Critique Ciné : Aux jours qui viennent (2025)

Critique Ciné : Aux jours qui viennent (2025)

Aux jours qui viennent // De Nathalie Najem. Avec Zita Hanrot, Bastien Bouillon et Alexia Chardard.

 

Derrière un titre presque apaisé, Aux jours qui viennent cache un récit où les rapports humains s’étiolent sous le poids de la violence, du mensonge et de l’addiction. Premier long-métrage de Nathalie Najem, le film s’attaque à un sujet qui brûle encore dans l’actualité : l’emprise et les violences conjugales. Mais ici, le traitement s’éloigne du simple constat social pour se glisser dans les failles intimes des personnages. Au centre, il y a Joachim, incarné par Bastien Bouillon. L’acteur, qu’on a vu récemment dans La Nuit du 12, abandonne toute douceur pour se fondre dans la peau d’un homme imprévisible, rongé par ses dépendances et prisonnier de ses pulsions. 

 

Nice, de nos jours. Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille. Mais l’accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, va faire ressurgir son passé. Les deux femmes, en proie à la violence du même homme, vont peu à peu se soutenir…

 

Face à lui, deux femmes : Laura, interprétée par Zita Hanrot, et Shirine, jouée par Alexia Chardard. Deux trajectoires parallèles, deux histoires brisées par le même homme, et une violence qui se répète, presque mécaniquement. Laura a fui. Elle élève seule sa fille, Lou, dans un quotidien à Nice qui n’a rien de carte postale : rues grises, bruits de circulation, une ville montrée sans filtre. La reconstruction est fragile, ponctuée d’instants simples et de résilience timide. De son côté, Shirine vit encore sous le joug de Joachim. Les premières manifestations de jalousie, les colères étouffées, les regards qui contrôlent… tout ce que Laura a déjà connu. 

 

Jusqu’au moment où Shirine décide de lui tendre la main, dans un geste à la fois désespéré et courageux. L’une des forces du film réside dans sa manière de montrer la violence. Pas de scènes spectaculaires ou d’explosions gratuites : Najem préfère les détails, les attitudes, les silences pesants. C’est dans un geste brusque, une phrase coupée ou une simple posture corporelle que la menace se fait sentir. Cette retenue donne au récit une texture presque documentaire, renforcée par certaines scènes tournées en public, sans avertir les passants. Ce procédé capte des réactions authentiques, parfois troublantes par leur indifférence, et ancre l’histoire dans une réalité sociale glaçante.

 

Pourtant, tout n’est pas aussi maîtrisé. Le scénario s’autorise des détours qui affaiblissent la tension dramatique. Un passage en Sicile, par exemple, rompt le fil émotionnel tissé jusqu’alors et paraît déconnecté du cœur du sujet. De même, la construction en parallèle des deux parcours féminins manque parfois d’équilibre : Laura bénéficie d’un développement plus étoffé, tandis que Shirine reste plus en retrait, malgré le potentiel de son arc narratif. Certaines ellipses laissent des questions en suspens, non par volonté d’ambiguïté, mais par une écriture qui semble hésiter à creuser certains liens. La mise en scène, sobre mais parfois nonchalante, reflète cette inconstance. 

 

Certaines séquences s’étirent inutilement, comme si le film craignait d’aller trop vite, au risque de perdre sa tension. Pourtant, quand Najem resserre son propos, notamment dans les moments de confrontation entre Joachim et ses compagnes, l’impact est immédiat. Si Aux jours qui viennent peine parfois à maintenir son intensité, il parvient néanmoins à offrir un portrait saisissant de l’agresseur. Bastien Bouillon compose un personnage complexe, à la fois terrifiant et pathétique, dont les failles sont exposées sans chercher à l’excuser. Sa violence est toujours sur le point d’éclater, mais son regard trahit une fragilité enfouie, ce qui rend le personnage encore plus dérangeant. Face à lui, Zita Hanrot livre une interprétation solide, marquée par une retenue qui évoque la prudence et la fatigue des survivantes. 

 

Alexia Chardard, moins mise en avant par le scénario, réussit néanmoins à faire passer la peur et l’isolement de Shirine. Et il faut mentionner Maya Hirsbein, qui joue Lou : sa présence naturelle et sa ressemblance frappante avec Zita Hanrot renforcent l’illusion d’un lien maternel réel. Le film tire aussi sa force de certains choix de mise en espace. Nice y apparaît loin des clichés touristiques : façades ternies, intérieurs modestes, espaces publics anonymes. Ce cadre urbain, presque oppressant, reflète l’isolement intérieur des personnages. Dommage que la fin cède à une scène invraisemblable sur le rooftop d’un hôtel de luxe, comme un morceau de cinéma parachuté d’un autre film, qui détonne avec le ton général.

 

Dans le paysage du cinéma français, Aux jours qui viennent arrive après des œuvres marquantes comme Jusqu’à la garde de Xavier Legrand ou Ne dis rien d’Icíar Bollaín. La comparaison est inévitable, et pas toujours en faveur du film de Najem. Là où Jusqu’à la garde oppressait par une montée en tension implacable, Aux jours qui viennent choisit un rythme plus linéaire, parfois au risque de perdre l’adhésion émotionnelle du spectateur. Cela ne veut pas dire que le film échoue dans son propos. Il a l’honnêteté de montrer l’emprise comme un processus invisible et insidieux, et de reconnaître la complexité des victimes, qui ne sont pas réduites à leur souffrance. 

 

Mais il accorde une place importante à l’agresseur, ce qui, par moments, dilue la voix des femmes qu’il maltraite. En sortant de la salle, l’impression dominante reste celle d’un film nécessaire mais inégal. Il y a des éclats de vérité, des scènes d’une intensité rare, et des performances d’acteurs qui valent le détour. Mais il y a aussi des flottements narratifs, des séquences qui affaiblissent la ligne dramatique, et un final qui laisse perplexe. Peut-être est-ce le prix à payer pour un premier long-métrage ambitieux, qui cherche à conjuguer drame intime et tension de thriller, tout en portant un regard social. Najem ne signe pas un manifeste, mais un récit de chair et de sang, parfois hésitant, souvent juste. Un film qui rappelle que l’emprise n’est pas un phénomène spectaculaire, mais une lente érosion de la liberté, qui ne se laisse pas toujours traduire en images. 

 

Note : 6.5/10. En bref, Aux jours qui viennent n’atteint pas la puissance d’effroi de ses prédécesseurs, mais il a le mérite de s’aventurer sur ce terrain avec sincérité. Et malgré ses maladresses, il laisse derrière lui quelques visages et instants qui continuent de hanter bien après la projection.

Sorti le 23 juillet 2025 au cinéma

 

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