23 Août 2025
7 Jours // De Ali Samadi Ahadi. Avec Vishka Asayesh, Majid Bakhtiari et Tanaz Molaei.
7 Jours, réalisé par Ali Samadi Ahadi et coécrit par Mohammad Rasoulof, n’a pas besoin d’effets spectaculaires pour saisir. Tourné en Géorgie, dans un froid hivernal qui imprègne chaque plan, ce drame politique et familial raconte une parenthèse fragile dans la vie d’une femme iranienne, militante emprisonnée depuis six ans et provisoirement libérée pour raisons médicales. Elle dispose d’une semaine. Sept jours, pas un de plus, pour choisir entre deux horizons : tenter de rejoindre sa famille exilée en Allemagne ou retourner à son combat politique au prix de l’absence.
Myriam, activiste et militante pour les droits de l’Homme, est emprisonnée depuis des années en Iran loin de son mari et de ses enfants. Lorsqu’elle obtient enfin une permission pour raisons médicales, elle a 7 jours pour décider de fuir le pays et retrouver sa famille ou de rester en Iran pour continuer sa lutte. Commence alors une véritable course contre la montre.
Le film frappe d’abord par sa dépouillement. Peu de dialogues, beaucoup de silences, des paysages enneigés qui deviennent un écho aux tourments intérieurs. Cette sobriété donne une dimension presque documentaire à l’ensemble, renforcée par une mise en scène discrète, parfois sèche, qui préfère l’observation à l’emphase. Pourtant, cette retenue a aussi ses limites : elle capte une tension permanente, mais peine parfois à donner chair aux émotions profondes d’un récit qui s’annonçait comme une véritable tragédie intime. Le cœur de 7 Jours repose sur son personnage central, incarné par Vishka Asayesh. Première fois qu’elle apparaît à l’écran sans voile, elle porte le film avec une gravité palpable.
Son interprétation révèle la dureté d’un dilemme impossible : rester fidèle à un idéal politique ou s’autoriser à fuir pour retrouver ses enfants. Le scénario insiste sur ce contraste, presque de manière trop explicite, mais il a le mérite de souligner l’injustice structurelle qui pèse sur les femmes militantes. Là où un homme serait immédiatement reconnu dans son choix de privilégier la cause à la famille, la femme, elle, se retrouve accusée d’abandon. Cette dimension genrée du récit constitue l’un des axes les plus forts du film. Chaque échange avec un médecin, chaque suspicion dans la rue, chaque tension autour d’une porte fermée rappelle la violence d’un régime oppressif, d’autant plus redoutable qu’il demeure invisible.
L’ombre du pouvoir se ressent sans jamais s’incarner dans une figure précise. Ce choix narratif renforce l’idée que la répression est diffuse, qu’elle infiltre chaque geste du quotidien. Ali Samadi Ahadi choisit une réalisation qui penche tantôt vers le thriller, tantôt vers le drame intimiste. Les scènes de fuite, de traversées en montagne, de plans serrés dans des voitures cahotantes, accentuent la tension. Le spectateur est happé par l’incertitude : la protagoniste franchira-t-elle la frontière ? Les passeurs sont-ils dignes de confiance ? La neige, omniprésente, semble figer ses pas et ralentir son élan vers la liberté. Mais cette partie, très étirée, donne parfois le sentiment d’une digression.
La fuite à travers les filières clandestines occupe une place disproportionnée, presque comme un documentaire sur les routes d’exil, au détriment du dilemme intime. C’est dans ces moments que le film paraît perdre un peu de sa force initiale, laissant de côté le conflit intérieur pour s’attarder sur des procédures de passage certes réalistes, mais trop longues pour maintenir la tension dramatique. En revanche, dès que le récit revient vers les retrouvailles familiales, même furtives, la charge émotionnelle ressurgit. Pourtant, ces scènes, censées être le cœur vibrant du film, manquent d’une intensité à la hauteur de l’attente. Peut-être à cause d’une réalisation un peu plate, peut-être aussi parce que le scénario hésite entre mélodrame et retenue.
L’émotion affleure, mais elle n’explose jamais vraiment. Il serait injuste de nier la portée politique de 7 Jours. Ce film, écrit par Mohammad Rasoulof — lui-même empêché de le réaliser —, s’inspire clairement de figures comme Narges Mohammadi, militante iranienne des droits humains et prix Nobel de la paix 2023. Derrière la fiction, il y a l’évidence d’une réalité brûlante : la répression des voix dissidentes, la persécution des femmes qui refusent de plier. Dans ce sens, 7 Jours s’impose comme un témoignage nécessaire, un cinéma d’urgence. Cependant, la réalisation d’Ahadi reste en deçà de la puissance des films de Rasoulof lui-même.
Certaines séquences manquent de crédibilité, comme ces scènes de conduite où la mise en scène artificielle distrait plus qu’elle ne convainc. Par moments, le film donne l’impression d’un projet contraint, où la sincérité du propos ne suffit pas à compenser des choix de mise en scène discutables. Si 7 Jours tient debout malgré ses failles, c’est en grande partie grâce à Vishka Asayesh. Son jeu, sobre et déterminé, transmet la fatigue d’une femme usée par l’emprisonnement et les sacrifices, mais qui ne renonce pas à garder une part de dignité. Elle incarne cette héroïne discrète, à la fois victime et combattante, tiraillée entre maternité et engagement politique.
Même si son interprétation ne réussit pas toujours à éclairer toutes les décisions parfois abruptes du personnage, elle confère au film une densité qui empêche l’ensemble de sombrer dans le didactique. En sortant de la projection, ce qui demeure, ce n’est pas tant l’émotion immédiate que la réflexion. Le film interroge sur la place des femmes dans les luttes politiques, sur la manière dont les sacrifices exigés par l’Histoire se heurtent à l’intimité des vies familiales. Le récit met aussi en lumière la violence d’un exil qui ne se résume pas à franchir une frontière, mais à abandonner une part de soi. 7 Jours n’est pas un film totalement abouti.
Il souffre d’un scénario parfois trop explicatif, d’un rythme inégal, et d’une mise en scène qui vacille entre intensité et maladresse. Mais il a le mérite de rappeler, avec une simplicité parfois rugueuse, ce qu’implique le courage de résister. Derrière ses imperfections, il persiste une urgence qui résonne. Pour un spectateur curieux du cinéma iranien contemporain, ou intéressé par les récits d’exil et de résistance féminine, 7 Jours reste une expérience à considérer. Il ne marque pas par sa perfection, mais par la question qu’il pose : combien de temps peut-on tenir, quand l’amour des siens et la fidélité à une cause s’excluent mutuellement ?
Note : 6/10. En bref, 7 Jours n’est pas un film totalement abouti. Il souffre d’un scénario parfois trop explicatif, d’un rythme inégal, et d’une mise en scène qui vacille entre intensité et maladresse. Mais il a le mérite de rappeler, avec une simplicité parfois rugueuse, ce qu’implique le courage de résister.
Sorti le 6 août 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog