18 Juillet 2025
Smoke // Saison 1. Episode 5. Size Matters.
Après plusieurs épisodes en dents de scie, Smoke tente un recentrage narratif dans son cinquième épisode. L’histoire semble prendre conscience de ses excès passés et chercher un équilibre plus crédible. Les maladresses de l’épisode précédent laissaient présager une chute incontrôlable ; au lieu de cela, la série redonne un peu d’épaisseur à ses personnages et repositionne ses enjeux avec plus de retenue. Le ton de cet épisode, intitulé « Size Matters », marque une rupture bienvenue, sans pour autant faire table rase de tout ce qui l’a précédé. Le trouble demeure, mais il est mieux distribué. L’absurde se fait discret, au profit d’un malaise plus diffus. Cela n’efface pas le désastre de l’épisode 4, mais cette transition plus maîtrisée offre au spectateur une nouvelle possibilité de s’impliquer.
Dave occupe ici l’essentiel de l’espace. Ce n’est pas nouveau, mais cette fois, la série parvient à lui redonner un semblant d’humanité. Fini le clown grotesque des épisodes précédents : ses déviances sont toujours là, mais elles s’intègrent mieux à sa trajectoire. La conférence d’investigateurs à laquelle il participe lui offre une scène qu’il connaît par cœur : celle du spectacle. Le discours enflammé sur le « chaos du feu » revient, identique à celui qu’il donnait dans l’épisode précédent. Mais cette fois, quelqu’un ose le contredire. Une femme, dans l’assistance, l’interpelle ouvertement sur son inefficacité : deux incendiaires toujours en liberté dans son secteur, aucun progrès tangible, une façade vide de contenu.
/image%2F1199205%2F20250718%2Fob_2ad453_vlcsnap-2025-07-18-13h02m54s400.png)
C’est un moment intéressant, car il déstabilise Dave sans qu’il perde immédiatement la face. Mais l’atteinte à son ego, elle, s’installe. Ce détail sera lourd de conséquences, jusque dans sa vie privée. L’épisode le montre dans un bar, séducteur face à une femme plus âgée. Tout semble suggérer un adultère en devenir, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il ne s’agit pas d’une inconnue. Cette femme, Reba, n’est autre que son ex-femme. Ce jeu de rôle sexuel qu’ils entretiennent à l’abri des regards s’inscrit dans une logique de fuite commune, une façon pour chacun d’eux de donner forme à une relation restée toxique. La scène devient plus amère lorsqu’on découvre que Dave n’arrive pas à aller au bout.
L’humiliation publique à la conférence hante encore son esprit, rappelant que sous l’assurance de façade se cache un homme rongé par un besoin de contrôle qu’il n’arrive plus à exercer. Alors que Dave quitte la conférence pour rejoindre une nouvelle scène de crime — un incendie ayant causé la mort d’un couple dans un quartier aisé —, un plan bref le montre passer devant une supérette en flammes. Un sourire discret traverse son visage. Ce moment est volontairement ambigu : est-ce l’adrénaline qui parle, ou une forme de satisfaction plus sombre liée à ses obsessions ? La question reste en suspens, d’autant plus que la scène suivante coupe court à toute spéculation : Dave est percuté violemment par un camion à une intersection. La brutalité du choc interrompt la narration au bon moment.
/image%2F1199205%2F20250718%2Fob_4adbc3_vlcsnap-2025-07-18-13h07m36s570.png)
Impossible de savoir dans quel état on le retrouvera. Ce n’est probablement pas une sortie de route définitive, mais elle a le mérite de remettre en jeu une dynamique devenue trop centrée sur lui. Michelle est moins présente dans cet épisode, ce qui tranche avec l’épisode 3 où elle portait à elle seule l’élan dramatique. Ici, son rôle est plus discret, mais pas passif. Elle poursuit ses recherches en marge, concentrée sur un nom revenu plusieurs fois : Ezra Esposito, ancien collègue de Dave, disparu du radar après une mise à l’écart trouble. La manière dont elle le retrouve est expéditive, mais le personnage mérite qu’on s’y attarde. Ezra est devenu vidéaste, ou quelque chose d’approchant. Il vit dans un mobil-home, noie son amertume dans l’alcool et ne cache pas son mépris pour Dave.
Mais au-delà de la colère, il y a surtout une douleur vive. Lors d’une séquence marquante, il montre à Michelle une vidéo filmée des années plus tôt, documentant une forme d’initiation imposée par Dave. On y voit Ezra incendier une remorque qu’il croyait vide, alors qu’elle contenait des animaux. Cette scène, même si elle n’est vue qu’à travers les yeux d’Ezra, suffit à comprendre l’emprise que Dave pouvait exercer sur ses collègues. Michelle, pragmatique, ne saute pas immédiatement aux conclusions. Elle reconnaît que l’intuition n’est pas une preuve, mais chaque élément qui s’ajoute rend sa certitude plus solide. L’aspect le plus dérangeant reste sans doute le manuscrit de Dave, transmis par son fils. On y découvre un double fictionnel qui conquiert une certaine Michelle Calderone dans un arc romantique problématique.
