28 Juin 2025
Smoke, la nouvelle création disponible sur Apple TV+, donne ce sentiment dans ses deux premiers épisodes de démarrer une série avec une impression de déjà-vu, un rythme poussif, un traitement convenu. Une sorte d’enquête policière sur fond de pyromanie, avec un duo d’investigateurs, des suspects isolés et quelques flashbacks obscurs. Au premier abord, rien de bien marquant. Et pourtant, quelque chose s’est produit. Un déclic tardif, mais suffisamment fort pour donner envie de poursuivre l’aventure. Loin d’être un simple thriller sur des incendies criminels, Smoke joue avec la perception, et surtout, avec les attentes du spectateur. Une approche risquée, surtout lorsqu’il faut convaincre dès les premières minutes.
Deux enquêteurs collaborent pour retrouver deux pyromanes en série.
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Mais c’est justement là que la série prend son pari : avancer masquée, semer les pistes, pour mieux rebattre les cartes au moment opportun. La série s’ouvre sur une ambiance sombre, presque figée. Dave Gudsen, interprété par Taron Egerton, occupe le rôle d’enquêteur spécialisé en incendies. Un homme à l’apparence posée, ancien pompier reconverti après une intervention traumatique. Son quotidien se partage entre sa vie de famille – une épouse bienveillante, un fils qu’il tente d’apprivoiser – et une série d’enquêtes liées à des incendies récurrents et particulièrement inquiétants. À ses côtés, Michelle Calderone, une détective au parcours chahuté, tout juste réintégrée à une affaire sensible. Son arrivée dans l’équipe est à la fois une sanction déguisée et une tentative de relance professionnelle.
Ce duo hétérogène prend en charge deux dossiers de pyromanie distincts : l’un concerne des feux déclenchés dans des lieux publics très fréquentés ; l’autre, des incendies visant directement des habitations. Deux pistes, deux profils de criminels, deux rythmes narratifs qui s’entremêlent sans réelle synergie au départ. Il faut le dire : les premières scènes, comme une bonne partie du premier épisode, laissent perplexe. L’écriture paraît appuyée, parfois même caricaturale. Dave, en particulier, semble enfermé dans une posture rigide. On découvre rapidement qu’il écrit un roman, inspiré de ses propres expériences. Certains extraits de ce récit apparaissent en voix off, ce qui crée un effet curieux : difficile de savoir si la série se moque de cette fiction dans la fiction ou si elle tente une mise en abîme maladroite.
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Ce procédé, à la fois satirique et maladroit, finit par rendre la progression narrative assez brouillonne. Le risque est réel de décrocher rapidement, tant la mise en place tarde à installer une tension crédible. Mais c’est précisément en tenant bon que la véritable proposition de Smoke commence à se révéler. Il faut patienter jusqu’à la fin du deuxième épisode pour que le décor prenne enfin un sens inattendu. Un basculement narratif vient redéfinir tout ce que l’on croyait savoir sur les personnages, et surtout sur Dave. Ce dernier, jusque-là présenté comme un homme marqué mais intègre, se dévoile sous un autre jour. Un indice, à la toute fin, bouleverse la perception de l’enquête.
Ce renversement modifie profondément la lecture de l’intrigue. Non seulement il redonne un souffle nouveau à l’ensemble, mais il offre aussi une relecture immédiate des scènes précédentes. Un procédé risqué, car il suppose que le spectateur ait tenu jusque-là sans voir venir la manœuvre. Mais une fois le piège refermé, il devient difficile de ne pas être intrigué par ce que la série peut encore réserver. À la lumière de cette révélation, le portrait de Dave se complexifie. Ce n’est plus seulement un homme qui porte les séquelles d’un traumatisme professionnel. C’est aussi quelqu’un dont les motivations profondes semblent bien plus troubles. Le personnage, jusque-là relativement effacé, gagne en densité.
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Les gestes anodins deviennent soudain lourds de sens. Certaines hésitations, certains regards, prennent une autre valeur. Il devient clair que le passé de Dave n’a pas seulement façonné son rapport au feu ; il l’a peut-être aussi mené à une forme de duplicité. Son quotidien familial, qu’on pensait stable, montre des failles discrètes mais bien réelles. Sa relation avec Emmett, le fils de sa compagne, n’est pas fluide. Il y a des tensions sous-jacentes, des silences révélateurs. Ces détails, disséminés sans insistance, prennent une résonance plus forte après le twist. Si Dave capte l’essentiel de l’attention, Michelle Calderone reste, pour l’instant, plus en retrait. Son passé personnel est évoqué par bribes : une mère en détention, une relation toxique avec un supérieur, un parcours professionnel heurté.
