11 Août 2025
Badh // De Guillaume de Fontenay. Avec Marine Vacth, Niels Schneider et Emmanuelle Bercot.
Guillaume de Fontenay revient derrière la caméra cinq ans après Sympathie pour le diable. Cette fois, il choisit un terrain propice aux montées d’adrénaline : une cellule clandestine, des ramifications géopolitiques, un parfum de contre-terrorisme et de banditisme mêlés. Sur le papier, Badh avait toutes les cartes en main pour s’imposer comme un polar nerveux, à la fois immersif et percutant. Pourtant, ce qui devait être une plongée au cœur de la tension finit par ressembler à une démonstration trop consciente de ses effets, où l’énergie de la mise en scène se heurte à un scénario qui peine à exister.
BADH est une agente secrète française chargée d’éliminer un puissant trafiquant d’armes en Syrie. Trahie par la DGSE, elle disparaît sans laisser de trace et refait sa vie au Maroc jusqu’au jour où son mari est pris pour cible. Rattrapée par son passé, BADH se retrouve entrainée dans un jeu mortel de vengeance et de trahison où les règles ont changé.
Dès la première séquence, le ton est donné : une planque, un dispositif militaire, une caméra qui se faufile au plus près des protagonistes. Ce démarrage aurait pu être le point d’ancrage d’un récit solide, mais l’élan se perd rapidement. La narration avance au pas de charge, sacrifiant toute respiration. Les scènes se succèdent comme des missions exécutées avec efficacité mais sans émotion, laissant peu de place à la construction des personnages. Les figures principales traversent l’écran avec un détachement qui frôle parfois l’inconsistance. Marine Vacth, Niels Schneider et Grégoire Colin livrent des prestations appliquées, mais enfermées dans des rôles sous-écrits.
La supposée héroïne, censée porter l’histoire, devient une silhouette parmi d’autres, sa trajectoire étant esquissée plutôt que pleinement incarnée. La réalisation mise tout sur un rythme soutenu, cherchant à maintenir une tension constante. Caméra à l’épaule, angles serrés, montage rapide : l’intention est claire, plonger le spectateur dans l’urgence. Mais ce choix finit par se retourner contre le film. Trop proche des acteurs, la caméra étouffe l’action. Les combats, pourtant chorégraphiés avec soin, perdent en fluidité et en lisibilité. Les gunfights, déjà vus mille fois dans le genre, n’apportent rien de neuf et s’engloutissent dans une mise en scène qui confond proximité et immersion.
À force de rester collé aux visages et aux gestes, le spectateur se retrouve privé de l’espace nécessaire pour ressentir l’impact des confrontations. Le scénario, lui, semble construit sur un canevas déjà bien usé. Les liens entre réseaux criminels et contre-terrorisme, toile de fond du récit, auraient pu offrir un terrain fertile pour un thriller intelligent. Mais l’intrigue se contente de figures imposées, avançant de manière prévisible. Le voyage géographique – du Moyen-Orient au Maghreb, en passant par la France – reste en surface, sans réel approfondissement des enjeux ou des atmosphères. Les ramifications géopolitiques sont évoquées plus qu’explorées, réduites à un décor fonctionnel plutôt qu’à un élément moteur.
Ce manque de profondeur se ressent d’autant plus que la durée du film, à peine plus d’une heure vingt, ne laisse pas le temps aux situations de s’installer. Les transitions abruptes renforcent une impression de précipitation. L’histoire ne prend jamais le temps de poser ses enjeux, d’installer un suspense ou de creuser ses relations humaines. Résultat : l’action se déroule, mais la tension peine à s’installer durablement. Même les moments censés être des points de bascule n’atteignent pas leur intensité potentielle. Certaines scènes, en plus, manquent de crédibilité. Qu’il s’agisse de réactions disproportionnées ou de décisions incohérentes de la part de personnages censés être des professionnels aguerris, ces détails fragilisent encore l’immersion.
Ce décalage entre les intentions affichées – un récit nerveux et réaliste – et le résultat à l’écran finit par créer une distance avec le spectateur. Au lieu de s’immerger dans l’histoire, on observe ses ficelles. Il faut toutefois reconnaître à Guillaume de Fontenay un sens certain du rythme et une maîtrise technique. Les chorégraphies des combats sont précises, et certaines compositions visuelles, sur fond de paysages urbains ou désertiques, possèdent un vrai pouvoir d’évocation. Le problème, c’est que cette maîtrise reste au service d’un récit trop mince. L’idée d’une héroïne au centre de l’intrigue avait de quoi bousculer les codes d’un genre souvent dominé par des figures masculines, mais cette piste s’essouffle vite.
Passé l’épisode introductif, la protagoniste se fond dans un ensemble où aucun personnage ne prend vraiment le dessus. Les dialogues, eux, se révèlent fonctionnels, souvent limités à l’avancée mécanique de l’action. Là encore, cela participe au sentiment d’urgence, mais au détriment de toute exploration psychologique. Ce choix pourrait être défendu si l’histoire elle-même tenait sur des rails solides, mais le scénario manque de cette architecture narrative capable de transformer une succession de scènes en un véritable arc dramatique. Badh a aussi ce paradoxe fréquent dans certains films d’action : vouloir paraître brut et sans fioritures tout en restant extrêmement chorégraphié.
Chaque mouvement, chaque échange de coups, chaque fusillade est millimétré, et si cela donne parfois un côté impressionnant, cela rappelle aussi constamment au spectateur qu’il assiste à une mise en scène. Le réalisme recherché se heurte à cette conscience de la fabrication, surtout quand la caméra tremble ou s’approche à l’excès, transformant des moments qui pourraient être intenses en séquences confuses. En filigrane, il reste l’impression que Badh avait le potentiel pour être plus qu’un simple divertissement musclé. Les éléments étaient là : une toile géopolitique crédible, un angle féminin inhabituel, un cinéaste capable de créer de l’impact visuel. Mais faute d’un scénario plus riche et d’un travail plus poussé sur les personnages, le film s’enferme dans les conventions qu’il aurait pu dépasser.
Il se regarde comme un enchaînement d’images efficaces, sans laisser derrière lui un sentiment durable. En définitive, Badh est une œuvre qui file à toute vitesse sans vraiment regarder où elle va. Elle séduit par éclairs, notamment dans certaines scènes d’action bien réglées ou dans la tension de quelques face-à-face, mais retombe vite dans des automatismes. En cherchant à maintenir un rythme constant, elle oublie de respirer, de donner à ses protagonistes la place nécessaire pour exister pleinement. C’est un thriller qui coche les cases techniques du genre, mais qui manque de cette densité narrative capable de marquer durablement. Et dans un paysage cinématographique saturé de films d’action, ce manque de substance finit par le reléguer dans la catégorie des occasions manquées.
Note : 4/10. En bref, un thriller qui coche les cases techniques du genre, mais qui manque de cette densité narrative capable de marquer durablement.
Sorti le 6 août 2025 au cinéma
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