11 Juillet 2025
Smoke // Saison 1. Episode 4. Strawberry.
La série Smoke poursuit sa route avec son quatrième épisode, intitulé « Strawberry », et change une nouvelle fois de ton. Ce qui s’annonçait comme une série sombre centrée sur la traque méthodique d’un pyromane prend ici une tournure étrange, oscillant entre drame familial, satire maladroite et portrait caricatural de ses personnages. L’évolution de Dave, déjà entamée dans les épisodes précédents, prend une ampleur qui ne laisse plus beaucoup de place au doute : quelque chose cloche sérieusement dans la structure même du récit. L’épisode débute dans une ambiance plus légère : Dave anime une session de formation pour de nouveaux pompiers. Michelle est présente, discrète, observant son collègue avec une certaine distance.
Cette scène qui aurait pu servir à établir un peu plus l’univers professionnel dans lequel les personnages évoluent devient rapidement le prétexte à un changement de ton dans l’écriture. Le regard de Michelle semble pointer vers une inquiétude plus profonde. Ce n’est pas Dave, l’instructeur charismatique, qui retient son attention, mais bien les non-dits qu’il transporte. Ce moment met en lumière un problème qui revient tout au long de l’épisode : la série semble hésiter entre l’introspection et la caricature. Au lieu de développer subtilement les failles de ses personnages, elle semble décidée à tout exposer d’un coup, quitte à sacrifier la cohérence psychologique en route.
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Michelle, de son côté, continue sa quête pour identifier celui qu’on surnomme « Milk Jug », ce personnage mystérieux qui transporte de l’essence dans des contenants de lait, cachés dans des sacs noirs. Son idée du jour ? Utiliser des étiquettes pour oiseaux à l’intérieur de ces sacs, afin de pouvoir les tracer jusqu’aux commerces qui les ont distribués. Une méthode artisanale, certes, mais qui reste logique dans l’univers de la série. Ce qui est curieux, c’est que cette piste, qui aurait pu relancer l’enquête, devient rapidement secondaire. La dynamique entre Michelle et Dave prend le dessus, avec des moments où l’on peine à croire à leur collaboration. Entre confidences alcoolisées et tensions sexuelles à peine voilées, leur relation devient floue.
La série tente d’installer une ambiguïté, mais le ton maladroit rend ces moments plus gênants que captivants. L’épisode cherche à explorer les racines du comportement de Dave. Il confie à Michelle une histoire familiale douloureuse : sa mère aurait disparu lorsqu’il avait quinze ans, avant qu’il n’apprenne plus tard qu’elle avait refait sa vie avec un enseignant de 27 ans. Plutôt que de se confronter à ce passé, Dave préfère imaginer qu’elle est morte quelque part, ce qui en dit long sur son mécanisme d’évitement émotionnel. Cette confession, en soi, pourrait permettre de comprendre une part de sa personnalité. Mais elle arrive à un moment où la série semble déjà l’avoir basculé du côté obscur, sans véritable nuance.
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Ce n’est plus un homme blessé, c’est un personnage presque grotesque, dont les dérapages sexuels et les négligences familiales rendent difficile toute empathie. Pendant ce temps, la situation à la maison se dégrade. Ashley, la compagne de Dave, commence à perdre patience. Leur fils, Emmett, devient le symbole du déséquilibre : il est oublié à l’école, et c’est Michelle qui finit par le ramener chez lui. Cette négligence de Dave relance les tensions au sein du couple. Le moment où Ashley explose, après avoir appris que Dave a oublié d’aller chercher son fils, est l’un des rares instants sincères de l’épisode. Elle déchire littéralement son manuscrit, remettant en question ses choix de vie, son implication dans leur foyer, et même ses prétentions littéraires.
La scène sonne juste, mais semble isolée dans un épisode qui, par ailleurs, multiplie les exagérations. Si Dave occupe beaucoup d’espace, Freddy continue de rôder en marge, de manière plus inquiétante. Rejeté dans sa vie professionnelle, méprisé dans ses relations sociales, il s’enfonce dans un isolement malsain. L’épisode le montre en train de se raser la tête, les sourcils et la moustache, comme pour effacer toute trace de lui-même. Ce geste n’est pas anodin. Il cherche à devenir invisible, à disparaître aux yeux du monde. Mais dans l’intimité de sa cachette, il s’affaire à préparer ses bombes artisanales, alignant les contenants de lait remplis d’essence. Cette mise en scène discrète mais menaçante tranche avec le chaos émotionnel que provoque Dave, et c’est peut-être là que la série parvient le mieux à transmettre une tension réelle.
