Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 8.

Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 8.

And Just Like That… // Saison 3. Episode 8. Happily Ever After.

 

La saison 3 de And Just Like That... aborde un virage inattendu avec un épisode à la tonalité plus légère, plus décousue, et volontairement absurde par moments. Ce n’est pas un reproche. Il est rare que cette série s’autorise à sortir de ses cycles introspectifs pour explorer des situations franchement loufoques, voire presque cartoonesques. Et pourtant, cela tombe à point nommé. Après plusieurs épisodes où les enjeux émotionnels s'accumulaient, cette parenthèse offre un souffle inattendu. Mais sous cette légèreté, des tensions latentes persistent. 

 

Entre tentations, mensonges, silences gênants et vertige physique ou émotionnel, ce huitième épisode semble poser une question en filigrane : et si la recherche du bonheur ne passait plus par de grandes décisions, mais par la capacité à gérer les petites dissonances du quotidien ? Carrie reçoit une visite impromptue : Aidan débarque, officiellement parce qu’il a du temps libre. Son fils Wyatt a choisi de vivre exclusivement avec sa mère, et lui se retrouve isolé, entre deux mondes. Le ton est posé rapidement : cette relation, pourtant relancée avec soin, commence à montrer ses fissures. Rien de spectaculaire, mais ce sont les micro-frustrations qui s’installent. Aidan évoque la situation après un moment d’intimité, et Carrie, elle, pense déjà à son rendez-vous littéraire avec Duncan.

Ce décalage est révélateur. Aidan semble chercher du soutien émotionnel, Carrie, elle, pense à ses priorités professionnelles. Il la laisse partir, en théorie, mais son langage corporel, son ton traînant, ses soupirs trahissent autre chose. Une demande implicite d’attention. Le déséquilibre est subtil, mais réel. Ce n’est pas une rupture annoncée, mais une accumulation de signes qui suggèrent une fatigue partagée. Le duo donne l’impression de forcer une dynamique qui ne s’impose plus naturellement. Pendant que Carrie essaie de jongler entre un compagnon qui doute et un collaborateur de plus en plus présent, Charlotte organise le vernissage d’une nouvelle exposition dans sa galerie. 

 

C’est l’un des rares épisodes où son cadre professionnel est autant mis en avant, et cela permet de la voir dans un rôle différent : celui d’une femme active, attentive à ses artistes, mais aussi vulnérable. Son mari, Harry, est absent — en convalescence après une opération, victime d’un souci médical que la série choisit de traiter avec humour. Charlotte, en bonne organisatrice, maintient le cap malgré un vertige persistant. Ce symptôme revient à plusieurs reprises, à la fois comme élément comique et comme signal. Il n’est pas seulement physique : il traduit une perte de repères. L’exposition en elle-même traite du bonheur, mais sous un angle brut. L’œuvre centrale met en scène une femme nue allongée dans un lit en désordre, entourée de restes de nourriture, de sous-vêtements et... d’un préservatif rempli selon des consignes très précises. 

Charlotte s’efforce de respecter la volonté de l’artiste, malgré un malaise évident. L’œuvre provoque autant qu’elle questionne. Elle renvoie à une époque désinhibée — selon Charlotte — mais qui ne semble pas correspondre à son propre passé. Le contraste entre son souvenir idéalisé et la réalité de l’installation révèle une forme de décalage générationnel. Le point de bascule survient quand elle assiste à une scène qui la perturbe profondément : Miranda, supposément sobre, semble hésiter à replonger dans l’alcool. Charlotte tente d’intervenir, vacille, et s’effondre... en plein milieu de l’œuvre. Une chute aussi littérale que symbolique. L’image de Charlotte, étendue sur un lit souillé d’art conceptuel, dit beaucoup de la confusion qui l’envahit.

 

Miranda, justement, traverse un moment de flou. En couple avec Joy, une femme qui aime le vin et ne connaît pas l’historique complet de son addiction, elle commence à reconsidérer son engagement envers la sobriété. Lorsqu’elle évoque l’idée d’avoir peut-être “trop corrigé” le tir en s’abstenant totalement, cela ressemble davantage à une justification qu’à une prise de conscience. Cette hésitation n’est pas anodine. Elle interroge sur les limites qu’on s’impose à soi-même, et sur ce qu’on est prêt à re-négocier pour préserver une relation. Les signaux sont flous. Miranda tente de maintenir une forme d’honnêteté, mais semble chercher une faille dans son propre système pour pouvoir céder à une envie refoulée.

