27 Juillet 2025
Lancer une série en s’appuyant sur le rugby comme décor principal n’est pas un pari facile. Pourtant, L’essai gagnant (titre original The Winning Try) ouvre sa première saison avec une approche qui surprend dès les premières minutes. Loin d’un récit classique sur la gloire sportive ou d’un simple feel-good drama, ce premier épisode esquisse plutôt les contours d’un monde en ruine, peuplé de personnages cabossés, de tensions non résolues et de chaos ambiant. Ce qui m’a accroché d’entrée, ce n’est pas l’histoire d’un comeback glorieux ni la promesse d’un exploit sportif à venir. C’est cette sensation d’être plongé dans un champ de ruines humaines, où les éclats du passé continuent de trancher les chairs.
Ju Ga Ram représentait l'espoir du rugby coréen. Il avait du talent et un potentiel de star, mais un scandale de drogue a tout gâché. Trois ans plus tard, il revient comme entraîneur contractuel de l'équipe de rugby du lycée où il jouait.
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Rien n’est propre, rien n’est rangé, et c’est exactement ce qui rend cette première heure intrigante. Ju Ga-ram (interprété par Yoon Kye-sang) n’entre pas dans le récit comme un sauveur. Son retour sur le terrain, cette fois en tant qu’entraîneur dans son ancien lycée, n’a rien de glorieux. Il porte encore sur les épaules les séquelles d’un scandale de dopage qui a mis fin à sa carrière. Ce n’est pas tant la chute elle-même qui marque, mais le regard qu’il porte sur elle. Il revient dans une école qui ne l’attendait pas, pour diriger une équipe que plus personne ne prend au sérieux. Il n’a pas de plan. Pas de discours inspirant. Juste un contrat minable et une obligation morale de tenir debout.
Il est un peu perdu, parfois maladroit, mais il y a une sincérité rugueuse dans sa manière de se tenir là, au milieu d’un vestiaire qui pue l’échec, sans chercher à jouer un rôle. Ce qu’il retrouve à Hanyang High n’est pas vraiment une équipe. Plutôt un groupe de lycéens indisciplinés, bruyants, parfois à la limite de l’indifférence, et complètement désorientés. Le genre de joueurs qui se disputent au lieu de s’écouter, qui confondent entraînement avec exutoire, et qui collectionnent les défaites comme des badges. 25 défaites sur les 26 derniers matchs. Difficile de faire pire. Mais c’est justement cette pagaille permanente qui donne au récit son énergie propre. Les entraînements ressemblent à des scènes de chaos, où chaque ballon est une catastrophe en devenir. Ce désordre n’est pas un accident de mise en scène : il est volontaire, frontal, presque nécessaire.
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Au-delà du sport, c’est bien les relations humaines qui forment l’ossature de ce premier épisode. Ga-ram n’est pas seulement confronté à des jeunes qui doutent, mais aussi à son propre passé. Notamment à travers le personnage de Bae I-ji (Im Se-mi), coach de tir et ancienne compagne. Leurs retrouvailles sont tout sauf romantiques. Les silences sont lourds, les regards évitent plus qu’ils ne cherchent, et rien ne semble pardonné. Leur passé commun est un champ de mines que chacun évite de front, et cette tension s’installe durablement, sans être exagérée. Autre figure marquante : Yoon Seong-joon (Kim Yo-han), capitaine de l’équipe et jeune homme en quête de reconnaissance. Il n’a pas de longues tirades ni de punchlines. Sa force tient dans sa présence silencieuse, son regard tendu, ses gestes mesurés.
Il vit dans l’ombre d’un frère plus talentueux, et cela se ressent dans chaque mouvement. Son refus initial d’accepter Ga-ram comme coach en dit long sur la fragilité de son autorité, mais aussi sur sa peur de reproduire les erreurs des adultes. Ce premier épisode ne cherche pas à rassurer. Il ne donne pas toutes les clés, et certains personnages apparaissent sans présentation claire. Il y a des scènes où l’on peine à suivre les enjeux immédiats, comme cette réunion tendue entre enseignants ou les motivations du vice-principal, plus intéressé par les budgets que par la performance des élèves. Des choix de narration qui peuvent déstabiliser, mais qui, en contrepartie, laissent une place au spectateur : à lui de s’accrocher, de capter les signes faibles, de relier les fils.
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Ce désordre sert aussi un propos : rien n’est stable ici. Ni les hiérarchies, ni les ambitions, ni même les amitiés. Tout est encore à construire, à clarifier, à négocier. Et cette instabilité donne une texture particulière au récit. Il serait facile de faire de L’essai gagnant une série sur la réussite, sur la revanche sportive, sur la quête de victoire. Mais ce n’est visiblement pas ce que le scénario cherche à accomplir. L’épisode ne montre pas un seul exploit technique. Pas de ralenti dramatique sur un essai marqué. Au contraire, les moments les plus forts sont ceux qui s’attardent sur une hésitation, un regard, une confrontation inaboutie. Le scénario s’intéresse à ce que chacun cache plus qu’à ce qu’il montre. Les maladresses ne sont pas effacées au montage.
Elles sont conservées, mises en lumière, comme pour rappeler que ces personnages sont loin d’être parfaits. Et c’est précisément ce qui les rend intéressants. Ce premier épisode ne se prive pas d’un ton parfois comique. Certaines scènes frôlent l’absurde, d’autres jouent sur le décalage des situations. Mais l’équilibre est instable. Par moments, une réplique ou un gag casse la tension d’une scène sérieuse, comme une mauvaise note au milieu d’une mélodie fragile. L’intention comique est visible, mais pas toujours bien intégrée. C’est un point à surveiller pour la suite : si le ton continue de jouer sur deux tableaux sans véritable dosage, cela pourrait brouiller le propos. En plus des défis sportifs, l’équipe doit composer avec des luttes internes au sein de l’établissement.
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Le vice-principal cherche à réduire le budget du rugby pour favoriser d’autres clubs, en particulier celui du tir, porté par les ambitions d’un parent influent. Ce conflit d’intérêts injecte une dose de réalisme désagréable, mais crédible. Cela ancre la série dans un quotidien fait de petits arrangements, de pressions indirectes et de jeux d’influence. Encore une fois, rien n’est simple ici. Ce qui frappe, c’est l’absence de moment “héroïque”. Pas de retournement spectaculaire, pas de triomphe miraculeux. L’épisode se termine dans une atmosphère tendue, où les doutes persistent. Ga-ram n’a pas encore gagné le respect de ses joueurs. Seong-joon remet son autorité en question. Et I-ji n’a toujours pas trouvé la paix face au retour de son ex.
Cette absence de résolution est un choix fort : la série ne vend pas de rêve, elle construit un monde où il faut mériter chaque pas en avant. Le dernier plan laisse une impression tenace : ici, rien ne sera facile. L’histoire ne promet pas la rédemption, elle promet le travail, l’effort, la douleur. Et c’est cette honnêteté qui donne envie de revenir. Ce premier épisode laisse une impression de désordre maîtrisé. Tout n’est pas fluide, tout n’est pas limpide. Mais cette rugosité semble volontaire. Il ne s’agit pas de livrer un récit classique où chaque personnage entre dans une case, mais d’explorer un groupe en friche, encore loin d’avoir trouvé son équilibre. Les performances des acteurs soutiennent cette ambition. Yoon Kye-sang donne à Ga-ram une vulnérabilité palpable.
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Kim Yo-han incarne un Seong-joon tout en retenue, et Im Se-mi apporte une justesse silencieuse à un personnage qui aurait pu être caricatural. Ensemble, ils composent une galerie de trajectoires inachevées, encore en construction. Pour ceux qui cherchent une série sportive structurée, avec un fil narratif bien tendu et des moments de victoire planifiés, L’essai gagnant risque de dérouter. Le choix de montrer l’échec, le désordre, les conflits internes, sans y superposer immédiatement une montée en puissance, est audacieux. Mais c’est aussi ce qui fait son intérêt. Cette série impose un rythme, une ambiance, et demande au spectateur d’accepter l’inconfort. En retour, elle promet une immersion dans des trajectoires humaines réelles, avec tout ce que cela implique de contradictions.
Ce premier épisode de L’essai gagnant installe un décor fait de tensions, d’échecs et de promesses à moitié formulées. Il ne mise pas sur l’effet, mais sur le fond. Il laisse le spectateur avec des questions, des doutes, et cette envie d’en savoir plus sur des personnages qui refusent la facilité. Rugby ou pas rugby, cette série semble vouloir raconter autre chose : la lente reconstruction après la chute, la difficulté d’assumer ses erreurs, la force qu’il faut pour recommencer sans être sûr de réussir. Et ça, c’est un pari que je suis prêt à suivre.
Note : 6/10. En bref, ce premier épisode de L’essai gagnant installe un décor fait de tensions, d’échecs et de promesses à moitié formulées. Je suis intrigué par ce que la suite de la saison pourrait donner car il y a un certain potentiel.
Disponible sur Netflix
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