Des éléments qui ne sont pas encore pleinement exploités, mais qui laissent entrevoir un potentiel de développement intéressant. Son duo avec Dave n’a pas encore trouvé son équilibre, ce qui est probablement voulu. Une tension latente s’installe entre eux, mêlant méfiance, respect et quelque chose d’un peu plus trouble. Ce lien pourrait bien évoluer, surtout dans le contexte des révélations à venir. À ce stade, Michelle semble à la fois observatrice et future clé de voûte de l’intrigue. Parallèlement, la série introduit un autre personnage : Freddy Fasano. Un homme discret, presque effacé, employé dans un fast-food. Sa solitude est palpable, son quotidien d’une grande banalité. Et pourtant, son profil intrigue. Il correspond à certains éléments des enquêtes, sans jamais être désigné explicitement comme responsable.
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Sa relation naissante avec Brenda, une coiffeuse avenante, apporte une touche inattendue à l’ensemble. Freddy devient alors une figure ambivalente : à la fois victime d’un isolement social et potentiel auteur d’actes graves. Là encore, la série joue avec la frontière entre vulnérabilité et dangerosité. Rien n’est tranché, et c’est ce flou qui maintient l’intérêt. Ce qui frappe, rétrospectivement, c’est la manière dont les deux intrigues semblent se répondre sans jamais se croiser frontalement. D’un côté, un homme comme Dave, inséré dans le tissu social, reconnu pour ses compétences, père de famille. De l’autre, Freddy, marginal, discret, sans attache apparente.
Pourtant, chacun représente une facette du même malaise : une relation au feu qui va au-delà de la fascination, une manière de s’exprimer dans la destruction. La série n’oppose pas seulement deux suspects ; elle confronte deux figures du désespoir. L’un est dans le contrôle apparent, l’autre dans l’effacement. Mais les deux traduisent une forme de perte de repères. C’est dans ce parallèle que Smoke trouve son propos le plus fort, sans avoir besoin de le surligner. Il faut accepter que la série prenne son temps. Ce choix ne conviendra pas à tout le monde. Certains pourront trouver la mise en place trop longue, voire décousue. Mais c’est dans cette lenteur que la tension se construit. Il ne s’agit pas ici d’un thriller haletant, mais plutôt d’une dérive progressive vers la perte de contrôle.
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Les dialogues, souvent simples, laissent la place à des regards, à des silences, à des gestes anodins qui prennent une autre portée dans la durée. Ce choix de mise en scène peut déranger, mais il est cohérent avec le sujet traité. Le feu, dans Smoke, n’est pas seulement une menace physique. Il est aussi une métaphore : de la colère, de la solitude, du besoin de reconnaissance. Les deux premiers épisodes de Smoke peuvent donner l’impression d’une série mal équilibrée. Trop lente, trop bavarde, avec une intrigue qui semble s’enliser. Pourtant, la dernière scène du deuxième épisode vient balayer ces doutes et relancer l’intérêt. Le changement de perspective oblige à réinterpréter ce qui précède, et ouvre la voie à une saison potentiellement riche en rebondissements.
Ce type de construction ne conviendra pas à tous les publics. Il faut un certain investissement, une patience qui n’est pas toujours récompensée immédiatement. Mais pour ceux qui acceptent de franchir ce seuil, la suite promet un jeu de pistes complexe, une exploration psychologique fine, et peut-être, une réflexion plus large sur ce qui pousse certains à tout brûler – parfois littéralement, parfois symboliquement.
Note : 7/10. En bref, les deux premiers épisodes de Smoke peuvent donner l’impression d’une série mal équilibrée. Pourtant, la dernière scène du deuxième épisode vient balayer ces doutes et relancer l’intérêt. Le changement de perspective oblige à réinterpréter ce qui précède, et ouvre la voie à une saison potentiellement riche en rebondissements.
Disponible sur Apple TV+
Apple a déjà renouvelé Smoke pour une saison 2. Dennis Lehane, le créateur, veut que sa série dure 3 saisons.
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