L’intervention de Charlotte, bien que maladroite, agit comme un électrochoc. Ce n’est pas une leçon de morale, mais une réaction instinctive, presque viscérale. L’amitié s’exprime ici dans la tentative de retenir l’autre au bord d’une rechute. Le comique de situation ne masque pas l’inconfort sous-jacent. Parallèlement à ces trajectoires chargées d’ambiguïtés, Lisa expérimente un trouble d’un autre genre. Engagée dans un projet documentaire, elle développe une complicité croissante avec Marion, son éditeur. L’attraction est palpable, mais rien n’est formalisé. Lisa invente même un terme pour qualifier ce qu’elle ressent : le flirking, soit flirter au travail. Une trouvaille ironique qu’elle utilise pour maquiller son agitation intérieure.

 

La série joue ici sur l’ambiguïté des signaux. Marion est charmeur, sans être explicite. Les interactions peuvent être interprétées dans un sens ou dans l’autre. Lisa, elle, oscille entre excitation et culpabilité. Son mari reste présent, affectueux, maladroit parfois, mais clairement investi. Et pourtant, c’est dans la présence de Marion qu’elle se sent électrisée. Un simple contact de genoux dans une salle obscure suffit à la faire fuir. Elle invoque un besoin urgent de seltzer pour ses enfants, une excuse absurde mais révélatrice de sa panique émotionnelle. L’épisode parvient à montrer ce déséquilibre intérieur avec finesse, mêlant burlesque et tension contenue. Lorsque Marion l’appelle plus tard, c’est uniquement pour parler du projet. Aucun sous-entendu, aucun glissement. 

Cela ne calme pas forcément les choses, car le désir, lui, reste entier. Et la frontière entre projection et réalité devient encore plus difficile à tracer. Ce qui frappe dans cet épisode, c’est le décalage entre l’apparente légèreté du ton et les tensions sous-jacentes. La galerie d’art, avec ses œuvres décalées, sert de décor à une série de confrontations intimes. Le corps devient un terrain d’expression : celui qui souffre (Harry), celui qui chute (Charlotte), celui qui hésite (Lisa), celui qui désire (Marion). Les relations ne sont jamais figées. Elles évoluent, parfois dans le silence, parfois dans le tumulte. Aucune des intrigues ne propose de dénouement clair. Carrie et Aidan semblent en sursis, Miranda vacille, Lisa fantasme. Charlotte, quant à elle, subit son propre corps qui lâche, alors même qu’elle tente de tout maîtriser.

 

Cette multiplicité de récits, chacun ancré dans une forme de flottement, renforce l’impression que l’équilibre ne tient plus qu’à un fil. Mais ce fil, aussi ténu soit-il, reste le lien entre ces femmes. Chacune tente de préserver une version du bonheur, même si cela implique de réinventer ses repères ou de reconnaître ses faiblesses. L’épisode 8 de la saison 3 d’And Just Like That... réussit un drôle d’exercice : donner l’impression de ne pas dire grand-chose tout en mettant en mouvement plusieurs basculements intérieurs. Ce n’est pas une étape charnière dans les arcs narratifs principaux, mais une respiration utile.

La légèreté sert ici de camouflage. Derrière les jeux de mots, les scènes absurdes et les malaises comiques, une question persiste : à quoi ressemble encore le bonheur quand toutes les versions précédentes ont échoué ou déçu ? Il ne s’agit plus d’atteindre un idéal, mais peut-être simplement d’apprendre à naviguer les contradictions du présent. Accepter de ne pas savoir, de douter, de désirer sans agir. De vivre avec l’incertitude.

 

Note : 8/10. En bref, l’épisode 8 de la saison 3 d’And Just Like That... réussit un drôle d’exercice : donner l’impression de ne pas dire grand-chose tout en mettant en mouvement plusieurs basculements intérieurs.

Disponible sur HBO max

 

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G
coucou toi<br /> trop pour pour ton article je connais pas la serie<br /> donc a découvrir :O)) merci pour cette découverte<br /> bonne semaine
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