/image%2F1199205%2F20250718%2Fob_924747_vlcsnap-2025-07-18-13h55m52s910.png)
Le malaise de Michelle est palpable, et les extraits qu’elle écoute deviennent une source de tension silencieuse. Le roman agit comme un révélateur inconscient : une confession masquée sous la fiction. Pendant ce temps, Freddy est relégué à des scènes brèves et fonctionnelles. Il prépare un nouvel incendie, apprend qu’il n’a pas eu la promotion qu’il espérait, et s’achète un nouveau contenant pour remplacer celui qui a fui. C’est peu, surtout pour un personnage qui avait jusqu’ici une trajectoire parallèle prometteuse. Il est dommage que la série lui consacre si peu d’espace à ce moment critique, alors qu’il s’apprête à franchir un nouveau cap. L’un des détails qui revient est l’utilisation d’étiquettes pour oiseaux dans les sacs noirs contenant les jerricanes, un dispositif mis en place par Michelle dans l’épisode 4.
L’un des sacs de Freddy risque donc d’être traçable. Cela pourrait relancer la tension, mais le traitement reste mécanique. La série semble savoir qu’il faut faire avancer l’intrigue, sans prendre le temps de réinvestir le personnage. L’intérêt de cet épisode réside dans sa volonté de resserrer les lignes narratives. La série semble avoir compris que l’accumulation ne crée pas la tension, mais la dilue. Ici, chaque scène est plus lisible, les intentions des personnages mieux définies. Cela ne gomme pas les incohérences passées, mais permet d’envisager la suite avec un peu plus de clarté. Le fait de faire exister Dave dans différents contextes — devant ses collègues, face à ses proches, ou dans un rapport plus intime avec Reba — permet de mieux cerner ses failles.
/image%2F1199205%2F20250718%2Fob_975208_vlcsnap-2025-07-18-13h06m07s695.png)
Ce n’est plus seulement un homme instable, mais un individu profondément fragmenté. Sa posture de séducteur cache une peur constante d’être démasqué. Son enthousiasme face aux incendies, mêlé à une libido capricieuse, révèle une spirale où excitation et frustration s’alimentent mutuellement. L’introduction d’Ezra permet aussi d’apporter un contrepoint salutaire. Là où Dave se met en scène, Ezra expose sa chute sans fard. Les deux hommes ont été collègues, peut-être amis. Le fossé qui les sépare aujourd’hui ne fait que souligner les abus passés. Ezra n’est pas un héros, mais un témoin brisé. Et Michelle, qui cherche encore des preuves tangibles, trouve en lui un allié involontaire, mais essentiel.
Ce qui rend Ezra intéressant, c’est sa lucidité. Il sait que sa parole a peu de poids. Il sait aussi que Dave est habile, protégé, et capable de manipuler. Mais il continue de parler, de montrer, d’alerter. C’est ce rôle de veilleur que la série aurait intérêt à développer davantage. Avec cet épisode, la série atteint un point charnière. La trajectoire initiale — traquer un pyromane à l’aide d’un duo complémentaire — a laissé place à une intrigue plus trouble, où les frontières entre victime, enquêteur et coupable sont brouillées. Ce flou peut être une force, à condition de ne pas retomber dans les excès caricaturaux du passé. Le renversement final, avec l’accident de Dave, crée un vrai suspense. Le fait qu’il disparaisse momentanément de la scène pourrait permettre aux autres personnages d’exister davantage.
/image%2F1199205%2F20250718%2Fob_032880_vlcsnap-2025-07-18-13h54m22s108.png)
Freddy, en particulier, mérite une exploration plus fine. Son parcours est moins spectaculaire que celui de Dave, mais plus humain. Il est le reflet d’une violence sociale plus insidieuse, celle qui pousse à l’isolement, au ressentiment, et finalement à l’action. L’épisode 5 de Smoke représente un effort de recentrage qui n’est pas parfait, mais qui tombe au bon moment. Après une dérive incontrôlée dans l’épisode précédent, la série se donne une chance de regagner en cohérence. Les personnages reprennent de l’épaisseur, les dialogues sont plus resserrés, et l’ambiguïté est mieux dosée.
Il reste encore du chemin à parcourir pour construire un récit véritablement solide. L’oubli temporaire de Freddy, le traitement parfois mécanique des révélations, ou encore la gestion rapide de certaines transitions montrent que la série reste fragile. Mais elle a cessé de s’éparpiller, et c’est déjà un progrès. La suite dépendra de la capacité à équilibrer les tensions entre ses différents foyers : celui du feu bien sûr, mais surtout ceux de l’ego, de la mémoire, et du désir de justice. En ce sens, Smoke retrouve un souffle qu’on croyait perdu.
Note : 6/10. En bref, l’épisode 5 de Smoke représente un effort de recentrage qui n’est pas parfait, mais qui tombe au bon moment. Après une dérive incontrôlée dans l’épisode précédent, la série se donne une chance de regagner en cohérence.
Disponible sur Apple TV+
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog