12 Juillet 2025
Dès les premières minutes, la promesse était là : une intrigue enveloppée de mystère, une atmosphère pesante, des thématiques sombres autour de l'identité et du traumatisme. Six épisodes plus tard, le constat est tout autre. Sphinx, série néerlandaise disponible sur Paramount+, démarre avec suffisamment d'atouts pour capter l'attention, en laissant croire qu'elles tiendront la distance mais le constat est totalement différent. Difficile de nier que le premier épisode sait créer un climat particulier. Une adolescente disparue depuis trois ans réapparaît soudainement, marquée d’un tatouage d’ailes dans le dos et souffrant d’une amnésie qui la laisse incapable de reconstituer les événements ayant conduit à sa disparition. L’actrice Andrea Vass, qui incarne Minke Moorman, parvient à restituer une certaine fragilité, un désarroi palpable.
Minke Moorman, 14 ans, réapparaît exactement trois ans après sa disparition, arborant désormais un mystérieux tatouage d'ailes dans le dos. S'ensuit un thriller captivant où Minke, amnésique sur ce qui s’est passé pendant son absence, tente de découvrir la vérité. Cette enquête la mettra en danger et fera jaillir des révélations sur son passé.
Les silences, les regards, les décors froids de la campagne néerlandaise donnent au début de Sphinx une densité qui laisse entrevoir un récit psychologique nuancé. Le retour de Minke dans sa famille devient le point de départ d’une suite de tensions : sa mère Eva, maire de la ville, son père Lucas, ancien policier, et son frère Teun, chacun réagit à sa façon à ce retour inattendu. Il y a un vrai soin porté à l’ambiance, à la gestion des non-dits. L’épisode pilote semble vouloir s’inscrire dans une tradition européenne de thrillers psychologiques où les personnages comptent autant, sinon plus, que l’intrigue elle-même. Pourtant, dès le deuxième épisode, des fissures apparaissent. Ce qui ressemblait à une exploration sensible du traumatisme et de la mémoire commence à s’effriter au profit d’enchaînements scénaristiques maladroits.
Les rebondissements paraissent forcés, manquent de finesse. Le mystère autour du tatouage et des circonstances de l’enlèvement cède la place à une série d’événements qui peinent à convaincre. Les ficelles deviennent trop visibles, et l’intrigue perd peu à peu en cohérence. Ce décalage entre les intentions de départ et la manière dont le scénario évolue crée un sentiment de désillusion. Certains choix narratifs semblent précipités, d'autres s'étirent inutilement. À plusieurs reprises, l’impression domine que l’histoire cherche à choquer ou à surprendre sans réellement poser de bases solides pour le faire. Le spectateur se retrouve face à des situations qui paraissent artificielles, comme si la série tentait de maintenir la tension coûte que coûte, quitte à en perdre le sens.
Au cœur de cette perte de vitesse, il y a un véritable problème d’écriture des personnages secondaires. Asha, l’inspectrice de police chargée de l'enquête, ou encore Teun, le frère de Minke, manquent de consistance. Ils semblent réduits à des fonctions scénaristiques sans réelle épaisseur. Ils entrent en scène, prononcent leurs répliques, et repartent sans laisser d’impact émotionnel durable. L’absence d’évolution ou de profondeur rend difficile toute forme d’attachement. Même le personnage de Minke, pourtant au centre du récit, finit par tourner en rond. Ce qui au départ était une interrogation légitime sur son identité et ses souvenirs devient progressivement une succession de scènes de confusion et de crises qui ne font pas avancer le récit de manière significative.
La répétition de certains ressorts – notamment les flashbacks ou les séquences d’hypnose – finit par lasser. Le personnage de Sphinx, qui donne son nom à la série, devait probablement incarner cette menace mystérieuse, un fil rouge chargé de maintenir l'intérêt. Malheureusement, ce “méchant” au profil flou souffre d’un manque criant de crédibilité. Ses motivations, ses actions, même sa présence à l’écran tombent à plat. L’absence de cohérence dans son comportement contribue à ce sentiment de désorganisation générale. Au lieu de nourrir la tension dramatique, cet antagoniste devient source de perplexité, voire d’amusement involontaire. Ses plans paraissent inutilement complexes, parfois absurdes, si bien que toute menace qu’il aurait pu représenter est désamorcée.