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Michelle découvre également une autre piste : Ezra, un ancien collègue de Dave, dont il n’existe plus aucune trace administrative. La disparition d’un agent, couverte par une sorte d’accord légal, intrigue Michelle. Surtout lorsqu’elle apprend qu’Ezra avait, à l’époque, soupçonné Dave d’être un incendiaire. Le silence autour d’Ezra est révélateur. Il suggère que Dave a une capacité à manipuler les événements et à effacer les traces compromettantes. Cette facette plus insidieuse du personnage aurait pu être explorée avec finesse, mais encore une fois, la série préfère aller droit au but. La confrontation entre Michelle et Harvey autour de cette affaire laisse entrevoir un réseau de secrets bien plus dense qu’il n’y paraît.
L’un des moments les plus déroutants survient à la fin de l’épisode. Dave, dans un supermarché, croise une femme qui semble fascinée par lui. S’ensuit une séquence étrange, dans un lieu aux allures de donjon, où Dave joue à un jeu sexuel trouble mêlant feu, fraises, et domination. Ce passage, qui semble tout droit sorti d’un fantasme ou d’un rêve éveillé, marque un tournant. Il ne s’agit plus simplement d’un homme abîmé ou ambivalent. La série choisit de le représenter comme un personnage animé par des pulsions pyromanes sexuelles, presque comme une caricature. Ce choix, au-delà de sa bizarrerie, change complètement la perception du personnage.
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Ce quatrième épisode pose une vraie question : dans quelle direction va Smoke ? Le déséquilibre entre les intrigues, le contraste entre les personnages et les scènes déconnectées les unes des autres créent un flou artistique qui empêche toute immersion. Même les éléments qui fonctionnaient auparavant — la relation entre Michelle et son frère, les tensions autour de leur mère — sont relégués au second plan. La série semble vouloir tout dire en même temps : critique sociale, portrait psychologique, suspense policier, satire du monde professionnel… Mais en multipliant les pistes, elle dilue sa force. L’un des écueils majeurs de cet épisode réside dans la crédibilité de ses personnages. Dave, notamment, passe d’un professionnel tourmenté à un méchant de bande dessinée en quelques scènes.
Ses lunettes factices, son manuscrit ridicule, ses jeux sexuels… Tout concourt à en faire un personnage dont il est difficile de croire qu’il ait pu rester discret aussi longtemps. Même Michelle, pourtant présentée comme rigoureuse et méthodique, commence à perdre de sa solidité. Sa tolérance face à certaines activités illégales, son indulgence envers Benji, sa complicité ambiguë avec Dave... Autant d’éléments qui affaiblissent son positionnement initial. Malgré tout, il reste des zones d’ombre qui mériteraient d’être explorées : la trajectoire de Freddy, les véritables motivations de Dave, la disparition d’Ezra… Mais encore faudrait-il que la série choisisse une direction claire. Si l’objectif était de faire basculer le récit dans quelque chose de plus outrancier ou expérimental, il aurait fallu le faire progressivement.
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Ici, le contraste entre les épisodes précédents et celui-ci est si brutal qu’il casse la dynamique installée. Cela laisse une impression de précipitation, comme si les scénaristes avaient décidé d’accélérer une révélation sans en préparer le terrain. L’épisode 4 de Smoke laisse une impression mitigée. Il tente d’approfondir ses personnages, mais le fait de manière trop abrupte pour convaincre. Le personnage de Dave, qui aurait pu rester ambigu, est transformé en figure grotesque. Michelle, jusqu’alors pilier du récit, vacille. Et l’ensemble perd en cohérence. La série a encore la possibilité de se redresser, mais elle devra choisir entre la construction lente d’un suspense psychologique et l’excès caricatural qui la guette. En l’état, cet épisode marque un virage risqué — et pas nécessairement maîtrisé.
Note : 4/10. En bref, le déséquilibre entre les intrigues, le contraste entre les personnages et les scènes déconnectées les unes des autres créent un flou artistique qui empêche toute immersion. Même les éléments qui fonctionnaient auparavant sont relégués au second plan. La série semble vouloir tout dire en même temps mais en multipliant les pistes, elle dilue sa force.
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