à alerter sur des signaux inquiétants… que personne n’écoute. Elle apparaît, disparaît, revient brièvement. Son utilité dans l’intrigue est quasi nulle, sinon celle de valider les actions du héros à distance. Mais ce qui finit par cristalliser l’absurdité de l’ensemble, c’est l’utilisation outrageuse de placements de produits, avec en tête de gondole : Amazon. Le film flirte souvent avec le ridicule, mais franchit franchement la ligne lorsqu’un personnage sauve une situation critique grâce à une commande Prime livrée par drone. 

 

Mention spéciale au personnage de Mark, petit ami de Faith et livreur Amazon, dont les compétences semblent sortir tout droit d’une brochure commerciale. Ce qui frappe le plus dans War of the Worlds, au-delà de ses ratés techniques ou narratifs, c’est l’absence totale de cœur. Le film se contente d’enfiler ses séquences sans jamais donner l’impression qu’il a quelque chose à dire. Même les tentatives d’émotion — le deuil de Will, les tensions familiales, la peur face à l’inconnu — tombent à plat. On rit parfois, mais rarement pour les bonnes raisons. Ice Cube, censé incarner la gravité d’un père en guerre contre des forces inhumaines, semble coincé dans un rôle parodique. Il paraît toujours à deux doigts d’envoyer promener son propre personnage. 

 

Les enjeux sont censés être planétaires, mais l’attachement aux personnages reste nul. Et sans lien émotionnel, le spectacle s’effondre. La manière dont le film a été distribué en dit probablement plus que toutes les critiques réunies. Initialement prévu pour les salles, War of the Worlds (2025) a été relégué directement sur Prime Video, sans bande-annonce marquante, sans campagne marketing, sans ambition réelle. Une décision qui ressemble à un aveu. Il est difficile d’imaginer qu’un studio ait cru au potentiel du film, au-delà de son concept accrocheur sur le papier. Dans un monde où les relectures de classiques se multiplient, ce War of the Worlds n’apporte rien de neuf, ni sur le fond ni sur la forme. H. G. Wells méritait mieux. Le public aussi.

 

War of the Worlds (2025) n’est ni un hommage ni une relecture pertinente. C’est un produit mal déguisé, qui tente de parler de l’invasion de la vie privée tout en glorifiant une entreprise qui la menace. Le comble du cynisme. Si quelques idées surnagent — l’invasion de données, l’idée de guerre numérique — elles sont rapidement étouffées par la lourdeur de l’exécution et la vacuité du propos. Un film qui aurait pu être audacieux, mais qui s’enlise dans une caricature de thriller technologique, vidé de toute substance. Un spectacle froid, maladroit et profondément oubliable.

 

Note : 0/10. En bref, on tient ici le PIRE film de l’année 2025.

Sorti le 30 juillet 2025 directement sur Amazon Prime Video

 

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A
Complètement débile
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C
Je artage entierement cet avis apres avoir "visionné" apres 30 min en zappant certains passages
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D
Jeff Bezos s'est fait un kiff en produisant un film "publicitaire" pour Prime. Dingue de payer Prime pour regarder des films publicitaires 😂