Visuellement, Sphinx affiche une certaine maîtrise. Les teintes froides, les paysages isolés, la photographie soignée donnent parfois l’impression d’être face à un long-métrage plus qu’à une série. L’utilisation de l’espace, des lumières et des décors renforce ce sentiment d’isolement et de malaise. C’est d’ailleurs l’un des rares aspects qui se maintient tout au long des six épisodes. Malgré cela, l'esthétique seule ne suffit pas à masquer les failles de l’écriture. À plusieurs reprises, les scènes qui auraient pu être marquantes deviennent fades ou maladroites, simplement parce que le scénario ne suit pas. Une série ne peut pas reposer uniquement sur son apparence, aussi soignée soit-elle, sans un minimum de cohérence et de justesse narrative.
Le suspense, censé être l’un des moteurs du genre thriller, est ici mal exploité. Chaque tentative de relancer l’intérêt tombe dans une certaine prévisibilité. Des indices trop visibles, des retournements trop soudains pour être crédibles, des cliffhangers qui manquent d’impact : l’ensemble finit par provoquer une forme de détachement. Le spectateur n’est plus surpris, n’est plus impliqué, et la série perd alors l’une de ses principales raisons d’être. Cette incapacité à maintenir la tension sur la durée empêche également toute véritable montée dramatique. Il y a une sorte de platitude narrative qui s’installe, un rythme bancal qui nuit à l’ensemble. Même les révélations du dernier épisode peinent à provoquer autre chose qu’une forme de résignation.
Le dernier épisode aurait pu rattraper certaines erreurs en proposant une conclusion solide, même imparfaite. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Le dénouement arrive de manière précipitée, certaines intrigues restent en suspens sans que cela semble relever d’un choix délibéré. Le sentiment qui domine est celui d’un récit inachevé, ou pire, bâclé. Il est toujours frustrant de suivre une série jusqu'à son terme pour se retrouver face à une fin qui ne répond pas aux attentes créées. Ce déséquilibre narratif donne l’impression d’un projet qui a manqué de temps ou de maîtrise pour aboutir correctement. Le sujet du traumatisme, qui aurait pu être au cœur d’une réflexion plus profonde, est ici effleuré sans jamais être creusé.
Les scènes censées illustrer la détresse psychologique de Minke ou les conséquences de son enlèvement tombent souvent dans la caricature ou le cliché. Il manque à ces moments une authenticité, une sincérité qui aurait pu donner de la force au récit. L’amnésie, de son côté, est utilisée comme un simple ressort scénaristique sans véritable exploration de ses implications humaines. Loin d’apporter de la complexité ou de la subtilité, elle devient un prétexte pour multiplier les fausses pistes et les revirements inutiles. En sortant des six épisodes de Sphinx, ce qui persiste, c’est avant tout un sentiment de gâchis. L’idée de départ avait de quoi intriguer, le décor était planté avec soin, mais l’exécution ne suit pas.
Les erreurs d’écriture, la faiblesse des personnages secondaires, le manque de rigueur dans la construction du suspense forment un tout qui empêche la série de convaincre. Ce n’est pas une question d’ambition excessive ou de moyens limités, mais plutôt de direction narrative. Il manque une ligne claire, une cohérence globale qui aurait pu transformer ce projet en un thriller psychologique digne d’intérêt. Sphinx commence comme une série capable de séduire les amateurs d'histoires sombres et de mystères psychologiques, mais elle s'épuise très vite. Entre des personnages mal exploités, un scénario qui s'enlise, un antagoniste décevant et une gestion du suspense défaillante, difficile de recommander cette première saison.
Même si certains aspects visuels retiennent l’attention, l’ensemble laisse un goût d’inachevé. Pour ceux qui cherchent une série capable de tenir sur la longueur avec des personnages forts et une intrigue solide, il existe d’autres productions nordiques plus abouties. Sphinx reste une tentative maladroite qui n'a pas su transformer son idée de départ en une œuvre cohérente.
Note : 3/10. En bref, Sphinx commence comme une série capable de séduire les amateurs d'histoires sombres et de mystères psychologiques, mais elle s'épuise très vite. Entre des personnages mal exploités, un scénario qui s'enlise, un antagoniste décevant et une gestion du suspense défaillante, difficile de recommander cette première saison.
Disponible sur Paramount+
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