31 Août 2025
Atoman // De Anouar Moatassim. Avec Lartiste , Samy Naceri et Sarah Perles.
J’ai longtemps cru que le cinéma français finirait par se lancer sérieusement dans le genre du film de super-héros. L’argument de départ avait de quoi intriguer : un héros issu du Maghreb, une inspiration locale, une promesse de diversité et de nouveauté face aux sempiternels blockbusters américains. Même le casting, lors des interviews, vantait Atoman comme une révolution, le premier super-héros du continent africain. De quoi espérer, enfin, une tentative crédible. Mais après avoir vu le film, je n’ai pas ressenti la moindre étincelle. Ce qui m’est resté, c’est un mélange de frustration, d’agacement et de malaise.
Quand Hakim, un hacker de renommée internationale, échappe miraculeusement à une mort brutale, il se retrouve confronté à son destin. En lui s’est réveillé un pouvoir sans limite dont dépend désormais la survie de l’humanité.
Atoman n’est pas seulement un film raté, c’est une caricature de ce que le cinéma français produit de pire lorsqu’il tente d’imiter Hollywood sans en comprendre les codes. Si Atoman se voulait une vitrine pour de nouveaux talents, le résultat ressemble plutôt à une tombola malchanceuse. Les comédiens semblent avoir été choisis au hasard, comme si quelqu’un avait tiré des noms dans un chapeau. Aucun ne parvient à donner vie à son personnage. Pire encore, certains ratent leur texte devant la caméra, se reprennent maladroitement… et la prise est gardée dans le montage final. À ce niveau-là, ce n’est plus un manque de direction d’acteurs, c’est une démission pure et simple.
Le plus affligeant, c’est qu’il ne manque pas de comédiens de talent capables d’incarner un héros avec conviction. Pourtant, Atoman choisit la voie de la facilité : des visages sans charisme, des performances sans énergie et un résultat qui frôle l’amateurisme. Le cœur d’un film de super-héros devrait reposer sur une intrigue claire : origine des pouvoirs, enjeux, adversaire identifiable, progression dramatique. Ici, rien ne tient debout. L’histoire se construit comme un gloubi-boulga de concepts pseudo-scientifiques inventés à la va-vite. Le fameux « Termoquinésique » restera gravé dans ma mémoire, non pas pour sa pertinence, mais pour son absurdité.
On dirait une parodie, sauf que le film se prend très au sérieux. Le montage accentue encore la confusion. Les scènes s’enchaînent sans logique, comme si le monteur avait décidé de raconter sa propre histoire. Résultat : difficile de comprendre où va le récit, et encore plus compliqué d’y trouver un minimum d’émotion. Les blockbusters américains ne brillent pas uniquement par leurs budgets colossaux, mais aussi par leur maîtrise technique. Les effets spéciaux, même modestes, doivent renforcer l’immersion. Dans Atoman, c’est tout l’inverse. Chaque séquence numérique saute aux yeux, et pas dans le bon sens : explosions artificielles, incrustations bâclées, textures qui rappellent un jeu vidéo de la PlayStation 2.
Encore une fois, le problème ne serait pas dramatique si le reste du film tenait la route. Mais quand tout s’écroule déjà au niveau du scénario et du jeu d’acteur, ces artifices cheap deviennent insupportables. Un film de super-héros, même raté, peut parfois se rattraper par un style visuel fort ou une mise en scène audacieuse. Ici, rien de tout ça. La caméra filme sans intention, les décors sont sous-exploités, et l’énergie générale oscille entre l’ennui et le ridicule. C’est comme si le réalisateur avait oublié que le cinéma est aussi une affaire de rythme et de regard. La seule véritable réussite visuelle vient des paysages naturels, superbes, mais qui n’ont rien à voir avec la mise en scène.
C’est un rappel cruel : ce qu’il y a de mieux dans Atoman n’a pas été créé par l’équipe du film. Il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont Amazon Prime Video semble collecter les projets refusés ailleurs. Atoman s’inscrit dans une longue liste de productions françaises qui donnent l’impression d’avoir été validées sans la moindre exigence artistique. Des films qui auraient dû rester dans un tiroir trouvent ainsi une seconde vie, pour remplir un catalogue en quête de quantité plutôt que de qualité. Le résultat, c’est une accumulation de navets qui décrédibilise toute tentative de cinéma de genre en France.
Là où un Taxi avait su combiner divertissement et maîtrise, Atoman incarne le contraire : un projet bancal qui ne croit pas lui-même en ce qu’il raconte. C’est peut-être ce qui rend ce ratage encore plus frustrant : le potentiel était là. Le Maghreb regorge d’histoires, de mythes et de légendes qui auraient pu nourrir un super-héros original et authentique. Plutôt que de créer un ersatz raté de Marvel à la française, il suffisait de puiser dans ce patrimoine pour bâtir un récit qui aurait eu du sens. Au lieu de ça, Atoman enchaîne les clichés, copie maladroitement des modèles américains et oublie de donner une identité propre à son personnage.
Il est rare qu’un film échoue à ce point sur tous les plans, sauf chez Amazon Prime Video, devenu le refuge des pires films français de la décennie. Jeu d’acteur inexistant, scénario incohérent, dialogues absurdes, montage approximatif, effets spéciaux ringards : tout concourt à transformer Atoman en un naufrage. Le film se voulait une réponse française au genre super-héroïque, mais il n’est qu’une caricature de plus, à ranger aux côtés des expériences ratées qu’on préfère oublier. Seuls les paysages sauvent l’ensemble de la catastrophe totale, mais cela ne suffit pas à rattraper près de deux heures d’ennui et de gêne. Atoman n’est pas seulement un mauvais film.
C’est un symptôme du mal qui ronge certaines productions françaises : l’illusion qu’il suffit de singer les codes américains pour séduire le public. Le résultat prouve le contraire. Un vrai film de super-héros exige une vision, une cohérence et des personnages qui existent au-delà de leurs costumes.
Note : 0/10. En bref, Atoman n’apporte rien, si ce n’est une leçon : il est peut-être temps d’arrêter de forcer des projets qui n’ont pas d’âme, et de revenir à ce que le cinéma français sait faire quand il le veut vraiment : raconter des histoires qui touchent, qui vibrent et qui laissent une trace.
Sorti le 29 août 2025 directement sur Amazon Prime Video
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